Apple publiera ses résultats du premier trimestre fiscal 2026 le jeudi 29 janvieravant un échange avec les analystes fixé à 23 heures, heure de Paris. Le chiffre d’affaires pourrait approcher 140 milliards de dollars, mais la stratégie IA risque de voler la vedette à la calculette.
Q1, Q1, qui est le plus gros?
Le premier trimestre fiscal d’Apple couvre les ventes de fin d’année. Les lancements automnaux ont donc eu le temps d’arriver en magasin, tandis que les achats de Noël donnent à l’iPhone et aux autres appareils leur trimestre le plus favorable. C’est traditionnellement le gros morceau de l’exercice.
La comparaison sera déjà musclée. Apple avait réalisé 124,3 milliards de dollars de chiffre d’affaires au premier trimestre fiscal 2025, contre 119,58 milliards un an plus tôt. Au quatrième trimestre fiscal 2025, le groupe avait atteint 102,5 milliards de dollars, contre 94,93 milliards au quatrième trimestre 2024, avec un bénéfice par action de 1,85 dollar.
Au 24 janvier, le consensus d’une trentaine d’analystes plaçait le chiffre d’affaires du trimestre autour de 138,35 milliards de dollars et le bénéfice par action à 2,67 dollars. Cela représenterait une progression d’environ 11 % sur un an. Les estimations publiées allaient d’environ 136,66 à 142,74 milliards de dollars. Le seuil à surveiller est donc proche de 140 milliards, pas une vague promesse de croissance.
L’iPhone 17 passe à la caisse
Le moteur principal reste l’iPhone. La division avait généré 69,1 milliards de dollars au premier trimestre fiscal 2025, contre 69,7 milliards au même trimestre de l’exercice précédent. Le premier trimestre fiscal 2026 offre cette fois un trimestre complet aux ventes de la famille iPhone 17de l’iPhone Air et des autres modèles lancés à l’automne.
Les prévisions disponibles situaient les revenus de l’iPhone autour de 80 milliards de dollars, avec une progression à deux chiffres envisagée par certains analystes. Une hausse des volumes ne sera toutefois pas la seule variable. Si les modèles les plus chers occupent une part plus importante des ventes, Apple peut faire progresser son chiffre d’affaires sans écouler une montagne supplémentaire d’appareils.
Cette mécanique fonctionne pour les comptes, moins bien pour le prix d’entrée. À force de pousser le panier moyen vers le haut, on finit par se le prendre dans la tronche au moment de regarder la facture. Le trimestre dira surtout si le mix produit compense la pression sur les volumes.
Les ventes de l’Apple Watch Series 11de l’Apple Watch SE 3de l’Apple Watch Ultra 3 et des AirPods Pro 3 auront également bénéficié d’une période complète. La catégorie Wearables, Home and Accessories avait généré 11,747 milliards de dollars au premier trimestre fiscal 2025. Le vrai test sera donc celui du panier moyen, pas seulement celui du nombre d’iPhone vendus.
Services, la poule aux œufs d’or garde le compteur
Les Services continuent de lisser les résultats. Leur chiffre d’affaires était passé de 23,12 milliards de dollars au premier trimestre fiscal 2024 à 26,34 milliards au premier trimestre fiscal 2025. Au quatrième trimestre fiscal 2025, la division avait atteint 28,75 milliards, contre 24,9 milliards un an plus tôt.
Les estimations pour le trimestre attendu plaçaient les Services entre 29,8 et 29,9 milliards de dollars. Le seuil des 30 milliards est donc à portée de main. Il faudra regarder ce qui alimente cette hausse : abonnements, commissions de l’App Store et services cloud ne réagissent pas tous de la même manière aux dépenses des utilisateurs.
Le jardin clos reste très rentable, mais il n’est pas isolé de l’économie des applications. Une baisse des dépenses dans le jeu vidéo ou un ralentissement de l’activité sur l’App Store peuvent peser sur une partie de la division, même si les autres services compensent. Les Services visent les 30 milliards, mais la poule aux œufs d’or doit encore remplir la caisse.
M5, tarifs et marge : la puce à l’addition
La comparaison sera moins confortable pour le Mac. Apple avait renouvelé une grande partie de sa gamme au premier trimestre fiscal 2025, notamment avec les MacBook Pro équipés de puces M4 Pro et M4 Max. Le chiffre d’affaires Mac avait alors atteint 8,987 milliards de dollars. Pour le trimestre 2026, les estimations disponibles tournaient autour de 9,3 milliards, alors que le principal renouvellement concerne le MacBook Pro équipé de la puce M5.
Les lancements d’octobre élargissent toutefois le périmètre. L’iPad Pro M5, l’Apple Vision Pro M5 et le MacBook Pro M5 ont pu profiter de toute la période des achats de fin d’année. L’iPad avait généré 8,088 milliards de dollars au premier trimestre fiscal 2025. La base est solide, mais chaque tablette ne va pas se transformer en lingot par magie.
Les tarifs douaniers compliquent surtout la lecture de la marge. Apple avait évalué leur coût à 1,1 milliard de dollars au quatrième trimestre fiscal 2025 et prévoyait environ 1,4 milliard pour le premier trimestre fiscal 2026. Une estimation plaçait la marge brute à 47,6 %, dans la fourchette annoncée de 47 % à 48 %.
Le sujet n’est donc pas uniquement celui des ventes. Avec des produits lancés à l’automne, une comparaison Mac moins favorable et des droits de douane plus élevés, Apple doit maintenir son niveau de marge sans faire grimper la facture à chaque ligne. Le chargeur peut rester absent de la boîte, mais la hausse, elle, trouve toujours un chemin.
Apple Intelligence cherche encore son keynote
Le bilan financier ne suffira pas à calmer les questions sur Apple Intelligence. Apple a connu en 2025 des retards de fonctionnalités IA, un accueil mitigé pour le matériau Liquid Glass et plusieurs départs de dirigeants. Les ventes ont continué, mais les investisseurs attendent une trajectoire plus lisible.
Les perspectives évoquées autour d’un accord avec Google et de Gemini ajoutent une question à la liste. Apple doit arbitrer entre traitement local, capacités du Neural Engine, coût d’accès aux grands modèles de langage et cohérence de l’expérience dans son écosystème fermé. Un choix technique peut donc finir dans le compte d’exploitation, ce qui est moins glamour qu’une animation de keynote, mais nettement plus concret.
L’appel du 29 janvier donnera peut-être des indications sur la manière dont Apple compte transformer l’IA en ventes d’iPhone, en services payants ou en avantage logiciel. Tim Cook gardera le volant, tandis que les investisseurs surveilleront aussi la place de Kevan Parekh dans la présentation des perspectives. Apple a encore une bonne machine à vendre, mais son récit IA manque de mise au point.
La Bourse fera sa propre keynote
Une étude publiée dans PLOS One en 2017 a analysé les messages Twitter liés aux annonces de résultats de 30 entreprises du Dow Jones sur trois ans. Elle observait une relation entre le sentiment exprimé le jour de l’annonce et les mouvements de marché, avec des rendements anormaux cumulés de 2 % à 4 % dans son échantillon.
La même étude trouvait un pouvoir prédictif faible pour le sentiment observé la veille. Elle insistait aussi sur le décalage entre une annonce après la clôture, les réactions sur les réseaux sociaux et les échanges boursiers du lendemain. La relation observée ne prouve donc pas que les messages provoquent les mouvements de cours, et elle ne permet pas de prédire mécaniquement la réaction à Apple.
Le 29 janvier, le marché aura plusieurs chiffres à digérer : un chiffre d’affaires proche de 140 milliards de dollars, un iPhone autour de 80 milliards, des Services à deux doigts des 30 milliards et une marge attendue autour de 47,6 %. Si la calculette applaudit mais que Apple Intelligence reste dans le brouillard, Apple aura réussi son trimestre sans régler son problème de récit. Le jardin clos devra bien ouvrir une fenêtre un jour.
Sources et références scientifiques
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