En décembre 2025Sergey Brin a reconnu que Google Glass était arrivé trop tôt sur le marché. À 1 500 dollars, avec une caméra visible et une monture peu discrète, la démonstration avait pris de vitesse l’usage quotidien.
Présentées en 2012 à un public limité, les lunettes connectées de Google n’étaient pas les premières du genre. Elles ont toutefois largement popularisé une promesse assez dingo pour attirer les projecteurs : afficher des informations dans le champ de vision, répondre à la voix et mélanger la vie quotidienne avec Internet.
Google a annoncé l’arrêt de la version grand public en 2015. En décembre 2025lors d’un échange avec des étudiants de Stanford, Brin a expliqué que son erreur ne venait pas forcément de l’idée, mais de la vitesse à laquelle il avait voulu la commercialiser. Le problème n’était pas d’avoir vu trop loin, mais d’avoir vendu trop tôt.
Le moment Steve Jobs a pris une vitre
Brin a résumé son état d’esprit avec une franchise rare chez les dirigeants de la Silicon Valley : « I thought, “I’m the next Steve Jobs, I can make this thing. Ta-da.” » Il s’était imaginé dans la peau du fondateur d’Apple, capable de sortir un objet inédit et de le faire accepter par le public grâce à la seule force de sa vision.
Un produit grand public demande pourtant davantage qu’une idée spectaculaire. Il faut une fabrication maîtrisée, un prix supportable, une interface compréhensible et un usage que les personnes croisées dans la rue peuvent accepter. Google Glass avait le premier frisson de la science-fiction, mais pas encore la finition d’un produit à porter toute la journée.
La démonstration spectaculaire avait donc pris le pas sur les questions ordinaires : qui veut garder ces lunettes huit heures par jour? Que voit la personne en face? Que se passe-t-il quand la batterie baisse? Et pourquoi payer 1 500 dollars pour une monture qui ressemble encore à un prototype de laboratoire? Ça sentait la keynote sous caféine.
1 500 dollars et une caméra dans le viseur

Le tarif plaçait immédiatement Google Glass du côté des expériences réservées aux passionnés fortunés. À 1 500 dollars, la paire ne pouvait plus être jugée comme une simple curiosité. Les acheteurs attendaient un objet fiable, confortable et socialement acceptable. Sur ce terrain, la facture a tiré une balle dans le pied du produit.
Le prix a fait écran
La fiche technique n’était pas vide. Les lunettes intégraient une caméra de 5 mégapixels, un affichage tête haute et des commandes vocales. Mais la caméra visible a déclenché des craintes sur la vie privée dans les lieux publics, tandis que le design jugé étrange et encombrant compliquait l’adoption.
Le produit cumulait donc deux handicaps très visibles. Son prix réduisait le nombre d’acheteurs potentiels, tandis que sa caméra rendait chaque utilisation contestable. La question n’était plus seulement de savoir si l’appareil fonctionnait, mais si son propriétaire pouvait le porter sans transformer chaque sortie en débat sur la vie privée.
Le produit n’était pas cuit, mais la démo si
Brin a aussi livré une formule précise sur la mise en scène du lancement. Il a conseillé aux entrepreneurs de faire mûrir leur objet avant de l’associer à un spectacle de parachutisme et de dirigeables. Ces démonstrations aériennes avaient marqué les esprits, mais elles donnaient surtout l’impression que la technologie était prête pour tous les usages.
Son conseil tient en une phrase : « When you have your cool, new wearable device idea, really fully bake it before you have a cool stunt involving skydiving and airships. » Autrement dit, il fallait encore travailler le coût, l’apparence et l’intérêt concret du produit avant de lui offrir une scène de cinéma.
Une démonstration peut vendre une minute de rêve. Elle ne peut pas réparer un produit trop cher porté devant le visage. L’imaginaire futuriste avait avancé plus vite que l’usage réel, la confiance et l’acceptation sociale.
Newton, le fantôme qui revient par la monture
Le parallèle avec Apple s’impose parce que Brin l’a lui-même utilisé. Apple a lancé le Newton avant que Steve Jobs mette fin à la gamme en 1997. Comme Google Glassl’assistant personnel était ambitieux, coûteux et en avance sur les habitudes du public.
La comparaison a toutefois ses limites. L’échec du Newton n’a pas automatiquement produit l’iPhone des années plus tard. Apple n’a pas abandonné le marché des appareils mobiles après 1997. L’entreprise a poursuivi son travail matériel jusqu’à proposer, bien plus tard, des produits mobiles plus simples à utiliser et mieux intégrés à son écosystème.
La leçon est plus étroite : une nouvelle catégorie demande du temps pour réduire les frictions, clarifier l’usage et atteindre un prix acceptable. Sinon, l’innovation reste coincée entre le laboratoire et le musée. Le flambeau ne passe pas par magie.
Les lunettes reviennent, mais l’addition reste visible
Les modèles plus récents associés à Ray-Ban Meta abordent les lunettes connectées avec une monture familière et des fonctions plus ciblées. Une version avec écran atteint 799 dollars, soit un tarif inférieur aux 1 500 dollars de Google Glassmais encore loin d’un achat impulsif.
La différence tient aussi à l’emballage. Une paire qui ressemble à des lunettes ordinaires se fait oublier plus facilement qu’un dispositif futuriste bardé de capteurs. Le design ne règle pas les questions de vie privée, mais il évite déjà de transformer chaque sortie en conférence de presse improvisée.
Le vrai test, pour les prochaines lunettes, ne sera donc pas un saut en parachute. Ce sera une table de café, un trajet en métro et la personne assise en face. La caméra peut être minuscule; le malaise, lui, ne l’est pas.
Sources et références scientifiques
- Amber Neely. Sergey Brin thought he had his Steve Jobs moment with the failed Google Glass. 2025.
- Paul Terpstra. Sergey Brin Believed Google Glass Was His Steve Jobs Moment. 2025.
- Sergey Brin admits rushing Google Glass made it flop, says he thought he would be next Steve Jobs – India Today.
- Shashwat Bhandari. When Google Co-Founder Sergey Brin Recalled Mistake of Believing He’d Be Next Steve Jobs at Stanford Universit. 2025.
- Manaswi Panchbhai. Google Founder Sergey Brin Reflects on Early Mistakes: "I Thought, I’m the Next Steve Jobs," He Tells Stanford Students. 2025.






