Pendant que la concurrence s’affichait avec fracas, Apple jouait la discrétion. Trop discrète. Au point que tout le monde pensait que Cupertino accusait un retard catastrophique sur l’IA. Erreur. L’équipe d’intelligence artificielle d’Apple s’avère bien plus imposante que ce que les observateurs imaginaient, et la récente réorganisation stratégique de fin 2025 le prouve : la firme à la pomme ne joue pas la même partie que les autres.
⚡ Ce qu’il faut retenir
- L’équipe IA d’Apple est largement sous-estimée : des centaines de chercheurs travaillent en silence, dont plus de la moitié sont d’anciens ingénieurs de Google
- John Giannandrea, chef de l’IA depuis 2018, quitte ses fonctions et prendra sa retraite au printemps 2026
- Amar Subramanya, ex-pilier de l’IA chez Google et Microsoft, prend les commandes avec un mandat clair : rattraper le retard perçu
- Réorganisation massive : décentralisation des équipes IA sous Craig Federighi, Eddy Cue et Sabih Khan
- Siri 2.0 arrive avec iOS 26.4 début 2026, dopé par Apple Foundation Models et possiblement Gemini de Google
La révélation qui change tout
Combien de chercheurs travaillent réellement sur l’IA chez Apple ? La question restait sans réponse précise. Jusqu’à maintenant. Des révélations récentes montrent que l’équipe d’intelligence artificielle dépasse largement les estimations publiques. Selon les informations obtenues auprès de sources internes, l’équipe dirigée par Zhifeng Chen, responsable des modèles de fondation Apple, compte des centaines d’ingénieurs, dont plus de la moitié proviennent directement de Google [web:1].
Ces experts ont rejoint Cupertino au cours des deux à quatre dernières années, dans une stratégie de recrutement silencieuse mais redoutablement efficace. Apple a systématiquement débauché des talents clés de la Silicon Valley sans faire de bruit, construisant méthodiquement une force de frappe capable de rivaliser avec OpenAI, Google ou Microsoft.
Le paradoxe est frappant. Pendant que la presse tech critiquait les retards d’Apple Intelligence et la mollesse de Siri, l’entreprise construisait en coulisses une infrastructure IA massive. Discrétion ne signifie pas inaction.
Le grand chambardement de fin 2025
Décembre 2025 marque un tournant. Apple annonce officiellement le départ de John Giannandrea, vice-président senior de l’apprentissage automatique et de la stratégie IA depuis 2018 [web:5][web:6]. Recruté à l’époque chez Google pour diriger la révolution IA d’Apple, Giannandrea a défendu mordicus une approche : tout traiter sur l’appareil, protéger la vie privée à tout prix.
Mais les résultats n’ont pas suivi le rythme espéré. Apple Intelligence, lancée en octobre 2024, a déçu. Siri reste à la traîne face à ChatGPT ou Gemini. Les délais s’accumulent. La patience de Tim Cook a des limites.
Dès mars 2025, les signaux étaient là : Giannandrea perd la supervision de Siri, confiée à Mike Rockwell, le cerveau derrière le Vision Pro [web:7]. Puis la division robotique lui échappe également. L’empire s’effrite. En décembre, la décision tombe : Giannandrea restera conseiller jusqu’au printemps 2026, puis prendra sa retraite [web:9].
Amar Subramanya, le sauveur venu de la concurrence
Pour remplacer Giannandrea, Apple frappe fort. Amar Subramanya débarque avec un CV qui fait trembler la concurrence : 16 ans chez Google où il dirigeait l’ingénierie de l’assistant Gemini, puis vice-président corporate de l’IA chez Microsoft [web:6]. Autrement dit, Subramanya connaît intimement les forces et faiblesses des deux plus gros adversaires d’Apple sur le front de l’IA.
Son mandat est cristallin : accélérer le développement des modèles de fondation Apple, améliorer drastiquement Siri, et surtout, livrer des résultats tangibles. Rapidement. Il rapportera directement à Craig Federighi, vice-président senior du développement logiciel, signe que l’IA devient désormais une priorité absolue au plus haut niveau de la hiérarchie [web:9].
Subramanya partage la vision “on-device” de Giannandrea, mais avec une différence cruciale : il sait comment faire fonctionner cette approche à l’échelle, avec des résultats perceptibles par les utilisateurs. Son expérience chez les géants du cloud computing apporte ce qui manquait à Apple : l’exécution.
Une réorganisation qui redistribue les cartes
La restructuration ne s’arrête pas à un changement de visage. Apple décentralise complètement son organisation IA, dispersant les équipes de Giannandrea à travers plusieurs divisions [web:5][web:6] :
| Division | Responsable | Périmètre IA |
|---|---|---|
| Software Engineering | Craig Federighi | Apple Foundation Models, recherche ML, sécurité IA |
| Services | Eddy Cue | Siri, Spotlight, recherche, connaissances |
| Operations | Sabih Khan | Infrastructure IA, hardware dédié |
Cette dispersion n’est pas un démantèlement, mais une intégration stratégique. Chaque division reçoit les ressources IA dont elle a besoin, directement. Plus de goulot d’étranglement centralisé. Plus d’attente interminable pour valider une fonctionnalité. L’agilité remplace la bureaucratie.
Les départs qui inquiètent (ou pas)
Tout au long de 2025, plusieurs figures importantes ont quitté les équipes IA d’Apple. Ruoming Pang, manager de l’équipe des modèles de fondation, est parti chez Meta en juillet [web:16][web:19]. Tom Gunter, son adjoint, a également claqué la porte. Ces départs ont alimenté le narratif d’une “crise” chez Apple.
Pourtant, la réalité est plus nuancée. Tous les géants de la tech subissent une rotation massive de talents IA, attirés par des packages salariaux mirobolants et l’opportunité de travailler sur des projets de pointe. Apple recrute simultanément à un rythme soutenu, remplaçant et augmentant ses effectifs.
Zhifeng Chen prend désormais la tête de l’équipe des modèles de fondation [web:16], avec une structure managériale renforcée incluant Chong Wang, Zirui Wang, Chung-Cheng Chiu et Guoli Yin [web:19]. L’équipe ne faiblit pas, elle se recompose.
L’épisode San Diego, symbole d’une centralisation assumée
En août 2024, Apple avait fermé une équipe de 121 personnes à San Diego, spécialisée dans l’amélioration de Siri [web:11][web:15]. Cette équipe, baptisée Data Operations Annotations, écoutait les requêtes vocales pour améliorer la précision de l’assistant. Apple a proposé aux employés de déménager à Austin, Texas, où la majorité de l’équipe était déjà basée.
Ceux qui ont refusé ont été licenciés en avril 2025 [web:17]. Froid, brutal, mais cohérent avec la stratégie de consolidation géographique d’Apple. La firme préfère concentrer ses forces plutôt que disperser les talents sur plusieurs sites. Austin, hub tech majeur et fiscalement avantageux, devient le centre névralgique des opérations IA aux États-Unis.
Siri 2.0 : la revanche annoncée pour 2026
Le véritable test arrivera avec iOS 26.4 début 2026 [web:1][web:7]. Apple promet un Siri métamorphosé, capable de comprendre le contexte de vos actions, d’analyser le contenu à l’écran, et d’interagir intelligemment avec vos applications via les App Intents.
Imaginez demander à Siri : “Réponds à ce message en résumant l’email que j’ai reçu hier”, et que l’assistant le fasse automatiquement, en respectant votre style d’écriture. Ce niveau d’intégration contextuelle, impossible avec l’architecture actuelle, devient enfin réalité grâce aux Apple Foundation Models développés par l’équipe de Chen [web:22].
Mais la surprise vient d’ailleurs. Apple négocie avec Google pour intégrer Gemini comme option cloud pour les requêtes complexes [web:3][web:25]. Une alliance improbable entre rivaux historiques, qui témoigne du pragmatisme d’Apple : l’utilisateur final doit avoir la meilleure expérience, peu importe l’origine de la technologie.
La stratégie qui dérange : l’IA sans le cloud
Pendant que Google, Microsoft et OpenAI investissent des dizaines de milliards dans des datacenters géants, Apple fait le pari inverse. Le traitement on-device, directement sur la puce de votre iPhone, iPad ou Mac [web:1][web:25].
Les avantages sont indéniables : zéro latence, confidentialité totale, fonctionnement hors ligne. Mais les contraintes techniques sont énormes. Compresser un modèle de langage performant dans quelques gigaoctets, optimiser chaque calcul pour préserver la batterie, tout en garantissant des réponses de qualité.
Apple a développé ses propres modèles, comme OpenELM, spécialement conçus pour tourner efficacement sur les puces Apple Silicon. Pour les tâches exigeant plus de puissance, Private Cloud Compute prend le relais : des serveurs Apple dédiés qui traitent la requête temporairement, puis effacent immédiatement toutes les données [web:25].
Cette approche différencie radicalement Apple de la concurrence. Pas de collecte massive de données. Pas de profil publicitaire. Juste l’IA au service de l’utilisateur, sans compromis sur la vie privée.
2026, l’année de tous les dangers
Apple joue gros. Si Siri 2.0 déçoit encore en 2026, le récit du “retard Apple sur l’IA” deviendra une réalité difficile à combattre. La concurrence aura alors deux ans d’avance en termes d’adoption et d’expérience utilisateur.
Mais si l’exécution est au rendez-vous, Apple pourrait transformer son approche différente en avantage compétitif décisif. L’IA qui protège votre vie privée, qui fonctionne hors connexion, qui s’intègre parfaitement dans l’écosystème iOS. Un positionnement unique que ni Google ni Microsoft ne peuvent revendiquer.
La nomination de Subramanya, la réorganisation stratégique, l’équipe massive sous-estimée : tous les signaux convergent. Apple ne joue pas au rattrapage. Apple prépare une contre-attaque.
La vraie question n’est plus de savoir si Apple a une stratégie IA crédible. Elle est de savoir si cette stratégie arrivera assez tôt pour convaincre un marché déjà conquis par ChatGPT et Gemini. Rendez-vous dans quelques semaines avec iOS 26.4.






