Le 20 janvier 2026un juge fédéral a rejeté plusieurs demandes contre Apple dans un procès sur les données collectées par ses applications pour iPhone. La firme gagne une manche grâce aux faiblesses de la plainte, mais le tribunal n’a pas déclaré ses pratiques de confidentialité conformes au droit.
Le juge Edward J. Davila, du Northern District of California à San Jose, a accepté la demande d’Apple visant à écarter plusieurs accusations. Le dossier ne part pas pour autant à la corbeille : les plaignants disposent de 30 jours pour déposer une plainte amendée, tandis que les autres éléments de l’affaire continuent leur chemin.
En apparence, Apple peut donc respirer. En réalité, l’ordonnance porte surtout sur la manière dont les accusations ont été formulées. La firme n’a pas obtenu de décision établissant que la collecte contestée respecte les lois invoquées. Apple gagne sur la procédure, pas sur le fond de la vie privée.
Le jardin clos passe au peigne fin
Le procès porte sur la collecte présumée de données lorsque des propriétaires d’un iPhone utilisent des applications maison comme l’App StoreApple MusicApple TVBooksStocks et Game Center. Les plaignants soutiennent que ces applications transmettraient des informations liées à l’appareil et à l’usage, alors que certains réglages laisseraient penser que la collecte serait limitée.
Le point sensible n’est donc pas seulement la présence d’une donnée isolée. Il concerne l’écart possible entre ce que l’utilisateur pense désactiver et ce qu’Apple continuerait à recevoir. Si cette accusation était démontrée, elle toucherait directement le discours de la marque sur la confidentialité. Pour l’instant, le tribunal n’a décidé ni que cette collecte était illégale ni qu’elle n’avait jamais eu lieu.
Ces applications occupent une place directe dans le jardin clos d’Apple : elles relient l’appareil à ses services et à ses réglages de confidentialité. Cela ne prouve rien sur la légalité de la collecte, mais explique pourquoi la précision des accusations compte autant. Sur ce terrain, une promesse mal décrite peut vite devenir un dossier mal ficelé.
Le pen register perd le fil

Pour écarter plusieurs demandes, le juge s’est concentré sur des problèmes de définition et de précision. La plainte présentait notamment des contradictions autour du « pen register »un dispositif juridique associé à l’enregistrement de certaines informations de communication, ainsi qu’autour de la capacité réelle de l’outil invoqué.
Le tribunal a aussi relevé que les plaignants ne décrivaient pas assez précisément l’appareil qui aurait intercepté les données, la nature exacte des contenus recueillis et le mécanisme d’interception. Une plainte doit présenter des faits suffisamment précis pour rendre l’accusation plausible. Dans son ordonnance, le juge reprend l’exigence de « sufficient factual matter »soit une matière factuelle suffisante. Sans cela, même une accusation sérieuse se retrouve avec les lacets noués entre eux.
Autre point délicat : les attentes de confidentialité. Selon l’analyse du tribunal, attendre qu’aucune donnée d’utilisation ne soit envoyée à Apple pouvait être considéré comme objectivement déraisonnable dans le contexte décrit. Pour les accusations fondées sur la loi de Pennsylvanie sur les écoutes, il fallait aussi identifier l’interception, le dispositif et le contenu concernés. Cette loi prévoit en outre une limite lorsque la personne accusée est elle-même partie à la communication.
La plainte invoquait le California Invasion of Privacy Act, la loi californienne sur la concurrence déloyale, une théorie fondée sur le droit constitutionnel californien à la vie privée, la loi pénalement applicable aux interceptions en Pennsylvanie et une rupture de contrat implicite. Cette accumulation ne suffit pas. Chaque fondement doit correspondre à des faits détaillés et à la définition juridique retenue. Ça coince sur la charpente juridique, pas encore sur la vérité de la collecte.
Sursis sur l’iPhone, pas extinction du dossier
Le juge a rejeté plusieurs demandes, mais il n’a pas mis fin à toute la procédure. Les plaignants disposent d’une dernière fenêtre de 30 jours pour corriger leur plainte. L’ordonnance se montre toutefois sceptique : Edward J. Davila doute que les défauts relevés puissent être réparés après une précédente possibilité de modification.
Dans l’ordonnance, le juge écrit qu’il est « doubtful whether Plaintiffs can sufficiently plead their dismissed claims »autrement dit qu’il doute que les plaignants puissent reformuler correctement les demandes rejetées. Il leur laisse pourtant ce délai supplémentaire par prudence. Apple obtient donc un sursis procédural, pas un jugement définitif sur ses pratiques.
Une plainte amendée devra expliquer quelles données auraient été collectées, par quelle application, au moyen de quel mécanisme et dans quelles circonstances les réglages d’Apple auraient induit les utilisateurs en erreur. Elle devra aussi relier chaque accusation aux éléments exigés par les lois citées. Là, on ne parle plus d’un simple réglage à décocher dans Réglages.
La question reste ouverte : les applications de l’écosystème transmettent-elles des données d’une manière que les utilisateurs ne comprennent pas, ou la plainte a-t-elle surtout mal décrit ses preuves? Pour l’instant, le jardin clos garde ses registres et le bouton fermer reste hors de portée.
Sources et références scientifiques
- Malcolm Owen. Apple gets a partial win in iPhone user privacy lawsuit, but not on merit. 2026.






