La fonction Eye Contact de FaceTimearrivée avec iOS 14est visée par EyesMatch dans une plainte déposée le 5 décembre 2025 devant la Juridiction unifiée du brevet. Au 20 janvier 2026, Apple n’est ni condamnée ni contrainte de retirer cette correction du regard, mais le dossier pose déjà une question peu confortable : payer, négocier ou défendre chaque pixel?
Le principe paraît anodin. Quand on regarde l’image de son interlocuteur, le regard se détourne légèrement de la caméra placée au bord de l’écran. FaceTime modifie alors l’image des yeux pour donner l’impression que l’utilisateur regarde directement l’objectif.
EyesMatch poursuit aussi Nvidia au sujet du même brevet, avec une argumentation technique comparable. Un réglage de quelques pixels peut donc se transformer en contentieux européen.
Le regard qui corrige, le droit qui fixe
Le brevet EP2,936,439 s’intitule « Method of capturing and displaying appearances ». Il décrit le traitement en temps réel d’une image captée par une caméra, notamment pour des miroirs virtuels, des effets de maquillage numérique, des applications de réalité augmentée ou l’extraction d’objets.
Un brevet qui ne maquille pas son jeu
La partie invoquée contre Apple concerne la zone des yeux. Le procédé vise à modifier l’apparence du regard afin que la personne filmée semble regarder droit devant elle, même lorsque la caméra se trouve légèrement au-dessus ou sur le côté de l’écran.
Le brevet a été déposé en décembre 2013, accordé en février 2020 et doit expirer en décembre 2033. Il est enregistré dans dix pays européens, dont la France, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni. Pour la procédure devant la Juridiction unifiée du brevet, la possibilité d’une injonction en France, en Allemagne ou en Italie donne au dossier une portée commerciale concrète.
FaceTime a l’oeil sur EP2,936,439
Apple a ajouté Eye Contact à FaceTime avec iOS 14. La fonction utilise des technologies de réalité augmentée pour reconnaître le visage et les yeux, puis ajuster l’image transmise à l’interlocuteur. Elle ne déplace ni le téléphone ni la caméra : c’est le rendu vidéo qui change.
Caméra de biais, logiciel en embuscade
EyesMatch estime que cette correction correspond à la partie centrale de son invention. Le rapprochement technique paraît donc assez direct, mais il ne suffit pas à établir une contrefaçon. La juridiction devra comparer les revendications du brevet avec le fonctionnement exact de FaceTime.
Pour Apple, plusieurs issues restent possibles. L’entreprise peut contester la portée ou la validité du brevet, négocier une licence ou modifier la fonction dans ses systèmes concernés. Une suppression par mise à jour réglerait peut-être le risque juridique, mais elle retirerait aussi une fonction intégrée à l’expérience FaceTime. Pas franchement le menu dégustation rêvé.
Le coeur du dossier tient dans une correction d’image, pas dans un nouveau capteur.
Samsung et Microsoft ont déjà cligné des yeux
EyesMatch avait déjà engagé des procédures contre Samsung en mai 2025 et Microsoft en juin 2025 au sujet du même brevet. Les deux entreprises ont conclu des accords de licence couvrant le monde entier.
Deux accords, zéro condamnation automatique
Dans le cas de Samsung, l’accord est intervenu après une injonction préliminaire au Brésil. Pour Microsoft, la pression est venue d’une procédure européenne. Ces précédents montrent qu’un règlement est possible, mais ils ne déterminent ni la stratégie d’Apple ni l’issue de son propre dossier.
Google est également engagé dans un litige avec EyesMatch sur ce brevet, sans issue définitive connue au 20 janvier 2026. Le montant d’environ 2 millions d’euros mentionné dans une ordonnance liée à l’affaire Microsoft correspondait au montant en litige. Il ne permet pas de connaître la somme versée pour la licence mondiale, si une telle somme a été fixée.
Le chiffre circule, mais le prix d’un éventuel accord avec Apple reste inconnu.
Le petit réglage qui peut coûter grand

EyesMatch détient un portefeuille de brevets consacré à la vision numérique et au traitement d’image. Il couvre notamment les miroirs virtuels, le maquillage numérique, la réalité augmentée, l’extraction d’objets et d’autres traitements en temps réel.
Le portefeuille ne vend pas que des miroirs
Les principaux inventeurs associés à ce portefeuille sont Nissi Vilcovsky et Ofer Saban, également liés à MemoMi Lab. La société peut donc revendiquer une licence sur une technologie intégrée à un produit qu’elle ne commercialise pas elle-même. La valeur du dossier repose alors sur les droits attachés au brevet et sur la correspondance entre ses revendications et le logiciel utilisé.
Pour Apple, le sujet dépasse le bouton Eye Contact. Une contestation longue mobiliserait ses équipes juridiques et techniques, tandis qu’un accord permettrait de conserver la fonction sans modifier le comportement de FaceTime. Mais le précédent Microsoft ne donne ni tarif automatique ni garantie de règlement rapide.
Vision Pro garde un oeil sur l’affaire
Le brevet pourrait théoriquement être invoqué contre d’autres produits utilisant le suivi du regard, notamment Apple Vision Pro. Le casque exploite effectivement l’eye tracking et le traitement de la direction du regard.
Eye tracking, autre regard
La procédure connue au 20 janvier 2026 se concentre toutefois sur FaceTimequi correspond plus directement aux revendications décrites par EyesMatch. Le suivi oculaire d’une interface de réalité mixte et la correction d’un regard pendant un appel vidéo ne sont pas automatiquement la même technique. Apple pourrait donc défendre séparément les usages de ses logiciels et de ses appareils.
La suite dépendra de la stratégie retenue par Apple et des premières décisions de la Juridiction unifiée du brevet. Avec une expiration prévue en décembre 2033 et deux accords de licence mondiaux déjà conclus autour du brevet, le dossier ne disparaîtra pas avec un simple redémarrage d’iOS. Reste à voir si Apple préférera défendre chaque pixel ou payer pour que tout le monde continue à se regarder dans les yeux.
Sources et références scientifiques
- Malcolm Owen. Apple FaceTime Eye Contact feature hit by patent troll in EU court. 2026.
- Mikael Winterkvist. Apple FaceTime Eye Contact feature hit by patent troll in EU court. 2026.
- Milan Jovicic. Apple droht Patentklage wegen Eye Contact Funktion. 2026.






