Apple va devoir rendre plus neutres ses fenêtres de consentement sur iPhone et iPad. Après une enquête allemande sur la différence de traitement entre applications maison et tierces, le jardin clos retouche son affichage, mais ne change pas son système de mesure publicitaire.
Lancée en avril 2021, App Tracking Transparency (ATT) demande aux applications l’autorisation de suivre l’activité d’un utilisateur sur les applications et les sites d’autres entreprises à des fins publicitaires. Apple présente ce choix explicite comme un outil de protection des données. Pour les éditeurs et les régies, l’absence de suivi interapplications réduit la précision du ciblage et peut peser sur l’efficacité de certaines campagnes.
Apple conserve aussi un mécanisme de mesure des performances publicitaires qu’elle considère comme distinct du suivi interapplications. Ce système ne passe pas par une fenêtre de consentement équivalente. C’est là que le dossier se corse : Apple fixe les règles du système tout en conservant ses propres outils de mesure.
Le point litigieux n’est donc pas l’existence d’un choix, mais la symétrie des règles.
ATT, pas touche : Berlin met le pop-up sous surveillance
En 2025, l’Allemagne a classé Apple parmi les entreprises d’importance primordiale pour les marchés. Ce statut permet au Bundeskartellamt, l’autorité fédérale de la concurrence, d’intervenir plus rapidement lorsqu’une grande plateforme peut influencer les conditions d’accès au marché.
En décembre 2025, le régulateur examinait les différences entre les demandes de consentement affichées pour les applications Apple et celles destinées aux applications tierces. Les premières auraient bénéficié d’une présentation plus favorable, tandis que les secondes pouvaient employer un vocabulaire ou des éléments visuels plus dissuasifs.
Apple a accepté de standardiser le texte, le contenu et la mise en page des demandes. Les développeurs devaient aussi disposer d’une procédure plus simple pour solliciter l’autorisation de traiter des données publicitaires. En clair, le pop-up devait arrêter de jouer au videur de boîte de nuit pour les concurrents d’Apple.
Le régulateur allemand attaque la présentation du consentement, pas le principe d’une autorisation donnée par l’utilisateur.
Le pop-up perd ses gros sabots
Le 17 août 2026, le Bundeskartellamt a annoncé la clôture de son enquête après l’engagement formel d’Apple à modifier les fenêtres de consentement. Les demandes présentées par les applications tierces devront abandonner les formulations et les symboles susceptibles de décourager davantage l’utilisateur que ceux employés pour les applications Apple.
Les développeurs gagneront aussi davantage de liberté pour associer la demande imposée par Apple à leur propre écran d’information sur la protection des données. Cette évolution ne supprime pas le choix de l’utilisateur et ne transforme pas le suivi publicitaire en option automatique. Elle vise à éviter qu’Apple offre à ses propres services un parcours plus accueillant que celui des applications concurrentes.
Apple dispose de quatre mois après la notification officielle de la décision pour appliquer les changements. Les engagements resteront en vigueur pendant sept ans et seront suivis par un mandataire indépendant. La firme indique que les nouvelles règles s’appliqueront dans presque tous les pays de l’Union européenne.
Le jardin clos garde une fenêtre entrouverte
La modification des fenêtres ne règle pas toute la dispute. Apple maintient son système de mesure sans demande d’autorisation préalable, au motif qu’il ne permettrait pas un suivi interapplications classique. La fermeture de l’enquête allemande ne tranche donc pas à elle seule la question d’un éventuel avantage structurel face aux fournisseurs publicitaires et aux éditeurs indépendants.
Le point sensible tient au contrôle simultané de la plateforme, du système d’exploitation, des applications maison et d’un outil de mesure publicitaire. Apple fixe le format du consentement sur l’iPhonedéveloppe ses propres services et conserve la maîtrise de son cadre technique. Pour un concurrent, contester une règle revient à demander au jardinier de revoir la clôture autour de son propre jardin.
Apple défend une logique de confidentialité cohérente : les utilisateurs ne devraient pas avoir à sacrifier leurs données pour accéder à une fonctionnalité. La critique des autorités ne porte pas sur le droit d’Apple à protéger la vie privée, mais sur la possibilité que cette protection soit plus contraignante pour les applications concurrentes que pour les services maison. Nuance technique, conséquences commerciales bien réelles.
L’addition européenne ne passe plus sous le tapis
Le dossier allemand arrive après deux sanctions nationales. En mars 2025, la France a infligé une amende de 150 millions d’euros liée au fonctionnement d’App Tracking Transparency. L’Italie a imposé une sanction de 98,6 millions d’euros pour le même cadre de consentement. L’Allemagne a choisi une autre voie : des engagements obligatoires, un délai de quatre mois et une surveillance pendant sept ans, sans nouvelle amende annoncée dans cette décision.
Ces montants ne suffisent pas à mesurer l’impact financier total de l’ATT sur les éditeurs. Les effets varient selon les secteurs, les formats publicitaires et les marchés. Les autorités allemandes rassemblent justement des documents auprès des éditeurs, des médias et des organismes chargés de la protection des données. Pas de chiffre magique sorti d’un chapeau, donc.
Pour les propriétaires d’un iPhone ou d’un iPadle changement attendu sera surtout visuel et rédactionnel : une demande plus uniforme, un langage moins chargé et une présentation comparable entre applications Apple et applications tierces. Le bouton d’autorisation, lui, reste un bouton d’autorisation.
Apple corrige donc la forme sous pression réglementaire, tout en conservant la distinction qui nourrit la controverse entre consentement ATT et mesure publicitaire. Les engagements resteront surveillés pendant sept ans. Le pop-up devient plus neutre, mais le jardin clos n’a pas encore retiré sa clôture.
Sources et références scientifiques
- Andrew Orr. App Tracking Transparency under the gun by German antitrust investigators. 2025.
- Andrew Orr. App Tracking Transparency under the gun by German antitrust investigators – NewsBreak. 2025.
- App Tracking Transparency under the gun by German antitrust investigators, AppleInsider Forums.
- MacDailyNews Webmaster. Apple to overhaul app tracking consent rules after German antitrust probe. 2026.





