Warren Buffett vient de provoquer un séisme silencieux sur les marchés. L’Oracle d’Omaha, qui a bâti sa fortune en achetant et en conservant pendant des décennies, a orchestré l’une des rotations les plus massives de l’histoire récente de Berkshire Hathaway. Apple, jadis adulée et portée aux nues jusqu’à représenter plus de 50% du portefeuille, se fait éjecter par wagons entiers. Dans le même temps, Alphabet — la maison-mère de Google — vient de recevoir 4,3 milliards de dollars d’un coup, devenant instantanément la dixième position du conglomérat. Pourquoi ce revirement brutal ? Qu’a découvert Buffett dans les entrailles de Google que le marché n’a pas encore totalement compris ?
⚡ L’essentiel à retenir
- Berkshire a vendu 67% de ses actions Apple : de 905 millions d’actions à seulement 238 millions
- Investissement surprise dans Alphabet : 17,85 millions d’actions achetées, soit 4,34 milliards de dollars au T3 2025
- L’infrastructure IA comme moteur : les TPUs d’Alphabet sont 80% plus efficaces énergétiquement que les puces NVIDIA
- Performance boursière explosive : Alphabet a bondi de 46% depuis début 2025
- Positioning stratégique : 23% du portefeuille de Berkshire est désormais lié à l’intelligence artificielle
La descente aux enfers d’Apple dans le portefeuille de Buffett
Il y a encore deux ans, Apple était l’amour inconditionnel de Berkshire Hathaway. La position atteignait des sommets vertigineux : plus de 900 millions d’actions, une valorisation qui frisait la moitié du portefeuille actions. Mais depuis septembre 2023, la machine à vendre s’est enclenchée. Trimestre après trimestre, Berkshire s’est séparé de dizaines de millions de titres. Au troisième trimestre 2025, encore 47,79 millions d’actions ont été liquidées.
Aujourd’hui, il ne reste que 238,2 millions d’actions Apple dans les coffres de Berkshire. C’est une réduction de près de trois quarts de la position initiale. Warren Buffett, qui avait fait d’Apple son cheval de bataille technologique, recule massivement. Les raisons ? Une valorisation jugée excessive, des résultats commerciaux inégaux, et surtout un retard patent dans la course à l’IA face aux géants du cloud computing et de l’infrastructure.
Alphabet : la pépite que Buffett regrette d’avoir ignorée pendant vingt ans
Warren Buffett a toujours confessé publiquement l’un de ses plus grands regrets : ne pas avoir investi dans Google lorsqu’il en avait l’occasion au début des années 2000. À l’époque, le moteur de recherche montait en flèche, mais Buffett, allergique à la tech, est resté sur la touche. Des années plus tard, il admettait que c’était une erreur monumentale.
Mais en novembre 2025, tout change. Berkshire révèle dans un dépôt réglementaire auprès de la SEC qu’il possède désormais 17,85 millions d’actions Alphabet, valorisées à 4,34 milliards de dollars. L’investissement aurait été initié par Ted Weschler ou Todd Combs, les deux gestionnaires de portefeuille qui opèrent au sein de Berkshire et qui avaient déjà orchestré l’achat d’Amazon en 2019.
Cette entrée fracassante dans Alphabet intervient alors que le titre a déjà progressé de 46% depuis le début de l’année 2025. Le marché commence à comprendre qu’Alphabet n’est pas qu’un simple moteur de recherche vieillissant. C’est un empire vertical de l’intelligence artificielle, de l’infrastructure cloud et de la publicité numérique.
L’infrastructure d’IA d’Alphabet : les TPUs qui changent la donne
Ce qui fascine Buffett — et les marchés — c’est la stratégie full-stack d’Alphabet. Contrairement à Apple qui dépend de puces externes et d’une IA encore balbutiante, Google a développé ses propres TPUs (Tensor Processing Units), des processeurs optimisés pour les charges de travail d’intelligence artificielle générative. Ces puces maison sont au cœur du modèle Gemini 3, qui surpasse les benchmarks de l’industrie en mathématiques, codage et raisonnement multimodal.
Et l’avantage ne s’arrête pas là. Les TPUs de 7ᵉ génération (nom de code Ironwood) sont 80% plus efficaces énergétiquement que les puces H100 de NVIDIA. Alphabet a d’ailleurs signé un accord majeur avec Meta pour fournir ces TPUs à partir de 2027, avec un accès anticipé via Google Cloud dès 2026. L’objectif ? Capter 10% des revenus annuels de NVIDIA dans les data centers, soit environ 13 milliards de dollars.
Alphabet investit plus de 90 milliards de dollars cette année dans son infrastructure mondiale de data centers, de fibre optique et de puces personnalisées. C’est un pari massif sur l’avenir de l’IA, mais un pari rationnel : Google possède les “pioches et les pelles” de la ruée vers l’or de l’intelligence artificielle.
Google Cloud, YouTube, Search : la machine à cash diversifiée
Là où Apple dépend encore fortement des ventes d’iPhone, Alphabet affiche une diversification redoutable. Le moteur de recherche Google génère des revenus publicitaires en croissance de 15% au dernier trimestre. YouTube, loin de stagner, explose avec une progression de 15% sur la publicité et 21% sur les abonnements (YouTube Premium, Music, TV). La plateforme dépasse désormais les 300 millions d’abonnés payants.
Google Cloud, de son côté, devient un pilier stratégique. La division affiche une croissance soutenue et une rentabilité en amélioration continue. Contrairement à AWS d’Amazon qui domine le marché, Google Cloud se positionne comme l’alternative crédible, notamment grâce à ses capacités d’IA natives intégrées via Gemini et ses TPUs.
| Segment d’activité | Croissance récente | Avantage concurrentiel |
|---|---|---|
| Google Search | +15% (T3 2025) | Dominance mondiale, monétisation publicitaire |
| YouTube Ads | +15% (T3 2025) | Leader des vidéos courtes et longues |
| YouTube Premium/Music/TV | +21% (T3 2025) | 300 millions d’abonnés payants |
| Google Cloud | Croissance soutenue | TPUs propriétaires, IA native (Gemini) |
| Infrastructure IA (TPUs) | Accord avec Meta (2027) | 80% plus efficace que NVIDIA H100 |
Warren Buffett et l’IA : un virage pragmatique, pas philosophique
Certains y voient une conversion tardive de Buffett à la technologie. C’est plus subtil que ça. L’Oracle d’Omaha n’achète pas Alphabet parce qu’il croit au buzz de l’IA. Il achète parce qu’Alphabet génère des flux de trésorerie massifs, qu’elle possède des actifs tangibles (data centers, fibre, puces), et qu’elle monétise déjà l’IA via des produits existants touchant des milliards d’utilisateurs.
L’intelligence artificielle chez Alphabet n’est pas un gadget à vendre. Elle est intégrée dans Search, Gmail, Maps, YouTube, Android. Elle améliore l’engagement utilisateur, augmente les revenus publicitaires, et réduit les coûts opérationnels. C’est exactement le type de “moat” (fossé économique) que Buffett adore : durable, défendable, rentable.
Les lieutenants de Buffett ont vu ce que le marché ignore encore
Ted Weschler et Todd Combs, les gestionnaires qui ont probablement décidé de cet investissement, ont un historique éloquent. Ils ont poussé Berkshire vers Amazon en 2019, une position qui s’est révélée extrêmement profitable. Aujourd’hui, ils parient sur Alphabet au moment précis où l’entreprise passe d’un modèle publicitaire classique à un modèle d’infrastructure IA diversifiée.
Et Warren Buffett, qui prépare son départ de la direction de Berkshire pour laisser la place à Greg Abel début 2026, a donné son aval. Ce n’est pas un petit coup de poker. C’est un signal stratégique : l’avenir de la création de valeur passera par les entreprises qui possèdent l’infrastructure de l’IA, pas seulement celles qui fabriquent des appareils pour la consommer.
Apple vs Alphabet : le match de la décennie selon Berkshire
Le contraste est saisissant. D’un côté, Apple, valorisée à des multiples élevés, confrontée à une croissance ralentie en Chine, à des résultats commerciaux inégaux, et à une stratégie IA encore floue. De l’autre, Alphabet, sous-évaluée par rapport à ses pairs tech, affichant une croissance à deux chiffres sur tous ses segments clés, et propriétaire d’une infrastructure IA verticale qui pourrait dominer la prochaine décennie.
Berkshire possède désormais une position de 65 milliards de dollars dans Apple (malgré les ventes massives) et 4,3 milliards dans Alphabet. Mais la tendance est claire : Apple diminue, Alphabet monte. Au total, 23% du portefeuille actions de Berkshire (311 milliards de dollars) est lié à l’intelligence artificielle via Apple, Alphabet, et dans une moindre mesure Amazon.
Faut-il suivre Buffett et acheter Alphabet aujourd’hui ?
Les analystes restent majoritairement optimistes. Alphabet affiche une valorisation jugée raisonnable par rapport à ses perspectives de croissance. La capitalisation boursière frôle les 4 000 milliards de dollars, mais les fondamentaux suivent. Les revenus publicitaires restent solides, le cloud décolle, et les TPUs pourraient générer plusieurs milliards de dollars de revenus supplémentaires dès 2027.
Cependant, des risques subsistent. Les régulateurs américains et européens scrutent Alphabet de près. Le Département de la Justice américain examine les pratiques anticoncurrentielles du moteur de recherche. Une décision défavorable pourrait fragmenter l’empire Google. Par ailleurs, la concurrence s’intensifie avec OpenAI, Microsoft, et d’autres acteurs qui investissent massivement dans l’IA générative.
Mais pour Buffett, ces risques sont largement compensés par la solidité des actifs, la diversification des revenus, et le positionnement unique d’Alphabet dans l’infrastructure de l’IA. Suivre aveuglément Buffett n’est jamais une stratégie infaillible. Mais comprendre pourquoi il agit peut éclairer nos propres décisions d’investissement.
Le message silencieux de Berkshire : l’ère des plateformes IA a commencé
Ce basculement d’Apple vers Alphabet raconte une histoire plus large. Nous sortons de l’ère du hardware premium (où Apple régnait en maître) pour entrer dans l’ère des plateformes d’infrastructure IA. Les entreprises qui contrôlent les puces, les data centers, les modèles d’IA, et les flux de données auront un avantage décisif sur celles qui se contentent d’assembler des appareils élégants.
Alphabet incarne ce virage. Google ne vend pas de l’IA comme un produit isolé. Elle l’injecte partout : dans la recherche, dans YouTube, dans Gmail, dans Maps, dans Android. Elle construit les TPUs qui font tourner ces modèles. Elle loue l’infrastructure cloud aux entreprises qui veulent développer leur propre IA. C’est un écosystème complet, vertical, difficile à déloger.
Warren Buffett, à 95 ans, vient de placer l’un de ses derniers paris majeurs avant de passer le relais. Et ce pari dit ceci : l’avenir appartient à ceux qui possèdent les rails, pas seulement les trains. Apple fabrique des trains magnifiques. Mais Alphabet possède les rails, les gares, et les systèmes de signalisation. Dans la course à l’IA, c’est peut-être tout ce qui compte.
Pour aller plus loin : l’analyse vidéo de l’investissement de Buffett dans Google






