La culture des pommiers gagne en carbone dans le sol, en pousses et en outils de prévision, mais pas automatiquement en pommes récoltées. Trois études montrent ce que le biochar, le compost, la lutte contre la tavelure et les modèles météo peuvent réellement apporter.
Trois études, zéro bouton magique
Les résultats viennent de trois travaux distincts. Une étude publiée le 29 octobre 2018 dans le Journal of the Science of Food and Agriculture a suivi pendant quatre ans un verger de pommiers replanté dans le nord-est de l’Iran. Une publication parue le 10 novembre 2025 dans le Brazilian Journal of Biology a comparé neuf modèles pour prévoir les stades de développement de cinq cultivars. Enfin, une étude publiée le 6 août 2026 dans Plant Disease a évalué des programmes de lutte contre la tavelure associant biopesticides, fongicides et prévisions de risque.
Ces travaux ne testent pas la même solution et ne répondent pas à la même question. Le compost et le biochar agissent sur le sol, les modèles thermiques aident à situer les stades du pommier et la prévision des risques sert à mieux positionner les traitements. Améliorer un indicateur du verger ne garantit pas une récolte plus abondante.
Biochar et compost : le sol passe au banc d’essai
Dans l’étude de Safaei Khorram et ses collègues, l’association de biochar et de compost a augmenté de 37 % le carbone organique total du sol pendant les trois premières années, par rapport au témoin. Le phosphore disponible a progressé de 300 %. La densité apparente du sol a aussi diminué, sans valeur chiffrée dans le résumé de la publication.
La croissance végétative a réagi rapidement. À la fin de la première année, le diamètre du tronc et le nombre de pousses avaient augmenté de 23 à 26 %. Sur le papier, le sol et les jeunes arbres gagnent donc en vigueur. Mais la fructification, le poids des fruits et l’indice de coloration de l’amidon n’ont pas connu de différence significative.
La distinction compte pour évaluer un amendement. Le carbone organique, le phosphore et la croissance initiale sont des indicateurs utiles, mais ils ne remplacent pas la mesure du nombre de fruits, de leur poids et du rendement final. Le sol a progressé. La corbeille, elle, n’a pas suivi.
Tavelure : la pomme de discorde se pilote au risque
La tavelure du pommier, causée par Venturia inaequalisnécessite habituellement des applications régulières de fongicides. L’étude de Kalniņa et Cox, publiée dans Plant Diseasea comparé des programmes intégrés associant biopesticides et fongicides à des programmes conventionnels. Le calendrier des interventions pouvait être guidé par les prévisions de risque plutôt que par des dates fixes.
Aucune différence significative n’a été observée entre les programmes pour l’incidence des symptômes sur les feuilles et les fruits. D’après le résumé, un programme intégré pourrait donc atteindre un niveau de contrôle comparable à celui d’un calendrier fixe lorsque les fongicides à site unique sont correctement alternés avec des biopesticides.
Le résultat demande toutefois une lecture prudente. Les auteurs précisent qu’ils ne peuvent pas déterminer si les fongicides multisites ou les biopesticides ont produit l’effet observé, ou si certains traitements n’étaient simplement pas nécessaires. Le résumé rapporte aussi deux seuils statistiques différents, P supérieur à 0,05 dans un passage et P supérieur à 0,5 dans un autre. Sans le texte intégral, impossible d’en faire une certitude. La piste est sérieuse, la preuve définitive n’est pas encore dans la boîte.
Le système de plantation n’a pas réglé le problème à lui seul. Par rapport à l’axe vertical, le dispositif appelé super spindle présentait une humidité relative plus faible dans la frondaison et moins de jours au-dessus de 90 % d’humidité. L’incidence de la tavelure était plus basse en 2022 et 2023, mais pas en 2024. L’étude ayant duré deux ans, ces résultats ne suffisent pas à généraliser l’effet à tous les vergers.
Météo : neuf modèles, deux favoris
La floraison et la récolte ne se planifient pas au doigt mouillé. Marques et ses collègues ont utilisé une série historique de neuf ans pour évaluer neuf modèles phénologiques sur cinq cultivars : BaronesaImperatrizFuji SupremaFred Hough et Lisgala.
Les modèles GU 4.0/25 et GU 2.5/29 ont affiché la plus grande constance, mesurée par de faibles coefficients de variation entre les stades de développement et les cultivars étudiés. Les modèles fondés sur des températures seuils de 10 °C et 15 °C se sont montrés moins précis pour les pommiers. Pour prévoir les périodes de récolte, le modèle basé sur le nombre de jours a obtenu une précision élevée dans cette série.
Le résumé ne fournit pas un taux d’erreur unique applicable à tous les vergers. Les modèles ont été évalués sur cinq cultivars et dans des conditions hivernales douces. Ils peuvent donc aider à comparer les méthodes et à planifier les interventions, mais leur précision reste liée au climat local et à la variété. La météo, elle, n’a toujours pas signé le calendrier.
Le verger ne se pilote pas en mode automatique
Ces travaux donnent une méthode concrète. Il faut d’abord mesurer séparément l’état du sol, la croissance végétative, la fructification et le rendement. Pour la tavelure, les conditions favorables à l’infection doivent guider les interventions, sans transformer une étude de deux ans en règle générale. Pour la floraison et la récolte, un modèle doit être vérifié sur les variétés et les données locales avant d’être utilisé à grande échelle.
Le biochar et le compost peuvent améliorer la qualité du sol. Les biopesticides peuvent entrer dans une stratégie de lutte contre la tavelure. Les modèles thermiques peuvent aider à prévoir les stades du pommier. Aucun de ces leviers n’a, dans les études examinées, transformé à lui seul la culture des pommiers. La pomme reste décidément difficile à programmer.
Sources et références scientifiques
- Safaei Khorram M, Zhang G, Fatemi A, Kiefer R, Maddah K, Baqar M, Zakaria MP, Li G.. Impact of biochar and compost amendment on soil quality, growth and yield of a replanted apple orchard in a 4-year field study.. Journal of the science of food and agriculture. 2018. DOI: 10.1002/jsfa.9380 · PMID: 30264414. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Kalniņa LA, Cox KD.. Integration of Biopesticides into Apple Scab Management Programs Using Disease Forecasting and Modern Planting Systems.. Plant disease. 2026. DOI: 10.1094/pdis-07-25-1552-re · PMID: 41604342. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Marques LOD, Holz ÍR, Pasa MS, Sezerino AA, Mello-Farias PC, Petri JL, Herter FG.. Prediction of budburst, blooming and harvesting of apple trees using thermal sum models in mild winter conditions.. Brazilian journal of biology = Revista brasleira de biologia. 2025. DOI: 10.1590/1519-6984.299128 · PMID: 41221944. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Christine McKee. Best year-end Apple deals: AirTag $19, Apple Watch Ultra 2 $549, $799 MacBook – NewsBreak. 2025.






