Apple mène des discussions préliminaires avec des fournisseurs indiens pour emballer et tester certains composants électroniques. Le projet renforcerait la chaîne de production de l’iPhone en Indemais ne constitue pas une usine de puces Apple Silicon.
Au 17 décembre 2025, les échanges portent sur une étape située après la fabrication du wafer. Les composants sont alors assemblés, protégés et testés avant leur intégration dans un produit. Cette activité, souvent désignée par l’acronyme OSAT, pourrait accompagner la montée en puissance de la production d’iPhone en Inde.
La nuance compte. La fabrication des puces A-series reste liée à TSMC, le fondeur historique d’Apple pour cette famille de composants. Le scénario le plus crédible concerne plutôt des puces moins emblématiques, notamment celles liées à l’affichage. Présenter l’affaire comme une production d’Apple Silicon en Inde serait donc très rapide.
Le wafer et la manière, version Apple
Une puce ne sort pas directement du four avec son emballage et son passeport pour Cupertino. La fabrication du wafer constitue une étape lourde et spécialisée. Le packaging intervient ensuite pour assembler le composant, le protéger et permettre ses tests avant son expédition vers une ligne de production.
Pour Apple, déplacer ce maillon en Inde serait plus réaliste que construire une fonderie complète. Le packaging et les tests demandent des infrastructures et des compétences pointues, mais leur seuil d’entrée reste inférieur à celui d’une usine capable de produire les wafers des processeurs A-series ou d’autres puces Apple Silicon.
Le projet indien concerne la préparation et la circulation des composants, pas la recette des puces. Un iPhone ne gagnerait donc pas un point de benchmark parce que son composant aurait été emballé au Gujarat. Apple pourrait en revanche réduire certains délais et frais de transport. Ce n’est pas un bond de performance, c’est de la tuyauterie industrielle.
Apple met le paquet, mais pas encore le contrat
Les discussions concernent notamment CG Semi, une société liée au groupe indien Murugappa. L’entreprise construit un site d’assemblage et de test à Sanand, dans l’État du Gujarat. Ce site pourrait traiter certains composants destinés aux chaînes de production indiennes d’Apple.
Le dossier reste toutefois au stade des premiers échanges. Aucun contrat définitif ni aucune référence de puce n’est confirmé. Apple discute avec plusieurs acteurs lorsqu’elle renforce une chaîne d’approvisionnement, et une partie de ces candidats ne franchit jamais le stade des négociations. Ça négocie sévère, mais le rideau n’est pas encore levé.
Le type de composant reste lui aussi incertain. Les puces A-series paraissent peu probables, car leur fabrication dépend d’une chaîne déjà structurée autour de TSMC. Les puces de gestion d’affichage constituent une hypothèse plus prudente, cohérente avec les investissements indiens dans les composants électroniques.
De Foxconn à l’OSAT, l’Inde change de puce
Apple ne part pas d’une feuille blanche en Inde. La chaîne industrielle liée à l’iPhone y mobilise environ 350 000 personnes après une forte croissance sur cinq ans. L’assemblage des téléphones a donc créé une base industrielle capable d’accueillir des activités supplémentaires, même si emballer une puce ne revient pas à déplacer une ligne de vissage.
L’Inde développe aussi ses capacités dans les semi-conducteurs. En mai 2025, le gouvernement a investi 433 millions de dollars dans une coentreprise entre HCL Group et Foxconn. Situé dans l’Uttar Pradesh, le projet doit entrer en activité en 2027. Il vise jusqu’à 20 000 wafers par mois et une capacité annoncée de 36 millions de puces de contrôle d’affichage.
Cette usine ne constitue pas une fonderie Apple et aucun contrat direct avec Apple n’est établi dans ce dossier. Elle montre cependant que l’Inde cherche à construire plusieurs maillons de la chaîne, des activités d’assemblage aux composants liés à l’écran. Pour Apple, ce tissu industriel rend un partenariat local plus envisageable, sans transformer Sanand en nouveau TSMC.
Le jardin clos raccourcit ses trajets
Le premier gain attendu est logistique. Emballer certains composants près des lignes d’assemblage indiennes pourrait limiter les transports internationaux, raccourcir les délais et réduire les frais liés à l’importation. Les pièces parcourraient aussi moins de kilomètres avant d’arriver dans un iPhone.
Cette organisation réduirait une partie de l’exposition aux perturbations des chaînes mondiales, notamment les tensions tarifaires et les interruptions de transport. Elle donnerait aussi à Apple davantage de souplesse pour augmenter la production locale lorsque la demande progresse. Quand un composant devient difficile à sécuriser, chaque maillon installé à proximité compte.
Il ne s’agit pas pour autant de rayer la Chine de la carte. La production chinoise d’Apple repose sur des fournisseurs, des équipements et des compétences accumulées pendant des années. L’Inde ajoute un second pilier au dispositif, mais ne remplace pas encore le premier.
Apple diversifie sa chaîne sans abandonner le jardin clos qui a fait sa force industrielle. La stratégie consiste à déplacer certaines étapes, pas à reconstruire toute la maison avec un nouveau fournisseur pour chaque pièce.
Le silicium ne tombe pas du pommier
Le choix du packaging correspond à la méthode Apple. La marque peut tester un nouveau maillon avec un risque plus limité qu’une usine de wafers, tout en profitant des investissements indiens déjà engagés. Les fournisseurs devront encore atteindre les exigences de qualité d’Apple avant d’obtenir un contrat.
La logique économique est directe : moins de transports, moins de dépendance à une seule zone de production et davantage de souplesse face aux tensions douanières. Ce n’est pas une nouvelle architecture de puce, mais une optimisation de la chaîne qui peut peser sur les coûts.
À ce stade, Apple ne fabrique donc pas ses puces A-series en Inde. Elle explore la possibilité d’y emballer et d’y tester certains composants, probablement en commençant par des éléments liés à l’affichage. Le jardin clos ne s’ouvre pas grand. Il déplace simplement une partie de la réserve.
Sources et références scientifiques
- Malcolm Owen. Apple Silicon chip packaging may expand into India's iPhone supply chain. 2025.
- Malcolm Owen. Apple Silicon chip packaging may expand into India's iPhone supply chain – NewsBreak. 2025.
- Salman Akhtar. Apple Considers Chip Packaging in India to Reduce Shipping and China Exposure. 2025.






