Une plainte britannique demande à Apple de payer 2 milliards de dollars au nom d’environ 50 millions de consommateurs, alors qu’Apple Pay n’ajoute aucune ligne de frais au ticket de caisse. Le vrai sujet se trouve dans les commissions prélevées aux banques et dans le contrôle de la puce NFC de l’iPhone.
Le paiement sans contact sort de sa zone de confort
Le 23 janvier 2026, James Daley, un défenseur britannique des consommateurs dans le secteur financier, a déposé une plainte auprès du Competition Appeal Tribunal, le CAT. Il lui demande l’autorisation de lancer une action collective contre Apple. La plainte estime que les commissions liées à Apple Pay ont pénalisé environ 50 millions de personnes au Royaume-Uni, pour un préjudice annoncé de 2 milliards de dollars.
La procédure n’est pas encore une action collective validée et le montant ne correspond pas à une condamnation. À ce stade, la demande doit d’abord franchir le filtre du tribunal. Ça pique sur le papier, mais une addition juridique n’est pas encore une facture à régler.
Le litige ne porte donc pas sur un paiement visible par l’utilisateur, mais sur la manière dont Apple facture les banques.
La calculette sans contact affiche 0,15 %
Lorsqu’un client paie avec une carte, plusieurs acteurs se partagent les commissions liées à la transaction. La plainte s’intéresse à la part qu’Apple prélèverait auprès des banques qui proposent Apple Pay à leurs clients. Le taux avancé est d’environ 0,15 % par transaction.
Pour illustrer son argument, le dossier retient une commission interbancaire d’environ 0,80 % et 0,25 dollar fixe. Après le prélèvement d’Apple, il resterait donc environ 0,65 % et 0,25 dollar à la banque dans cette configuration. Les commissions peuvent toutefois varier selon le type de carte, la présentation du paiement et le niveau de risque. Le dossier évoque des cas pouvant atteindre environ 3 % et 1 dollar.
Le point qui change tout est simple : les 0,15 % ne s’ajoutent pas directement au montant payé en caisse. Apple affirme qu’elle ne facture ni les consommateurs ni les commerçants pour l’utilisation de son service. Dans une déclaration officielle, la société écrit : « Apple does not charge fees to consumers or merchants for using Apple Pay. »
La commission existe entre Apple et les banques, pas sous la forme d’un supplément Apple Pay affiché sur le reçu.
Le vrai procès se cache derrière le ticket
La plainte soutient malgré tout que les banques peuvent répercuter leurs coûts sur l’ensemble de leurs clients. Selon cette logique, une personne qui n’utilise jamais Apple Pay pourrait aussi payer davantage, parce que sa banque intégrerait ces dépenses dans ses tarifs généraux.
C’est ici que le dossier doit passer de l’intuition à la preuve. Il faut établir un lien entre la commission versée à Apple, une hausse concrète des prix bancaires et un préjudice subi par chaque membre du groupe. Le fait qu’une banque supporte un coût ne suffit pas, à lui seul, à démontrer qu’elle l’a transféré à ses clients.
Le dossier rapproche aussi ces commissions des taux élevés des cartes de crédit au Royaume-Uni. Or aucune hausse précise ne permet d’attribuer ces taux à Apple Pay depuis son lancement. Les frais interbancaires existent depuis longtemps dans le fonctionnement des cartes, ce qui complique encore l’accusation.
Sans preuve d’un transfert mesurable vers les clients, les 2 milliards restent une estimation de préjudice, pas un dommage établi.
NFC, le jardin clos change de juge
Le volet technique concerne la puce NFC des iPhone. James Daley reproche à Apple de ne pas donner aux services concurrents un accès équivalent à cette technologie de paiement sans contact. Le grief ne vise donc plus seulement le montant d’une commission : il vise le contrôle de l’infrastructure qui permet la transaction.
Apple fait valoir qu’elle fournit des interfaces de programmation, ou API, afin que des concurrents puissent développer des systèmes de paiement sans contact. La firme présente aussi Apple Pay comme une option parmi d’autres et met en avant la réduction de la fraude pour les banques. Sur le papier, le jardin clos laisse donc une petite porte ouverte. Reste à savoir si cette porte mène vraiment au même niveau d’accès que l’entrée principale.
La plainte avance que les systèmes équivalents sur Android ne factureraient pas une commission comparable. Leur fonctionnement n’est toutefois pas identique, et des réserves techniques ont été formulées sur certaines solutions concurrentes. Comparer uniquement les taux, c’est donc oublier la sécurité, la gestion des clés de paiement et l’accès au matériel.
La question centrale devient celle-ci : Apple peut-elle contrôler le NFC de l’iPhone tout en imposant une commission aux banques qui veulent accéder à ses utilisateurs?
Deux milliards sur la table, pas encore dans la caisse
Au 23 janvier 2026la plainte n’apparaissait pas encore dans les listes publiques du CAT et aucun calendrier détaillé n’était connu. Si le tribunal autorise la procédure, Apple pourrait d’abord contester cette décision devant le même tribunal. La question du montant viendrait bien plus tard.
Apple a qualifié la démarche de mal orientée et demandé son rejet. La société insiste sur les bénéfices du service pour les banques, notamment la réduction de la fraude, tandis que la plainte tente de transformer une commission invisible pour le client en préjudice collectif. Les deux positions ne parlent donc pas exactement de la même chose.
Le dossier pourrait mettre à l’épreuve l’écosystème fermé d’Apple : le contrôle du paiement permet de négocier avec les banques sans ajouter une ligne Apple Pay au prix affiché au client. La question reste ouverte, et la calculette du CAT n’a pas encore rendu son verdict.
Sources et références scientifiques
- William Gallagher. Apple Pay fees that don't cost the consumer a dime at center of $2 billion lawsuit. 2026.
- William Gallagher. Apple Pay fees that don't cost the consumer a dime at center of $2 billion lawsuit – NewsBreak. 2026.






