Le 21 janvier 2026Novo Nordisk a réuni Justin Long et John Hodgman, les anciens visages de I’m a Macpour promouvoir Ozempic. Le clin d’oeil tient 45 secondes, puis le film s’étire sur 2 minutes 36 de mentions et d’informations médicales.
Le copier-coller sous ordonnance
Entre 2006 et 2009, Apple opposait dans ses publicités un personnage incarnant le Mac à un autre représentant le PC. Le principe de Get a Mac reposait sur deux silhouettes, un conflit immédiatement lisible et une chute rapide. Il suffisait de quelques secondes pour comprendre la blague.
Novo Nordisk reprend ce duo dans sa campagne There’s Only One Ozempic. Justin Long joue Ozempictandis que John Hodgman incarne Other GLP-1s for Type 2 Diabetesun intitulé qui a déjà perdu la bataille contre la concision. La référence à Apple fonctionne d’abord comme un raccourci mémoriel : on reconnaît les acteurs avant de saisir l’argument commercial.
Le casting vend donc le souvenir de l’ancienne campagne avant de défendre sa propre idée. La nostalgie ouvre la porte, mais la publicité arrive avec une valise pleine de conditions.
Justin Long contre John Hodgman, le duel qui tourne en notice
Le film commence par un jeu télévisé de 45 secondes. L’animateur pose une question sur les autorisations de médicaments. Le personnage de John Hodgman répond le premier, heureux de prendre l’avantage, avant de comprendre que sa réponse met en avant Ozempic. Justin Long récupère ainsi la chute sans avoir besoin de beaucoup parler.
La suite change complètement de rythme. Justin Long lit pendant 2 minutes 36 les mentions et informations liées au médicament. Les deux séquences totalisent 3 minutes 21, dont 45 secondes consacrées à la blague et 156 secondes à ce qui ressemble à une notice audiovisuelle. On se retrouve à se farcir une longue explication après un duel qui tenait dans une réplique.
Novo Nordisk présente l’humour comme une manière d’ouvrir des conversations sur la santé. L’intention peut se comprendre, mais le montage la noie : après le clin d’oeil nostalgique, les informations obligatoires prennent presque toute la place. La chute ne disparaît pas, elle se retrouve simplement coincée sous une pile de texte.
Trois minutes vingt et une, et le Mac est plié
La campagne I’m a Mac fonctionnait avec un décor neutre, deux personnalités identifiables et une idée par film. La nouvelle publicité conserve les acteurs, mais transforme le duel entre familles d’ordinateurs en démonstration autour d’une autorisation de médicament. Les deux formats n’ont donc pas la même charge d’information.
La limite ne vient pas du duo. Justin Long et John Hodgman savent encore installer une tension comique en quelques secondes. Elle vient du décalage entre la promesse du format et la longueur de l’explication : on attend une bataille de personnages, on obtient un jeu télévisé suivi d’une lecture de conditions générales. À la rédac, même le fan absolu d’Apple aurait du mal à appeler ça un redémarrage réussi.
Le remake garde la façade de Get a Macmais remplace la chute par une notice de 156 secondes.
Le fantôme de 2008 redémarre sous Windows
Novo Nordisk n’est pas la première entreprise à utiliser la mémoire de la campagne Apple. En 2017, Huawei avait engagé Justin Long pour une publicité qui reprenait certains codes du personnage, tout en restant compréhensible sans connaître les anciens films. Long y jouait une version plus technophile et moins directement rattachée au Mac. La référence existait, mais elle ne portait pas toute la publicité.
Qualcomm a choisi une approche plus dépendante du clin d’oeil en juin 2024. Après avoir cherché un PC équipé d’une puce SnapdragonJustin Long lançait : « What? Things change. » La publicité se terminait avec l’acteur pointant sa tasse comme si elle prouvait le changement. Le message reposait tellement sur le souvenir d’I’m a Mac qu’il devenait difficile à comprendre sans lui.
Microsoft avait déjà tenté de rivaliser avec Apple en 2008, avec une campagne réunissant Jerry Seinfeld et Bill Gates. Le premier film durait 4 minutes 30, avant le lancement plus direct de I’m a PC la même année. Des métadonnées associées à des éléments graphiques indiquaient même que cette campagne avait été fabriquée sur des Mac avec des logiciels Adobe. Le gag était presque trop bien écrit.
La nostalgie, ce vieux Mac qui redémarre mal
Le cas Ozempic montre ce qui arrive quand un casting devient une référence publicitaire autonome. Justin Long et John Hodgman ne sont plus uniquement associés à une campagne Apple passée : leur duo suffit à rappeler cette campagne. Une marque peut acheter ce souvenir, mais elle ne récupère pas automatiquement la simplicité de l’original.
Le contexte médical complique encore le transfert. Une publicité pour un ordinateur pouvait se concentrer sur une différence de caractère entre Mac et PC. Une publicité pour un médicament doit laisser une place aux informations de produit et aux mentions associées. Le format comique attire l’attention, puis le contenu réglementaire reprend le volant.
Apple avait deux personnages et une idée courte. Novo Nordisk a deux personnages, une idée courte, puis 2 minutes 36 de texte. La référence est immédiate, la démonstration beaucoup moins.
Reste une question : la prochaine marque qui ressortira le duo coupera-t-elle avant la notice, ou faudra-t-il prévoir une pause-café réglementaire?
Sources et références scientifiques
- William Gallagher. Ozempic maker's 'I'm a Mac' ripoff is painfully unfunny. 2026.
- Ozempic maker's 'I'm a Mac' ripoff is painfully unfunny, AppleInsider Forums.






