Le 14 novembre 2025un juge a laissé la plainte de xAI contre Apple et OpenAI se poursuivre. Le dossier porte sur la visibilité de Grok dans l’App Store et sur le partenariat avec ChatGPTdeux sujets qui font tousser le jardin clos d’Apple.
En apparence, l’affaire ressemble à un nouvel épisode du duel entre Elon Musk et Sam Altman, anciens partenaires désormais opposés. En réalité, xAI accuse Apple et OpenAI d’avoir limité la concurrence sur l’iPhone en donnant un avantage à ChatGPT. Apple et OpenAI contestent ces accusations. Le droit, lui, ne fonctionne pas au volume sonore des publications sur les réseaux sociaux.
La plainte ne concerne donc pas uniquement la popularité de Grok. Elle demande aussi si l’intégration privilégiée d’un assistant dans l’écosystème Apple peut réduire le choix proposé aux utilisateurs. Apple répond qu’aucun accord d’exclusivité n’empêche d’autres entreprises de proposer un service comparable sur iOS et affirme vouloir accueillir d’autres modèles d’IA tiers.
Grok monte à la barre, ChatGPT garde le fauteuil
Les premières accusations visaient directement les classements de l’App Store. Dans les chiffres cités pour cette période, Grok apparaissait sixième parmi les applications gratuites, puis douzième dans un autre relevé. L’application X figurait de son côté en 38e position, puis en 29e. ChatGPTlui, occupait régulièrement les premières places.
Ces variations montrent un écart de visibilité, pas sa cause. Le rang d’une application peut évoluer avec les installations, les campagnes de promotion, la réputation du service ou l’intérêt du public. Sans accès aux règles détaillées du classement, passer de la sixième à la douzième place ne permet pas d’affirmer qu’Apple a modifié son algorithme pour bloquer Grok.
Sixième, douzième, et le procès dans tout ça?
D’autres services d’IA ont déjà atteint la première place des classements gratuits, et ChatGPT n’y reste pas en permanence. Ces éléments compliquent l’idée d’un verrou automatique au profit d’OpenAI. Pour xAI, l’enjeu consiste donc à dépasser la simple corrélation entre un mauvais rang et la présence de ChatGPT dans l’écosystème Apple.
Un classement décevant ne suffit pas à prouver qu’Apple a truqué l’algorithme. La plainte se déplace ainsi vers une question plus défendable : l’accord entre Apple et OpenAI peut-il limiter la concurrence, même sans bouton magique « Grok numéro un » dans les réglages de l’iPhone? Ça fait tousser, mais ce n’est pas encore une démonstration.
Le jardin clos entrouvre la porte, mais à qui?
Le partenariat avec OpenAI constitue le point le plus sensible. xAI soutient que la présence particulière de ChatGPT sur les appareils Apple lui donne une avance dans l’accès aux utilisateurs. Apple peut répondre que cette intégration relève d’un choix commercial et technique, sans empêcher les concurrents de distribuer leurs propres applications sur iOS.
La distinction compte dans une procédure concurrentielle. Une meilleure distribution peut aider un service à gagner en visibilité, mais elle ne prouve pas à elle seule une exclusion. Il faudrait établir les règles appliquées, leur éventuelle différence de traitement et le lien entre ces règles et la progression de Grok. Pour l’instant, ces éléments restent au cœur du débat judiciaire.
Pour Apple, le risque est de donner l’impression que l’ouverture de son écosystème dépend d’un partenaire privilégié. Pour OpenAI, l’avantage obtenu sur l’iPhone pourrait être présenté comme un effet de distribution plutôt que comme le résultat de la qualité de ChatGPT. Le vrai sujet n’est donc plus la place de Grokmais le pouvoir de décider quelle IA devient visible.
De la timeline au tribunal
Le contexte personnel entre Musk et Altman ajoute une couche de tension au dossier. xAI cherche à imposer Grok face à ChatGPTtandis qu’Apple se retrouve entre deux acteurs qui ne se font aucun cadeau. Les accusations publiques ont d’abord porté sur les classements de Grok et de Xavant de prendre une forme juridique centrée sur la concurrence.
Cette évolution change la nature de l’argument. Il est difficile de démontrer qu’Apple aurait volontairement réglé son classement pour empêcher une application précise d’atteindre la première place. Il est plus direct de demander si une intégration privilégiée peut réduire le choix des utilisateurs. À la rédac, on peut donc regarder les captures de classement sans sortir trop vite le marteau antitrust.
Le juge n’a pas détaillé, dans la décision évoquée, les raisons précises qui l’ont conduit à laisser la procédure continuer. Il n’a pas non plus validé les accusations de xAI. Le dossier avance, mais la victoire judiciaire reste très loin.
Prochain épisode : les dépôts, pas la keynote
Apple, OpenAI et xAI doivent maintenant déposer leurs arguments séparément. Les écritures devront préciser leur lecture du partenariat, de la distribution des applications et de l’évolution des classements. La question pratique sera de savoir si xAI possède des éléments sur les règles de l’App Storeou seulement des rangs qui évoluent dans le temps.
La suite dépendra donc des pièces produites, des conditions exactes du partenariat et de la capacité de xAI à relier ces éléments à un préjudice concurrentiel. Une application qui recule dans un classement n’offre pas, à elle seule, la preuve d’un verrouillage du jardin clos. Il va falloir davantage qu’un sixième devenu douzième.
Le bouton « télécharger » attendra. Pour l’instant, le plus gros morceau se trouve dans les documents judiciaires, pas sous les projecteurs d’une keynote.
Sources et références scientifiques
- Wesley Hilliard. Apple & OpenAI must face baseless xAI lawsuit about alleged anticompetitive collusion. 2025.






