Reincubate accuse Apple d’avoir repris des éléments de Camo pour lancer Continuity Camera, puis d’avoir utilisé son écosystème fermé pour affaiblir l’application. Déposée le 27 janvier 2026 dans le New Jersey, la plainte ouvre un nouveau dossier autour du Sherlocking, le vieux sport qui consiste à intégrer une fonction tierce directement dans les systèmes Apple.
Camola caméra qui a vu venir le coup
Reincubate a lancé Camo en juillet 2020, pendant la première vague de la pandémie de Covid-19. L’application permettait d’utiliser un iPhone ou un smartphone Android comme webcam pour un Mac ou un PC Windows. Cette compatibilité entre plateformes constituait l’un de ses arguments principaux.
Apple a présenté Continuity Camera à la WWDC 2022. La fonction, intégrée à macOS Ventura et à iOS 16.1transforme la caméra d’un iPhone en webcam pour un Mac. L’association est native et reste limitée aux appareils Apple.
Le terme « Sherlocking » vient d’une ancienne fonction de recherche d’Apple, Sherlockqui avait repris des possibilités proposées par l’application tierce Watson au début des années 2000. Dans le cas présent, Reincubate estime que la plateforme a attendu que Camo valide l’usage d’un téléphone comme webcam avant de proposer une version intégrée à ses propres appareils.
Le sujet dépasse donc la webcam : il porte sur la frontière entre une idée similaire et la reprise d’une technologie par le propriétaire de la plateforme.
Sherlock, mon beau Sherlock

Dans sa plainte, Reincubate affirme qu’Apple connaissait Camo alors que l’application était encore en bêta. L’entreprise assure que des milliers d’employés Apple l’utilisaient en interne et qu’Apple l’avait encouragée à investir davantage dans son développement. Elle évoque aussi des promesses d’aide et une nomination à un prix consacré à l’innovation.
Aidan Fitzpatrick, le dirigeant de Reincubate, soutient qu’Apple a ainsi pu observer le fonctionnement de Camo avant de lancer Continuity Camera. Il reproche surtout à Apple d’avoir repris une approche interopérable, puis de l’avoir limitée aux appareils Apple. Dans le récit de Reincubate, le problème ne vient donc pas de la concurrence en elle-même, mais de la relation préalable entre les deux entreprises et de l’accès aux briques techniques nécessaires.
Cette distinction sera déterminante. Une fonction native peut ressembler à une application existante sans constituer automatiquement une contrefaçon ou une pratique anticoncurrentielle. Reincubate doit maintenant établir que les échanges avec Apple, la conception de la fonction et le comportement de la plateforme forment un ensemble juridiquement répréhensible. Le dossier est sérieux, mais l’accusation ne vaut pas encore preuve.
Deux brevets et un Mac dans le viseur
La procédure vise les brevets américains 12,335,323 et 11,924,258. Tous deux portent le titre Devices, systems and methods for video processing. Leur description associe un appareil de contrôle, un appareil de capture et une application chargée de coordonner la connexion et le traitement vidéo.
Dans le scénario décrit par la plainte, le Mac correspond à l’appareil de contrôle, l’iPhone à l’appareil de capture et Continuity Camera à l’application de coopération. Reincubate estime que la fonction native reprend des éléments couverts par ses revendications. Apple devra contester la validité ou la portée des brevets, ou démontrer que son implémentation ne recoupe pas juridiquement ces revendications.
La plainte a été déposée devant le tribunal fédéral du district du New Jersey le 27 janvier 2026. Reincubate demande aussi une injonction qui empêcherait Apple de suspendre ou de résilier sa licence de développeur au seul motif qu’elle a engagé une action en contrefaçon de brevet.
Le jardin clos passe en mode webcam
La dimension antitrust repose sur une différence facile à vérifier. Camo pouvait relier un iPhone à Windows, un téléphone Android à un Mac et plusieurs autres combinaisons. Continuity Cameraelle, fonctionne dans le périmètre Apple. Reincubate accuse Apple d’avoir utilisé son contrôle d’iOSde macOS et de l’App Store pour désavantager les solutions qui proposaient la même interopérabilité.
Une fonction native dispose d’un avantage de distribution évident : elle apparaît dans les réglages du système, ne demande pas de téléchargement séparé et s’active avec le matériel déjà possédé. Une application tierce doit, elle, conserver sa place face à une option intégrée et gratuite. C’est là que le jardin clos devient un sujet économique, pas seulement une question de confort.
Pour Reincubate, Apple aurait d’abord laissé Camo prouver qu’il existait une demande, puis aurait orienté cette demande vers une solution réservée à ses propres appareils. Apple pourra répondre que l’interopérabilité n’est pas une obligation générale et qu’une entreprise reste libre de concevoir une fonction optimisée pour son matériel et son système. C’est précisément le point sur lequel le juge devra séparer le choix produit du verrouillage abusif.
Apple répond : « baseless », vraiment?

Apple rejette les accusations. Dans une déclaration, l’entreprise affirme : « We strongly disagree with the allegations and believe the lawsuit is baseless. Apple competes fairly while respecting the intellectual property rights of others, and these camera features were developed internally by Apple engineers. » Apple considère donc la plainte infondée et soutient que les fonctions de caméra ont été conçues par ses propres ingénieurs.
Cette réponse traite directement l’origine de la technologie, mais elle ne règle pas les deux questions posées par Reincubate. La première concerne le recoupement entre les brevets et la fonction native. La seconde porte sur l’utilisation éventuelle du contrôle d’iOSde macOS et de l’App Store pour réduire l’accès des concurrents aux mêmes possibilités.
Apple a le droit de développer une webcam native pour ses Mac. Le débat juridique porte sur la manière dont cette fonction a été conçue, sur les informations éventuellement obtenues auprès de Reincubate et sur les conséquences de son intégration verticale. Une keynote ne suffira pas à régler ça.
La caméra est allumée, le procès commence à peine
Le dossier oppose deux avantages qui coexistent rarement sans friction. L’intégration verticale simplifie l’expérience de l’utilisateur, tandis que l’interopérabilité permet à une application comme Camo de relier des appareils appartenant à des écosystèmes différents. Le procès devra déterminer si Apple a seulement conçu une alternative native ou si elle a utilisé sa position pour évincer la solution qui avait ouvert le marché.
Une victoire de Reincubate pourrait imposer des limites à la façon dont une plateforme reprend une fonction popularisée par un développeur indépendant. Une victoire d’Apple renforcerait au contraire l’argument selon lequel une fonction native reste licite lorsque sa conception et ses revendications de brevet ne recoupent pas celles d’une application existante.
Pour l’instant, les deux camps défendent des versions incompatibles de la même histoire. La caméra fonctionne déjà entre l’iPhone et le Mac. Reste à savoir si le tribunal verra une intégration maison, un Sherlocking abusif ou un peu des deux.
Sources et références scientifiques
- Mike Wuerthele and Malcolm Owen. Continuity Camera lands Apple in legal trouble for 'Sherlocking' Camo. 2026.
- Mike Wuerthele. Continuity Camera lands Apple in legal trouble for 'Sherlocking' Camo – NewsBreak. 2026.
- Reincubate Sues Apple for Alleged ‘Sherlocking’ of Camo App with Continuity Camera Feature – The Daily Tech Feed.
- UK app developer Reincubate (Camo) files U.S. antitrust and patent lawsuit against Apple after its functionality became the Continuity Camera feature – ip fray.
- Jay Peters. An app developer is suing Apple for Sherlocking it with Continuity Camera. 2026.






