L’action Intel vient de toucher 51,30 dollars ce 6 février 2026, son plus haut niveau depuis plusieurs années. Un chiffre qui aurait semblé impossible il y a six mois. La raison ? Un partenariat stratégique avec Apple qui change tout pour le fondeur américain en difficulté. Wall Street ne s’y trompe pas : cet accord représente bien plus qu’un simple contrat de fabrication.
⚡ L’essentiel en 30 secondes
- Nouveau sommet : Intel atteint 51,30 $ en Bourse, soit +10% depuis fin janvier
- Le catalyseur : Apple confie la production de ses puces M-series d’entrée de gamme au nœud 18A d’Intel
- Livraison : Premiers MacBook Air et iPad avec puces Intel-Apple prévus dès 2027
- Enjeux : Relocalisation américaine, souveraineté technologique et rupture avec la dépendance à TSMC
Un rebond qui défie toutes les prévisions
Lorsque l’action Intel est tombée à 17,66 dollars en avril 2025, peu d’analystes auraient parié sur un retournement aussi spectaculaire. L’entreprise vacillait, perdait des parts de marché face à AMD, et accusait un retard technologique criant face au taïwanais TSMC. Douze mois plus tard, le titre affiche une progression de +69,5%, portée par une restructuration agressive et un pari audacieux : redevenir un acteur incontournable de la fabrication de puces.
Le point d’inflexion ? Le CES 2026 de janvier dernier. Intel y dévoile Panther Lake, sa nouvelle gamme Core Ultra Series 3 gravée en 18A (1,8 nanomètre). Mais surtout, le géant californien annonce qu’Apple a signé pour faire produire ses processeurs M-series d’entrée de gamme dans les usines américaines d’Intel, notamment la Fab 52 en Arizona.
Apple rompt douze ans d’exclusivité avec TSMC
Depuis le lancement de l’Apple Silicon en 2020, Cupertino avait confié l’intégralité de sa production à TSMC. Une dépendance risquée, concentrée sur une île, Taïwan, au cœur des tensions géopolitiques sino-américaines. En diversifiant vers Intel, Apple sécurise son approvisionnement tout en répondant aux pressions de Washington.
Le partenariat ne concerne pas les processeurs haut de gamme des iPhone Pro ou des MacBook Pro. Apple garde TSMC pour ses puces les plus avancées, gravées en 2 nanomètres. Intel hérite des modèles d’entrée de gamme : MacBook Air, iPad standard, peut-être certains iPhone non-Pro d’ici 2028. Un début mesuré, mais symbolique.
| Critère | Intel 18A | TSMC 2nm |
|---|---|---|
| Finesse de gravure | 1,8 nanomètre (18 angström) | 2 nanomètres (densité supérieure) |
| Localisation | Arizona, États-Unis | Taïwan (risque géopolitique) |
| Cible Apple | Puces M-series entrée de gamme, iPad | iPhone Pro, MacBook Pro (haut de gamme) |
| Début de production | Q2-Q3 2027 | Déjà opérationnel |
Le CHIPS Act, moteur invisible de cette alliance
Ce rapprochement ne doit rien au hasard. Il s’inscrit dans le CHIPS Act, ce programme américain de 52 milliards de dollars destiné à relocaliser la production de semi-conducteurs sur le sol américain. Intel a obtenu des subventions massives pour construire et moderniser ses usines. Apple, sous pression politique, devait montrer son engagement envers l’industrie américaine.
Pour l’analyste Ming-Chi Kuo, ce deal permet à Apple de se positionner comme un acteur patriotique face à l’administration Trump, tout en conservant une relation solide avec TSMC pour ses produits phares. Une stratégie à double détente, prudente mais efficace.
Les investisseurs y croient, mais des incertitudes demeurent
Si l’action Intel s’envole, les risques ne sont pas nuls. La production à grande échelle du nœud 18A n’a pas encore été validée sur la durée. Apple exige des rendements de fabrication exceptionnels, une stabilité absolue. Le moindre retard dans la livraison du PDK 1.0/1.1 (kit de conception de processus), attendu au premier semestre 2026, pourrait faire basculer le calendrier.
Les marges d’Intel restent sous pression. Le groupe a enregistré des pertes nettes en 2024 et 2025, malgré un retour à la profitabilité au troisième trimestre 2025 avec 4,1 milliards de dollars de bénéfice net. Le consensus des analystes table sur un bénéfice par action de 0,48 dollar en 2026, puis 0,95 dollar en 2027. Des chiffres encourageants, mais encore fragiles.
Et après ? Intel vise Nvidia et les puces IA
Ce partenariat avec Apple n’est qu’une première étape. Intel cherche à attirer d’autres clients prestigieux pour sa division Foundry. Des rumeurs évoquent des discussions avec Nvidia pour une production partielle de GPU sur le futur nœud 14A (1,4 nanomètre), prévu en 2027. Si Intel réussit à livrer Apple dans les temps, sa crédibilité face à TSMC et Samsung sera restaurée.
Le titre Intel reste volatil. Les cours oscillent entre 48 et 52 dollars depuis début février, reflétant à la fois l’enthousiasme des investisseurs et la prudence face aux défis d’exécution. Mais une chose est certaine : Intel n’est plus ce géant endormi que l’on enterrait il y a un an. Le fondeur américain est de retour dans la course. Et Apple vient de lui offrir la rampe de lancement dont il rêvait.






