En novembre 2025environ 20 % des iPhone seraient assemblés en Inde. À Zhengzhou, la production de Foxconn reste rythmée par les pics d’août, les primes et les contrats temporaires. Apple déplace ses lignes, pas encore toutes les questions.
De Zhengzhou à l’Inde, l’iPhone change d’atelier
Au 20 novembre 2025, la part des iPhone assemblés en Inde est estimée à environ 20 %. Le mouvement s’est accéléré pendant l’année, notamment pour réduire l’exposition d’Apple aux droits de douane liés à la production chinoise. La diversification répond donc à un calcul industriel et financier, pas à une simple retouche de carte du monde.
La Chine reste au coeur du dispositif. Les effectifs de pointe attribués à Foxconn à Zhengzhou atteignaient environ 300 000 personnes autour de 2016 et 2017. Ils seraient désormais proches de 150 000. Cette comparaison ne mesure pas à elle seule l’évolution globale de l’emploi chez Foxconn, mais elle coïncide avec la montée de la production indienne.
Le chiffre indien ne signifie pas qu’Apple quitte la Chine : il lui donne une marge de manoeuvre. Une capacité supplémentaire permet de répartir les volumes et de limiter l’effet d’un choc douanier. Sur le papier, c’est propre. Sur le terrain, ça coince sévère.
Foxconn fait sa rentrée en août

Le calendrier habituel place le pic de fabrication des nouveaux iPhone en août, avant leur commercialisation en septembre. Pour préparer la gamme iPhone 16Foxconn aurait recruté 50 000 travailleurs temporaires supplémentaires en août 2024. Une fois la demande initiale satisfaite, la période de pointe se termine et les effectifs diminuent.
Le cycle est particulièrement visible sur le site de Zhengzhou, surnommé « iPhone City ». En novembre, les commandes d’Apple peuvent retomber fortement. Une partie des travailleurs quitte alors l’usine ou perd son poste. L’assemblage devient un emploi saisonnier, avec une forte concentration de l’activité sur quelques mois.
La part des travailleurs temporaires serait supérieure à 50 % chez Foxconn, alors que le droit chinois limite leur proportion à 10 % des effectifs d’une entreprise. Cette estimation reste une allégation et ne permet pas de qualifier chaque contrat ni chaque atelier. Elle suffit toutefois à poser une question de conformité. Le pic passe, le problème reste.
Le salaire joue au yo-yo version Pro Max
Le salaire de base annoncé pour un assembleur d’iPhone chez Foxconn atteint 295 dollars par mois. Il correspondrait au minimum légal et représenterait un peu moins de la moitié du salaire moyen à Zhengzhou. Dans ces conditions, les primes pèsent lourd dans les décisions de recrutement et de départ.
Au début de l’année, les bonus seraient proches de zéro. En août, quand Foxconn doit remplir ses lignes, ils pourraient atteindre 1 380 dollars par mois. Les travailleurs ont donc intérêt à rejoindre l’usine pendant la période la plus rémunératrice, puis à partir lorsque le pic s’achève. Le calendrier industriel devient un calendrier de revenu.
Le salaire de base paie l’attente, la prime paie le sprint. Ce système attire de la main-d’oeuvre quand Apple en a besoin, mais il rend le revenu mensuel très dépendant du calendrier de production. La flexibilité, dans ce cas, n’a rien d’un mot neutre.
Le jardin clos a aussi une chaîne logistique

Apple conçoit ses produits et confie leur assemblage à des partenaires comme Foxconn. Cette organisation permet d’ajuster rapidement les volumes sans employer directement toute la main-d’oeuvre nécessaire pendant la pointe. Elle sépare aussi la marque qui commande du sous-traitant qui recrute et encadre les équipes.
Ce montage ne suffit pas à attribuer automatiquement à Apple chaque manquement constaté chez Foxconn. Il rend cependant la responsabilité quotidienne moins lisible : Apple fixe les volumes et les délais, tandis que Foxconn gère les contrats et les ateliers. Le jardin clos d’Apple a des murs visibles côté logiciel. Côté fabrication, les clôtures sont contractuelles.
Le site de Zhengzhou a déjà connu des mouvements sociaux et des affrontements liés aux conditions de travail. Les longues journées et la rémunération faible hors période de bonus composent un décor moins lisse que celui des vidéos de keynote. Le produit sort parfaitement emballé. Le parcours humain, lui, ne tient pas dans la boîte.
L’Inde déplace le curseur, pas le débat
Une production indienne représentant environ un cinquième des iPhone donne à Apple une protection supplémentaire contre les droits de douane chinois. Elle réduit aussi sa dépendance à un seul bassin industriel, alors que la fabrication reste organisée autour de volumes massifs et de fenêtres de lancement serrées.
Cette progression ne permet pas de conclure que les conditions de travail s’améliorent automatiquement. Les données disponibles ici ne renseignent ni les salaires, ni les horaires, ni la part des travailleurs temporaires en Inde. Déplacer une ligne de production ne déplace pas mécaniquement le problème social. Ce serait du flan de prétendre le contraire.
Pour Apple, la stratégie consiste à conserver la puissance manufacturière chinoise tout en développant une solution de repli. Pour Foxconn, la montée de l’Inde peut réduire la concentration des pics à Zhengzhou, où les effectifs sont déjà inférieurs à ceux de 2016 et 2017. Pour les travailleurs, la donnée la plus concrète reste le revenu obtenu une fois les primes retirées du tableau.
Si l’estimation de 20 % se confirme, un iPhone sur cinq changera d’atelier, pas encore de modèle social. Le prochain chiffre à surveiller ne sera donc pas seulement celui de la production indienne, mais celui des contrats et des revenus pendant les mois creux. Apple peut déplacer ses lignes. Le calendrier, lui, continue de faire la loi.
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