Le 10 novembre 2001, Apple lançait l’iPod avec 5 Go de stockage, un écran de 160 × 128 pixels et une capacité annoncée de 1 000 chansons. Le baladeur n’était pas le premier lecteur MP3, mais il allait pousser Apple vers la musique en ligne, la production de masse et, plus tard, l’iPhone.
1 000 chansons et zéro streaming, le disque dur fait tilt
Pour 399 dollars, le premier iPod embarquait un disque dur de 1,8 pouce, un port FireWire 400 et un écran qu’Apple présentait comme haute résolution. Ses 160 × 128 pixels paraissent minuscules face aux écrans actuels, mais le chiffre qui comptait en 2001 était ailleurs : 5 Go permettaient de transporter jusqu’à 1 000 chansons.
L’appareil avait une contrainte corsée. Il fallait un Mac équipé de Mac OS X 10.1 ou de Mac OS 9.2 pour le synchroniser. Le jardin clos d’Apple était alors beaucoup plus petit, mais le transfert et la navigation restaient simples. On achetait de la musique, on la chargeait, on l’écoutait. Le streaming n’avait pas encore transformé la bibliothèque musicale en catalogue à distance.
Le disque dur explique une partie du pari. Jon Rubinstein, alors dirigeant d’Apple, avait repéré chez Toshiba un modèle miniature de 1,8 pouce. À cette échelle, la mémoire flash ne permettait pas encore d’obtenir une capacité comparable dans un appareil grand public. Le projet a ensuite abouti à la commercialisation en dix mois. Le disque dur a fait le boulot.
Le clic compatible Windows, Apple sort enfin de son Mac

Le premier iPod restait réservé au Macce qui limitait mécaniquement son public. L’ouverture à Windows a changé l’échelle du produit : un baladeur pensé pour les utilisateurs de Mac devenait accessible à une base informatique bien plus large.
Les chiffres de ventes publiés par Apple montrent le changement de dimension. Durant sa première année complète de commercialisation, la société a vendu moins de 400 000 iPod. En 2006, le volume atteignait presque 40 millions d’unités sur l’année. Les écouteurs blancs ont aidé le produit à devenir reconnaissable, mais la compatibilité avec Windows a surtout élargi le marché.
Cette montée en puissance a obligé Apple à sécuriser de gros volumes de mémoire vive, de stockage et de composants. Les commandes massives ont aussi renforcé son pouvoir de négociation avec les fournisseurs. L’expérience acquise sur les chaînes logistiques et les économies d’échelle a ensuite servi aux autres appareils de la marque. Avant de produire des dizaines de millions d’iPhone, Apple a dû apprendre à produire des dizaines de millions d’iPod.
iTunes Storela poule aux œufs d’or passe en téléchargement
L’iPod aurait pu rester un très bon baladeur. Son association avec l’iTunes Store a ajouté une boutique musicale au matériel. Apple proposait une manière simple et légale d’acheter des morceaux en ligne, puis de les transférer directement sur l’appareil.
Les maisons de disques, méfiantes envers la vente numérique, ont accepté de travailler avec une entreprise qui n’était pas encore un géant du divertissement. La boutique, le logiciel de synchronisation et le baladeur parlaient le même langage. Le client n’avait pas à assembler lui-même son installation ni à se farcir un mode d’emploi de 40 pages pour écouter un morceau.
Le vrai produit vendu par Apple n’était déjà plus le baladeur seul, mais la chaîne complète : acheter, synchroniser et écouter. Le jardin clos pouvait ressembler à une expérience fluide tant que chaque élément fonctionnait ensemble. C’est ce qui a mis la pression sur les concurrents, dont les promesses de compatibilité ne garantissaient pas toujours une utilisation aussi directe.
L’écosystème de synchronisation et de distribution lié à l’iPod a aussi accompagné l’essor des podcasts. Le produit a donc laissé une trace dans la musique, dans les usages mobiles et jusque dans le vocabulaire du format audio. Pas mal pour un nom que l’on pourrait aujourd’hui prendre pour une faute de frappe dans iPad.
2007, l’iPhone sonne la fin de la récré

Le 9 janvier 2007, Apple présentait l’iPhone. Lors de cette présentation officielle, Steve Jobs le décrivait aussi comme « A widescreen iPod with touch controls »soit « un iPod grand écran avec commandes tactiles ». La formule indiquait déjà le danger pour le baladeur : l’iPhone regroupait la musique, la communication et le Web dans un seul appareil.
Les travaux menés autour de l’iPod ont fourni une partie de la base du projet téléphonique. Apple avait vu des téléphones concurrents intégrer des fonctions photo et musicales. Elle a choisi de réunir plusieurs usages dans une nouvelle interface plutôt que d’ajouter une fonction de plus à un téléphone existant. L’iPod n’a donc pas été battu par le Zune de Microsoft. Il a été remplacé par un appareil vendu par Apple.
Au lancement, l’iPhone proposait une application appelée « iPod ». Apple l’a ensuite renommée « Musique », tandis que la fonction musicale restait au centre du téléphone. Le passage de relais ne faisait pas de bruit, mais le baladeur autonome devenait progressivement une fonctionnalité parmi d’autres.
L’iPhone a rendu l’iPod inutile sans abandonner ce qui le rendait pratique. Le fan absolu de la rédac peut regretter la molette cliquable, mais transporter un téléphone, un appareil photo, un navigateur et sa musique dans la même poche a fini par peser lourd face à un baladeur dédié.
2022, l’iPod quitte la scène sans rappel
Le dernier modèle, l’iPod touchn’avait plus été mis à jour depuis 2019. Apple a arrêté sa production en 2022. À ce stade, l’iPhone avait déjà absorbé l’essentiel de ses usages et les services musicaux avaient déplacé la valeur du stockage local vers l’accès à un catalogue.
Dans son annonce officielle de 2022, Apple a reconnu le rôle du produit. Greg Joswiak, vice-président chargé du marketing mondial, y déclarait : « It also redefined how music is discovered, listened to, and shared. Today, the spirit of iPod lives on. » Apple expliquait ainsi que l’iPod avait changé la découverte, l’écoute et le partage de la musique, tout en confirmant que la production était terminée.
Après le renouveau du Macl’iPod a donné à Apple un produit grand public vendu à très grande échelle. Puis l’iPhone a intégré ses usages dans un appareil plus large. L’iPod n’a pas été vaincu par un concurrent : Apple l’a remplacé par son propre successeur.
La molette est restée au musée, la musique a continué dans l’iPhone. Pour une retraite, c’est quand même une drôle de façon de gagner.
Sources et références scientifiques
- William Gallagher. iPod changed the world in 2001, before being killed by the iPhone. 2025.
- jim. 🎧 The iPod Changed the World in 2001, Before Being “Killed” by the iPhone. 2025.






