Les prix de la DRAM et de la mémoire NAND montent, les smartphones abordables prennent le choc et le marché mondial pourrait reculer de 2 % en 2026. Apple n’échappe pas à la facture, mais sa forte présence dans le haut de gamme lui laisse davantage de marge de manoeuvre que la plupart des fabricants Android.
Le problème concerne une pièce invisible du smartphone, mais pas un détail comptable. La DRAM, utilisée pour la mémoire vive, et la mémoire flash NAND, dédiée au stockage, coûtent plus cher. La demande des serveurs d’intelligence artificielle et des PC resserre l’offre disponible, tandis que les fabricants de mémoire appliquent des tarifs plus élevés.
Dans une analyse publiée le 16 décembre 2025Counterpoint Research a abaissé sa prévision pour les livraisons mondiales de smartphones en 2026. Le cabinet anticipe désormais une baisse d’environ 2 %, alors qu’une légère progression était encore envisagée auparavant. La pression sur les composants devrait se prolonger au moins pendant le premier semestre 2026.
La RAM prend un coup de chaud
Le choc varie fortement selon le prix du téléphone. Pour les modèles vendus moins de 200 dollars, le coût des composants a déjà progressé d’environ 20 à 30 % depuis le début de 2025. Le milieu de gamme encaisse une hausse proche de 15 %, tandis que les smartphones premium subissent une augmentation plus limitée, mais toujours significative.
Sur un appareil bon marché, quelques dollars supplémentaires peuvent suffire à effacer une marge déjà réduite. Le fabricant doit alors augmenter le prix, diminuer la quantité de RAM, réutiliser un composant plus ancien ou supprimer une référence. Les fonctions d’intelligence artificielle gagnent du terrain, mais la mémoire nécessaire à leur fonctionnement risque, elle, de devenir une variable d’ajustement. Sympa, la fiche technique.
Les marques chinoises comme Oppo, Vivo et Honor sont particulièrement exposées parce que leurs catalogues dépendent davantage des segments sensibles au prix. Counterpoint Research prévoit que ces fabricants pourraient réduire les configurations mémoire, revoir certaines caractéristiques photo ou d’écran et regrouper leurs gammes. Le milieu de gamme risque donc de perdre des options au moment où les acheteurs cherchent justement à éviter les modèles premium.
iPhone 2026 garde la mémoire du prix
Apple part avec un avantage arithmétique. Elle vend déjà beaucoup de smartphones à prix élevé, si bien qu’une hausse du coût de la mémoire pèse moins lourd dans son modèle économique que chez un fabricant qui gagne quelques dizaines de dollars sur un téléphone d’entrée de gamme.
Counterpoint Research ne prévoit pas d’effondrement de la demande pour l’iPhone. Le scénario retenu ressemble plutôt à une légère baisse des volumes, compensée par un prix de vente moyen plus élevé. L’entreprise pourrait donc vendre un peu moins d’appareils tout en générant un chiffre d’affaires similaire, voire supérieur. Le volume ralentit, le prix moyen prend le relais.
Apple dispose aussi de contrats d’approvisionnement à long terme et d’un pouvoir de négociation supérieur à celui de nombreux concurrents. Ces leviers limitent son exposition aux variations brutales de la DRAM et de la NAND. La mémoire ne devient pas gratuite pour autant, mais Apple a moins de raisons de la payer au tarif panique du jour.
Cette position ne transformera pas le prochain iPhone en bonne affaire. Elle donne surtout à Apple plus de latitude pour absorber une partie de la hausse sans rogner immédiatement ses marges. Le fan absolu de la rédac peut applaudir la stratégie, puis se le prendre dans la tronche au moment du prix annoncé.
Le milieu de gamme met la puce à l’oreille
Chez les concurrents, les arbitrages seront plus visibles. Une marque peut augmenter ses tarifs, réduire la RAM, limiter le stockage ou conserver une génération de puce supplémentaire. Elle peut aussi supprimer un modèle complet. Dans tous les cas, l’acheteur récupère une configuration moins généreuse ou une facture plus salée.
Cette pression peut favoriser les fabricants déjà installés dans le haut de gamme. Les acheteurs qui ne trouvent plus de smartphone Android équilibré à un prix intermédiaire peuvent repousser leur renouvellement, choisir un appareil reconditionné ou financer un modèle plus cher. Les offres des opérateurs et les paiements étalés réduisent le montant à régler immédiatement, pas la facture totale.
Le jardin clos encaisse mieux la facture
Apple et Samsung sont les deux groupes que Counterpoint Research considère comme les mieux placés pour absorber le choc. Leur taille facilite les achats, leurs gammes premium supportent mieux une hausse des composants et leurs portefeuilles dépendent moins des téléphones vendus à très bas prix.
L’avantage d’Apple repose aussi sur le contrôle étroit de sa stratégie matérielle. La marque sécurise des approvisionnements de longue durée et arbitre ses configurations à l’échelle de toute sa gamme. Le jardin clos ne supprime ni le prix élevé ni les compromis, mais il donne à Apple davantage de leviers pour protéger ses marges quand la mémoire se renchérit.
La différence avec un constructeur spécialisé dans les téléphones à moins de 200 dollars est directe. Chez Apple, la hausse peut rogner une partie de la marge ou pousser vers un modèle plus cher. Sur l’entrée de gamme, elle peut menacer la viabilité d’une référence entière. Ça négocie sévère en interne, mais pas avec les mêmes cartes en main.
Le vrai bug de 2026, c’est la facture
La demande des serveurs d’IA et des PC ne concerne donc pas uniquement les fabricants de mémoire. Elle peut remodeler le marché mobile en rendant les appareils abordables plus difficiles à produire avec une marge acceptable. Si les prix restent élevés, le milieu de gamme risque de s’amincir entre une entrée de gamme sous pression et des smartphones premium toujours plus chers.
Pour Apple, le risque principal n’est pas de perdre ses clients du jour au lendemain. C’est de choisir entre préserver ses marges, maintenir ses configurations mémoire et éviter une nouvelle hausse tarifaire. Selon les projections de Counterpoint Research, elle pourrait vendre légèrement moins d’iPhone tout en profitant d’un prix de vente moyen en hausse.
Le marché mondial reculerait de 2 %, tandis que son prix moyen progresserait de près de 7 %. La RAM n’a peut-être pas de bouton d’achat, mais elle sait parfaitement présenter l’addition.
Sources et références scientifiques
- Andrew Orr. iPhone will do pretty well in 2026, as RAM prices hammer smartphone industry. 2025.






