Une étude publiée en 2025 compare deux méthodes de capture 3D avec un iPhone 14 Pro. Sur 30 volontaires, la photogrammétrie obtient une déviation moyenne de 0,8 mm, contre 1,1 mm pour TrueDepth. La précision est sérieuse, mais le volume résiste encore à la démonstration parfaite.
TrueDepth et photogrammétrie : le face-à-face sans filtre
L’étude, publiée dans la revue Oral and maxillofacial surgery en 2025, est une comparaison prospective et monocentrique. Elle porte sur 30 volontaires, dont 15 hommes et 15 femmes. Les chercheurs ont confronté trois modèles de surface faciale : celui du système professionnel Vectra M5celui de la caméra TrueDepth de l’iPhone 14 Pro et celui produit par photogrammétrie avec le même smartphone.
Le Vectra M5 sert de système de référence. Les modèles issus de l’iPhone ont été superposés au modèle de référence, puis évalués selon deux axes : les distances entre repères du visage et les différences de volume. Autrement dit, l’étude ne se contente pas de vérifier si le nez est au bon endroit. Elle regarde aussi si la forme générale du visage reste cohérente.
Trois méthodes, une seule ligne de départ
Les mesures ont été réalisées indépendamment par un second observateur afin d’évaluer la fiabilité entre observateurs. Les auteurs ont utilisé des analyses de Bland-Altman, le test des rangs signés de Wilcoxon pour données appariées et des coefficients de corrélation intraclasse. Le protocole statistique est donc plus solide qu’un simple avant-après bricolé sur deux captures.
0,8 mm contre 1,1 mm, la précision ne fait pas tout
Pour les distances entre repères, les modèles obtenus par photogrammétrie affichent une déviation moyenne de 0,8 mm, avec un écart-type de 0,58 mm sur 450 mesures. Les modèles issus de TrueDepth atteignent 1,1 mm, avec un écart-type de 0,72 mm sur le même nombre de mesures.
La photogrammétrie prend donc l’avantage sur cet indicateur. La plupart des mesures entre repères présentent des limites d’accord de Bland-Altman à 95 % inférieures ou égales à 2 mm. L’écart entre les deux méthodes n’est pas une claque monumentale, mais il est suffisamment net pour distinguer les performances. Sur les repères du visage, la photo garde une longueur d’avance.
La photogrammétrie obtient également une meilleure fiabilité entre observateurs pour la déviation globale entre repères. Cela ne signifie pas que chaque mesure devient automatiquement exploitable dans toutes les situations cliniques. Cela signifie que, dans les conditions de cette étude, les résultats issus de la photogrammétrie sont plus cohérents avec le système de référence.
Le volume voit rouge
Les résultats deviennent moins flatteurs lorsque les chercheurs passent des repères aux volumes. La différence volumétrique moyenne atteint 1,8 cm³ avec la photogrammétrie, contre 3,1 cm³ avec TrueDepth. Les écarts-types respectifs sont de 2,12 cm³ et 2,64 cm³, sur 90 mesures pour chaque méthode.
La comparaison entre les approches confirme cette fragilité : les limites d’accord de Bland-Altman dépassent 2 cm³ pour les évaluations volumétriques. Une moyenne globale correcte peut donc masquer des écarts plus importants selon la zone du visage. Le smartphone peut bien placer les repères et moins bien restituer le volume. Le visage, lui, n’a pas signé pour entrer dans une feuille Excel.
Bland-Altman met les écarts à nu
Cette différence entre précision linéaire et précision volumétrique mérite d’être gardée en tête. Mesurer la distance entre deux points et reconstruire une surface complète ne pose pas le même problème. La seconde tâche dépend davantage de la forme capturée et de la capacité du modèle à conserver les variations de relief.
C’est aussi pour cette raison qu’un bon coefficient de fiabilité ne suffit pas à rendre deux volumes interchangeables. Une méthode peut produire des résultats cohérents d’une mesure à l’autre tout en restant trop éloignée du modèle de référence pour une utilisation clinique exigeante. La statistique ne porte pas de blouse blanche.
Un protocole au cordeau, pas une baguette magique
Le cadre de l’étude limite aussi la portée du résultat. Il s’agit d’une étude prospective menée dans un seul centre, avec 30 volontaires. Les chercheurs ont comparé les modèles dans un protocole défini, avec un système de référence et une seconde lecture indépendante. Cette organisation permet de comparer proprement les méthodes, mais elle ne reproduit pas toutes les conditions rencontrées en chirurgie orale et maxillo-faciale.
Le volontariat ne remplace pas le bloc opératoire
La publication ne conclut pas que l’iPhone 14 Pro remplace le Vectra M5. Elle indique que les deux approches mobiles peuvent capturer le visage, avec un avantage à la photogrammétrie pour l’alignement et la précision volumétrique. Le résultat concerne donc la comparaison réalisée dans cette étude, pas une validation générale de tous les logiciels, de tous les patients et de tous les usages.
La prudence est d’autant plus nécessaire que l’étude ne transforme pas un téléphone en équipement clinique universel. Elle montre une capacité de capture mesurable et un écart clair entre deux méthodes. Pour le reste, il faut encore vérifier le contexte médical, la tolérance aux mouvements et la précision exigée avant de sortir le smartphone du simple rôle d’outil d’imagerie.
Le smartphone passe le test, pas le diplôme
Dans cette comparaison, la photogrammétrie de l’iPhone 14 Pro devance TrueDepth sur les distances entre repères et sur la différence volumétrique moyenne. Les chiffres donnent le ton : 0,8 mm contre 1,1 mm pour les repères, puis 1,8 cm³ contre 3,1 cm³ pour le volume.
Le téléphone est donc crédible pour produire un modèle facial dans un protocole contrôlé. Il n’a pas encore décroché son badge de bloc opératoire. La 3D faciale tient dans une poche, mais la validation clinique, elle, demande toujours plus qu’une belle démonstration.
Sources et références scientifiques
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