Janvier 2026 restera gravé dans l’histoire de la robotique. Trois anciens génies d’Apple viennent de sortir de l’ombre avec 107 millions de dollars en poche et une ambition qui donne le vertige : donner un cerveau visuel aux robots. Leur nom ? Lyte AI. Leur produit ? LyteVision, une plateforme capable de transformer n’importe quelle machine autonome en entité consciente de son environnement. Vous vous souvenez de Face ID, cette technologie qui déverrouille votre iPhone d’un simple regard ? Ces mêmes cerveaux sont de retour, et cette fois, ils visent beaucoup plus grand.
⚡ Ce qu’il faut retenir
- Lyte AI a levé 107 millions de dollars lors d’une Série A monumentale
- Fondée par Alexander Shpunt, Arman Hajati et Yuval Gerson, trois anciens d’Apple ayant créé Face ID
- LyteVision fusionne trois types de capteurs en une seule plateforme unifiée
- Récompensée “Best of Innovation” au CES 2026 dans la catégorie Robotique
- Le marché de la vision robotique devrait atteindre 15 milliards de dollars d’ici 2028
De Face ID aux yeux des robots : l’héritage d’Apple réinventé
Alexander Shpunt n’est pas un inconnu dans la Silicon Valley. Avant d’intégrer Apple, il avait co-fondé PrimeSense, la startup israélienne rachetée par Cupertino en 2013 pour 350 millions de dollars. Cette technologie de détection de profondeur 3D a propulsé la Kinect de Microsoft avant de devenir le socle de Face ID. Aujourd’hui utilisée sur des milliards d’appareils, cette révolution silencieuse a transformé notre rapport à la biométrie.
Mais Shpunt ne voulait pas s’arrêter là. Après des années passées à peaufiner la reconnaissance faciale chez Apple, lui et ses deux complices — Arman Hajati et Yuval Gerson, également issus de PrimeSense — ont quitté le navire en 2021. Objectif ? Appliquer la même obsession du détail et l’excellence opérationnelle d’Apple à un secteur encore balbutiant : la robotique autonome.
“Apple a été une excellente école”, confie Shpunt dans une interview récente. “Nous voulons prendre ce que nous avons appris — l’attention aux détails, l’excellence opérationnelle, la capacité à émerveiller les clients — et l’injecter dans le marché de la robotique.”
LyteVision : trois capteurs, une seule conscience
La vraie innovation de Lyte AI ne réside pas dans un capteur révolutionnaire, mais dans l’intégration. Là où la concurrence empile des caméras, des LiDAR et des capteurs inertiels qui peinent à communiquer entre eux, LyteVision fusionne tout au niveau matériel. Trois technologies complémentaires travaillent comme un seul organisme :
| Type de capteur | Fonction | Avantage clé |
|---|---|---|
| Imagerie visuelle (RGB) | Capture des textures et couleurs haute fidélité | Reconnaissance d’objets et détails |
| Capteur 4D | Mesure distance et vélocité simultanées | Anticipation du mouvement |
| Capteur inertiel (IMU) | Suivi du mouvement et orientation spatiale | Navigation autonome précise |
Cette approche élimine les problèmes de latence et de synchronisation qui paralysent les architectures classiques. Imaginez un robot capable de prédire où vous allez marcher avant même que vous n’ayez terminé votre premier pas. C’est exactement ce que permet la fusion des données de vélocité 4D avec le tracking inertiel.
Une levée de fonds qui fait trembler Boston Dynamics
107 millions de dollars pour une sortie de stealth mode, c’est colossal. Le tour de table réunit des poids lourds : Fidelity, 1A Ventures, VentureTech Alliance, et surtout Avigdor Willenz, entrepreneur israélien multimilliardaire qui a flairé le potentiel. Cette confiance financière traduit une réalité : le secteur de la robotique mature enfin.
Les robots humanoïdes ne sont plus des curiosités de laboratoire. Figure AI collabore avec Microsoft et OpenAI. Tesla déploie Optimus dans ses usines. La Chine inonde le marché avec des modèles à 5 000 euros. Lyte AI arrive au moment exact où l’industrie bascule de l’expérimentation à la production de masse.
Les analystes de Morgan Stanley prévoient qu’Apple pourrait générer 133 milliards de dollars par an grâce aux robots humanoïdes d’ici 2040. Mais pour que cette vision se concrétise, ces machines ont besoin d’yeux parfaits. C’est précisément le terrain de jeu de Lyte.
Du laboratoire aux entrepôts Amazon
Lyte AI refuse de dévoiler ses clients actuels, mais l’entreprise confirme que sa technologie s’applique à tous les formats : robots humanoïdes, robots mobiles, véhicules autonomes. La startup vise une commercialisation sous 12 à 24 mois, avec des premiers déploiements industriels attendus dès le quatrième trimestre 2026.
Les entrepôts logistiques représentent le marché le plus immédiat. Amazon, DHL et les géants de l’e-commerce souffrent d’une pénurie chronique de main-d’œuvre. Un robot équipé de LyteVision pourrait naviguer dans un environnement chaotique, éviter les chariots élévateurs, et identifier des colis sans code-barres visible. Tout cela en temps réel, sans supervision humaine.
Mais l’ambition va bien au-delà. Les robots domestiques, les véhicules autonomes, les drones de livraison, même les applications médicales — tout ce qui nécessite une perception spatiale parfaite — pourrait intégrer cette plateforme.
La guerre des standards : qui imposera le cerveau visuel universel ?
Lyte AI ne joue pas dans la même cour que les fabricants de robots. L’entreprise se positionne comme fournisseur de composants critiques, à la manière d’Intel dans les PC ou de Qualcomm dans les smartphones. Shpunt rêve que LyteVision devienne le standard industriel, le “cerveau visuel” intégré partout.
Mais la concurrence s’intensifie. Physical Intelligence, startup basée à San Francisco, développe elle aussi des systèmes de perception multi-capteurs. Nvidia pousse son infrastructure AI pour robotique. Google travaille sur Gemini Robotics, permettant aux machines d’apprendre par langage naturel. La bataille du standard est loin d’être gagnée.
Le véritable défi ? L’intégration avec les frameworks d’IA existants. LyteVision produit des données de perception exceptionnelles, mais ces données doivent nourrir des modèles Vision-Language-Action qui pilotent les décisions du robot. La compatibilité avec les écosystèmes d’OpenAI, de Meta ou de Google sera déterminante.
Les fantômes de PrimeSense planent sur Lyte
L’histoire de PrimeSense contient une leçon amère. Rachetée par Apple en 2013, la startup israélienne a vu sa technologie exploser commercialement… mais elle a disparu en tant qu’entité indépendante. Shpunt et ses cofondateurs ont vécu cette acquisition de l’intérieur. Cette fois, ils veulent garder le contrôle.
Avec 107 millions en banque, Lyte peut se permettre de croître sans céder trop de capital. Mais la tentation sera forte : si Apple, Google ou Tesla viennent frapper à la porte avec une offre à neuf chiffres, résisteront-ils ? L’histoire se répétera-t-elle ?
Une chose est certaine : cette équipe sait créer des technologies qui changent le monde. Face ID a redéfini la sécurité mobile. Visual Brain pourrait faire la même chose pour la robotique. La question n’est plus si les robots verront aussi bien que nous, mais quand — et avec quelle technologie.






