Le basket immersif arrive encore par petites touches sur l’Apple Vision Pro. Entre les droits sportifs, la captation en 16K et les 25 Mb/s promis par une startup, le siège virtuel au bord du terrain reste une idée coûteuse à transformer en service.
Apple a filmé un concours de dunks NBA avec ses propres caméras et prévoit une sélection de matchs des Lakers en Apple Immersive Video pendant la saison 2025-2026. L’expérience existe donc, mais dans un volume très limité : quelques contenus ciblés, pas encore une chaîne capable de couvrir chaque rencontre et chaque marché.
Le sujet dépasse largement la caméra. Il faut obtenir le droit de capter le match, produire une image stable, transporter le flux en direct et réunir assez de spectateurs équipés d’un casque compatible. Le vrai obstacle n’est pas l’effet waouh : c’est l’équation économique qui vient après.
Le coup d’envoi se joue dans les petites lignes
Un accord de retransmission classique n’autorise pas automatiquement une captation immersive. Si la vidéo à 180 degrés ou le format Apple Immersive Video ne figurent pas dans le contrat, le diffuseur doit négocier une modification ou signer un accord distinct pour l’Apple Vision Pro.
Le détenteur des droits facture cette extension. Pour une compétition majeure, les droits de diffusion se chiffrent en millions de dollarsavant même d’ajouter les caméras, la régie, les techniciens, le logiciel et la distribution. Une startup doit donc financer l’accès au match avant de savoir combien d’abonnés paieront réellement.
180 degrés, zéro passe-droit
Obtenir l’autorisation de filmer ne suffit pas. Une retransmission immersive demande des caméras spécialisées, des flux synchronisés et une équipe capable de conserver une image exploitable pendant les mouvements rapides du jeu. Le ballon, les joueurs et les spectateurs ne se comportent pas comme une scène enregistrée dans un studio.
Le projet Be Theredéveloppé par la startup britannique OneEightyDegrees, visait une captation depuis les tribunes ou leurs abords. La société annonçait du matériel disponible dans le commerce, des équipements propriétaires et un logiciel destiné à faire fonctionner les caméras sans opérateur. Sur le papier, cela réduit les coûts. En direct, suivre l’action et maintenir une profondeur d’image régulière est une autre paire de manches.
OneEightyDegrees annonçait aussi des matchs en 16K à 60 images par seconde avec une bande passante de 25 Mb/s. Ce niveau de qualité et ce débit formaient une promesse commerciale, pas la preuve d’un service livré. Le chiffre claque, mais le match reste à produire.
Apple TV a déjà le ballon
Apple part avec une expérience que ne possède pas une jeune entreprise. Apple TV diffuse déjà le Friday Night Baseball de la MLB et propose le MLS Season Pass. La firme a également obtenu le statut de diffuseur américain officiel de la Formule 1 pour cinq ans, avec un coût évalué avant l’annonce à 140 millions de dollars par an.
Ces accords ne donnent pas carte blanche pour chaque format. Ils montrent toutefois qu’Apple sait négocier des droits sportifs et distribuer des événements en direct. Une startup devrait, elle, avancer presque simultanément sur les droits, la production et l’infrastructure. Ça coince sévère avant même le premier coup de sifflet.
Be There, mais pas encore là
OneEightyDegrees avait lancé Be There pour visionOS et disait préparer des applications pour d’autres plateformes. La startup affirmait aussi discuter avec des ligues et des clubs de football en Europe. Son cofondateur annonçait plus de 1 100 inscriptions à la liste d’attente dans les 24 heures suivant le lancement initial.
Le calendrier annoncé prévoyait un lancement au début de l’automne 2025, avec des premiers matchs en 16K à 60 images par seconde. La société cherchait par ailleurs à lever 5 millions de livres, soit environ 6,6 millions de dollars, pour développer la plateforme. Il s’agissait d’un objectif de financement, pas d’une levée confirmée.
Début novembre 2025le site du projet était protégé par un mot de passe et l’entreprise n’avait pas répondu à plusieurs sollicitations. Ces éléments ne suffisent pas à conclure à une fraude. Ils empêchent en revanche de présenter Be There comme un service opérationnel.
Le public ne remplit pas encore la salle
Le modèle doit aussi composer avec une audience réduite. Les propriétaires d’Apple Vision Pro sont bien moins nombreux que les utilisateurs de téléviseurs, de smartphones ou d’ordinateurs. Une production immersive doit pourtant payer ses droits et ses équipes même si seuls quelques spectateurs suivent le match.
Une vidéo enregistrée peut être stockée, compressée et distribuée progressivement. Un match en direct doit maintenir le flux pendant toute la rencontre, avec une qualité stable au moment précis où l’action se déroule. Cette contrainte rend le service plus coûteux et laisse moins de marge pour absorber les incidents techniques.
Apple peut financer des essais limités et s’appuyer sur ses accords sportifs existants. Une startup aurait davantage intérêt à vendre sa technologie à un diffuseur déjà titulaire des droits qu’à lancer seule un abonnement mondial. Pour l’instant, le siège au bord du parquet tient davantage de la démonstration que de l’habitude de soirée. Le casque attendra son grand soir, et le ballon aussi.
Sources et références scientifiques
- Malcolm Owen. Streaming live sports to Apple Vision Pro is a pipe dream a startup cannot easily solve. 2025.
- Malcolm Owen. Streaming live sports to Apple Vision Pro is a pipe dream a startup cannot easily solve – NewsBreak. 2025.






