Le 27 janvier 2010, Steve Jobs dévoile l’iPad. La tablette attendra avril pour entrer dans les magasins : Apple a trouvé la bonne formule, pas inventé le format.
Avant l’iPad, le stylet faisait écran
En mai 2003, Steve Jobs affirme qu’Apple n’a aucun projet de tablette et juge le format peu prometteur. En mars 2004, la société dépose pourtant une demande de brevet de design montrant une tablette très proche de l’iPad. Steve Jobs et Jony Ive figurent parmi les 14 inventeurs associés au dépôt.
Le détail le plus révélateur concerne la manière d’utiliser l’appareil. Le dessin montre un doigt posé sur l’écran, pas un stylet. À l’époque, les tablettes inspirées de Microsoft imposent souvent de tenir un appareil épais dans une main tout en écrivant avec un stylet dans l’autre. Pas franchement le genre d’expérience qui donne envie de refaire sa vie avec un écran de 10 pouces.
Apple dispose déjà d’un prototype capable de détecter plusieurs doigts et plusieurs gestes. Le multi-touch passe d’abord par l’iPhoneavec une partie du travail matériel et logiciel nécessaire à l’interface tactile. Le projet de tablette est donc repoussé, puis nourri par le succès du téléphone. L’iPad arrive après l’iPhonemais il récupère une bonne partie de son langage.
27 janvier 2010 : l’ardoise sort du cartable

Quand Apple présente l’iPad le 27 janvier 2010, les fabricants de tablettes ne partent pas de zéro. Microsoft travaille sur le sujet depuis des années et le Consumer Electronics Show de janvier 2010 regorge de machines appelées slate PC. Le terme est utilisé à toutes les sauces, jusqu’à perdre une bonne partie de sa précision.
Apple brouille aussi les pistes avec les noms iSlate et Magic Slate, ainsi qu’avec une société britannique appelée IP Application Development. Quelques jours avant la présentation, Microsoft dévoile sa propre tablette. Le calendrier tourne pourtant à l’avantage d’Apple, qui prend les fabricants de slate PC de court avec le nom iPad.
Les premières réactions sont loin d’être unanimes. L’appareil paraît épais, limité et ressemble pour certains à un grand iPhone. Le problème, c’est que beaucoup de critiques ne l’ont pas encore tenu en main. Lorsque l’iPad arrive dans les magasins en avril 2010, l’écran tactile, le format et la simplicité d’utilisation changent la perception du produit.
Cette commercialisation différée n’est pas un simple effet de calendrier. L’iPad intègre des composants radio qui doivent encore obtenir les homologations réglementaires nécessaires. La keynote est passée, mais la tablette reste dans les coulisses. Apple devra attendre avant de pouvoir dire que l’appareil est réellement disponible.
Le premier modèle installe une formule durable : un écran de 9,7 pouces, une interface pensée pour le doigt et une position entre le téléphone et l’ordinateur portable. L’iPad 2commercialisé en mars 2011, conserve cette diagonale tout en devenant plus fin, plus léger et plus rapide, avec des caméras en plus.
L’iPad de troisième génération, lancé en mars 2012, apporte l’écran Retina. Apple le remplace pourtant dès octobre par l’iPad 4. Une tablette à peine sortie qui voit déjà la suivante lui passer devant : chez Apple, même le calendrier peut avoir un bouton d’avance.
Mini, Air, Pro : la famille part en grand écart
En octobre 2012, Apple ajoute l’iPad mini. Son écran de 7,9 pouces et son poids inférieur de 68 % à celui de l’iPad 4 en font une tablette plus facile à transporter. Le positionnement tarifaire est alors limpide : l’iPad 4 démarre à 499 dollars, tandis que le mini commence à 329 dollars.
La logique s’inverse avec l’iPad mini 6 en 2021. Le petit modèle démarre à 499 dollars, alors que l’iPad standard reste affiché à 329 dollars. Le mini n’est donc plus l’entrée de gamme. Apple facture désormais le format compact, et certains acceptent de payer davantage pour l’avoir. Petit écran, gros ticket.
L’iPad Air arrive en octobre 2013 avec la puce A7. Il est plus fin, plus léger d’environ une demi-livre et doté de bordures réduites. Pour un temps, la gamme devient lisible : le mini pour le format compact, l’iPad standard pour l’entrée de gamme et l’Air pour davantage de performances.
Le premier iPad Prolancé en septembre 2015, bouleverse ce classement. Son écran de 12,9 pouces, sa puce A9X et ses 4 Go de mémoire vive visent les usages créatifs et professionnels. Son prix de départ atteint 799 dollars, tandis que l’Apple Pencil accompagne cette volonté de transformer la grande tablette en outil de travail.
La gamme se complexifie ensuite par étapes. L’iPad Pro adopte Face ID et abandonne le bouton principal en 2018. L’iPad Air passe à un design tout écran en 2020, mais conserve Touch ID sur le bouton marche-arrêt. Le mini suit en 2021 et le modèle standard en 2022. Quatre familles, plusieurs diagonales et des différences parfois difficiles à repérer : le jardin clos ressemble désormais à un labyrinthe avec de très beaux murs.
Le prix fait son petit Pro
Apple complique encore la comparaison en 2024 avec un iPad Air de 13 pouces. Ce modèle occupe une partie du terrain du iPad Pro de même taille, tandis que le Pro conserve un écran OLED et des performances supérieures. L’écart atteint environ 500 dollars.
Côte à côte, le 13 pouces Pro reste techniquement plus séduisant, mais le 13 pouces Air coûte beaucoup moins cher. En 2026, le iPad Pro de 13 pouces démarre à 1 299 dollars. Il faut donc avoir un usage précis de son écran, de sa puissance ou de ses fonctions avancées pour justifier la différence. Sinon, le prix arrive dans la tronche avant même l’ouverture de la boîte.
Le modèle standard garde une place plus accessible, le mini facture son format, l’Air joue le compromis et le Pro tire le prix vers le haut. La performance progresse, mais la lecture de la gamme devient moins évidente à chaque ajout.
iPadOS ouvre la fenêtre, pas encore la porte
Le matériel n’explique pas seul la longévité de l’iPad. Apple a longtemps utilisé une interface proche d’iOSce qui renforçait l’idée d’un grand iPhone. La tablette devait donc prouver qu’elle pouvait faire autre chose que regarder des vidéos ou afficher des pages web en plus grand.
En 2025, iPadOS reçoit une mise à jour plus ambitieuse et plus utile que les précédentes. En 2026, Apple lance Apple Creator Studioun ensemble d’outils de création disponible sur l’iPad et le Mac. L’arrivée de Pixelmator Pro sur iPad pousse aussi la tablette vers des usages de retouche et de production plus sérieux.
Tout n’est pas réglé. Les utilisateurs réclament encore un deuxième port USB-C et le rendu en arrière-plan dans Final Cut Pro pour iPadune fonction promise depuis longtemps. Le contraste est révélateur : Apple vend des puces capables d’encaisser des tâches lourdes, mais le logiciel ne libère pas toujours cette puissance. Dingo, le processeur, quand l’interface lui demande encore de patienter.
L’iPad cherche ainsi une frontière plus nette avec le Mac. Il doit gérer les fenêtres, les applications professionnelles et les flux de création sans donner l’impression de se farcir une version agrandie du téléphone.
Le doigt qui a fait mouche
Le succès de l’iPad ne vient pas d’une invention solitaire. Microsoft travaillait sur les tablettes depuis des années, tandis que BlackBerry, Samsung et Microsoft avec sa gamme Surface ont lancé leurs propres machines. Peu de ces rivales ont toutefois laissé un nom aussi immédiatement associé au format.
Apple a réuni plusieurs décisions au bon moment : un écran multi-touch sans stylet, une interface héritée de l’iPhoneun design simple à comprendre et un catalogue d’applications déjà en construction. Le premier iPad a été moqué comme un gros téléphone, mais cette critique révélait aussi son avantage : on comprenait tout de suite à quoi il pouvait servir.
Depuis 2010, Apple alterne accélérations et longues périodes de silence autour de la tablette. Les modèles Pro, Air et mini, puis les mises à jour d’iPadOSmontrent une marque qui cherche encore la bonne frontière entre tablette et ordinateur. La catégorie existait déjà, mais Apple lui a donné un nom que le public retient.
Le retard n’a pas empêché Apple de s’imposer : elle a déplacé la ligne d’arrivée. Reste une question très Apple : combien de modèles faut-il pour rendre un choix simple compliqué, et combien de fenêtres faudra-t-il à iPadOS avant que le prix, lui, ne ferme la porte?
Sources et références scientifiques
- William Gallagher. How the iPad created the tablet market despite being late to the game. 2026.






