Le 17 avril 2026, l’Inde a renoncé à préinstaller l’application d’identification Aadhaar sur les smartphones vendus dans le pays. Pour Apple, le scénario d’un logiciel d’État imposé dans chaque iPhone s’éloigne encore, après l’épisode Sanchar Saathi de décembre 2025.
La décision porte sur la préinstallation obligatoire, pas sur la disponibilité des services indiens. Une application proposée sur l’App Store laisse l’utilisateur décider. Une application installée avant le premier démarrage bénéficie d’un avantage de distribution massif et peut modifier le rapport de force dès l’achat.
Aadhaar, à faire ou à défaire?
Aadhaar repose sur un numéro d’identification à 12 chiffres. Plus de 1,34 milliard de résidents indiens en disposent, avec une association à leur image, à leurs empreintes digitales et à leur iris. Le dispositif intervient notamment pour les prestations publiques, les démarches bancaires, les impôts et l’activation de lignes mobiles.
L’UIDAI, l’autorité chargée d’Aadhaar, avait demandé au ministère indien des technologies de l’information d’étudier la préinstallation obligatoire de l’application officielle. Après consultation d’acteurs de l’industrie électronique, le ministère a indiqué le 17 avril qu’il n’était pas favorable à cette obligation. Le projet ne devient donc pas une règle applicable à Apple, Samsung et aux autres fabricants.
Sanchar Saathi, le retour du préinstallé

Le 28 novembre 2025, les autorités indiennes avaient demandé aux fabricants de préinstaller Sanchar Saathi sur les nouveaux téléphones vendus dans le pays. Le délai fixé était de 90 jours et l’application ne devait pas pouvoir être supprimée. La directive concernait notamment Apple, Samsung, Oppo, Vivo et Xiaomi.
Sanchar Saathi permet de signaler un téléphone volé, de le faire bloquer, de lutter contre les appels frauduleux et de vérifier certains appareils d’occasion. Le gouvernement indien avançait alors plus de 5 millions d’installations et revendiquait la récupération de plus de 700 000 appareils. L’objectif de sécurité avait donc une base concrète, même si la méthode a fait grincer des dents.
Apple a signalé des préoccupations de sécurité et de confidentialité. Le caractère obligatoire de l’installation posait aussi un problème de procédure, puisque la directive avait été adoptée sans consultation préalable apparente du secteur. Le gouvernement a finalement retiré l’exigence le 3 décembre 2025, moins d’une semaine après sa publication.
Le service pouvait être utile, mais son installation forcée tirait une balle dans le pied du contrôle utilisateur.
Le jardin clos garde la clé

Apple contrôle la distribution des logiciels sur ses appareils, de la validation des applications aux mises à jour d’iOS. Cette organisation donne à la marque une maîtrise étroite de l’expérience proposée sur l’iPhone. Elle explique aussi pourquoi une préinstallation imposée ne ressemble pas à une simple application supplémentaire.
Dans les dossiers Aadhaar et Sanchar SaathiApple a mis en avant les risques liés à la sécurité et à la confidentialité. Une application d’État n’est pas automatiquement dangereuse. En revanche, une application imposée dès la fabrication ou intégrée au parcours de configuration réduit la possibilité de choisir, de refuser ou de supprimer. Le logiciel par défaut adore les petits pas.
App Store ou app imposée, le grand écart
Sanchar Saathi peut être proposé volontairement sur l’App Store sans recevoir de passe-droit au premier démarrage. L’utilisateur choisit alors d’installer le service pour bloquer un appareil volé ou vérifier un téléphone d’occasion. Cette formule conserve l’objectif de sécurité sans transformer chaque iPhone en support obligatoire d’un service public.
La différence n’est pas administrative. Elle touche à la confiance et à la gouvernance du téléphone. Un logiciel téléchargé à la demande est identifié comme une décision de l’utilisateur. Un logiciel déjà présent, impossible à retirer ou associé à l’État, bénéficie d’un statut différent. Pas la même planète.
L’app, le système et le grand écart
Le projet Aadhaar s’inscrit dans une série de discussions sur le contrôle du logiciel installé par défaut. En janvier, les autorités indiennes avaient déjà échangé avec Apple et Google au sujet de la préinstallation d’applications soutenues par l’État. En 2023, l’Inde avait aussi demandé à recevoir des mises à jour de systèmes d’exploitation avant leur diffusion, afin de les examiner dans le cadre de la lutte contre l’espionnage et les abus.
La question dépasse donc la fonction d’une application. Qui décide de ce qui apparaît au premier démarrage? Qui peut empêcher une suppression? Qui contrôle les modifications apportées au téléphone après sa vente? Pour Apple, ces questions touchent directement la frontière entre une obligation réglementaire et une intervention dans son écosystème fermé.
Pour l’Inde, le problème de départ reste concret. Le pays possède un marché important de téléphones d’occasion, avec des appareils volés, des identifiants IMEI falsifiés et des équipements revendus malgré un blocage. Sanchar Saathi répond à une partie de cette situation. Le désaccord porte sur le moyen choisi, pas sur l’existence des vols ou des fraudes.
Le recul du 17 avril 2026 ne règle ni la question de la surveillance ni celle de la protection des données. Il fixe toutefois une limite dans ce dossier : le gouvernement indien peut proposer un service, mais il n’a pas obtenu sa présence obligatoire sur chaque iPhone. Le jardin clos garde ses clés. Reste à savoir combien de temps les États accepteront de frapper à la porte.
Sources et références scientifiques
- Malcolm Owen. India blinks: won't require Apple to preinstall a state app on iPhone. 2025.
- DT Editorial Team. L’Inde abandonne l’exigence d’une app d’État préinstallée sur iPhone. 2026.
- Juli Clover. India Won't Require Apple to Preinstall Government ID App on iPhones. 2026.
- Lukas Brandt. India Abandons Plan to Force Apple to Preinstall State App on iPhones. 2026.
- Malcolm Owen. Apple pushes back on India's iPhone security app install order. 2025.






