Cinq ans après le divorce retentissant entre Apple et Intel, l’impossible se dessine à nouveau. Pas un retour, non. Quelque chose de bien plus retors, de plus calculé. Une alliance inattendue qui pourrait redistribuer les cartes de l’approvisionnement mondial en puces. Dès 2028, Intel pourrait fabriquer une partie des processeurs des iPhone, ces mêmes appareils qu’Apple a systématiquement dotés de ses propres puces Silicon depuis des années. L’information vient de l’analyste Jeff Pu de GF Securities et provoque déjà des remous dans l’industrie.
Mais attention : il ne s’agit en aucun cas d’un retour à l’ère des Mac Intel. Apple ne lâcherait rien sur la conception. Intel serait relégué au rang d’exécutant, un simple fondeur parmi d’autres. Un changement de rôle brutal pour celui qui a longtemps dominé le monde des processeurs.
⚡ L’essentiel à retenir
- Intel pourrait fabriquer certaines puces iPhone à partir de 2028, notamment les futures A21 ou A22
- Apple conserverait totalement la conception — Intel ne serait qu’un fondeur
- Seuls les modèles non-Pro seraient concernés, TSMC gardant les modèles premium
- Le procédé de gravure 14A d’Intel (équivalent 1,4 nm) serait utilisé
- Objectif stratégique : diversifier la chaîne d’approvisionnement face à la montée en puissance de Nvidia chez TSMC
Un rôle radicalement différent pour Intel
L’histoire entre Apple et Intel n’a jamais été simple. Pendant des années, Intel concevait et fabriquait les processeurs qui animaient les Mac. Une dépendance totale qu’Apple a voulu briser dès 2020 avec l’arrivée des premières puces Apple Silicon. Le message était clair : Cupertino voulait tout contrôler, de A à Z.
Aujourd’hui, le scénario envisagé marque un tournant radical. Intel ne concevrait plus rien. L’entreprise se limiterait à la production physique, à la gravure des transistors sur silicium, selon les plans fournis par Apple. Un rôle d’exécutant que TSMC maîtrise déjà à la perfection pour la marque à la pomme.
Selon les informations de l’analyste Jeff Pu relayées par plusieurs médias tech spécialisés, Intel utiliserait son futur procédé de fabrication 14A, dont la production de masse est prévue pour 2028. Ce procédé de gravure ultra-fin, équivalent à 1,4 nanomètre, représente l’une des armes majeures d’Intel pour reconquérir le marché de la fonderie. L’entreprise américaine a même été la première à recevoir les machines de lithographie EUV High-NA d’ASML, une technologie de pointe censée lui redonner l’avantage face à TSMC.
TSMC ne sera pas évincé, loin de là
Rassurez-vous, Apple n’abandonne pas son partenaire historique. TSMC resterait le fournisseur principal pour la majorité des puces, notamment celles qui équipent les modèles Pro et Pro Max, ces versions premium qui concentrent toute l’innovation technique d’Apple.
Intel interviendrait uniquement sur une fraction de la production, probablement pour les modèles standard, ceux destinés au grand public. Une stratégie de diversification prudente qui permettrait à Apple de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
| Critère | TSMC | Intel (projet) |
|---|---|---|
| Rôle | Partenaire principal et historique | Fondeur secondaire pour diversification |
| Modèles concernés | Tous les iPhone, priorité Pro/Pro Max | Modèles non-Pro uniquement |
| Procédé de gravure | 3nm actuellement, 2nm en production | 14A (1,4 nm) prévu pour 2028 |
| Calendrier | Immédiat et continu | 2028 au plus tôt |
| Localisation | Taïwan principalement, Arizona en développement | États-Unis |
Nvidia a chamboulé l’équilibre des forces
Pourquoi Apple envisagerait-il sérieusement cette option maintenant ? La réponse tient en un mot : Nvidia. Le géant des cartes graphiques et de l’intelligence artificielle est devenu le nouveau chouchou de TSMC. Les GPU Nvidia, essentiels pour entraîner les modèles d’IA et faire tourner les data centers, monopolisent désormais une part gigantesque des capacités de production du fondeur taïwanais.
Apple n’est plus le client prioritaire. Après quinze ans de règne absolu, la firme de Cupertino doit désormais se battre pour obtenir des créneaux de production. Nvidia devrait même dépasser Apple dès 2026 pour devenir le plus gros client de TSMC en termes de revenus, avec une part estimée à 20% contre 16% pour Apple. Un renversement spectaculaire qui force Apple à repenser sa stratégie d’approvisionnement.
La demande pour les puces d’IA explose. TSMC ne peut plus tout produire pour tout le monde. Apple doit composer avec cette nouvelle réalité et chercher des alternatives crédibles. Intel, avec ses usines situées sur le sol américain et ses ambitions de redevenir un fondeur de premier plan, représente une option séduisante sur le papier.
Une démarche pragmatique teintée de géopolitique
Tim Cook l’a répété à plusieurs reprises : 60% des processeurs mondiaux proviennent de Taïwan. Une concentration risquée, surtout dans un contexte géopolitique tendu entre la Chine et Taïwan. Diversifier les sources d’approvisionnement n’est plus seulement une question de business, c’est une nécessité stratégique.
L’administration Trump pousse activement pour que les composants stratégiques soient fabriqués aux États-Unis. Intel, entreprise américaine par excellence, s’inscrit parfaitement dans cette logique. Un partenariat avec Apple permettrait à Cupertino de montrer patte blanche tout en sécurisant une partie de sa production sur le territoire américain.
Apple a déjà commencé à diversifier ses chaînes d’approvisionnement. L’entreprise a annoncé qu’elle achèterait des puces auprès de l’usine TSMC en Arizona, actuellement en construction. Ajouter Intel à la liste des fournisseurs prolongerait cette dynamique de rapatriement industriel.
Des précédents qui n’ont pas toujours convaincu
Intel et Apple ont déjà collaboré par le passé, notamment sur les modems cellulaires. Du iPhone 7 jusqu’au iPhone 11, Intel a fourni les modems LTE pour certains modèles. L’expérience s’est révélée mitigée. Les performances n’ont jamais égalé celles des modems Qualcomm, et Apple a finalement racheté la division modem d’Intel en 2019 pour développer ses propres solutions.
Cette histoire compliquée explique en partie le scepticisme de certains observateurs. L’analyste Ming-Chi Kuo, pourtant bien informé sur les plans d’Apple, avait évoqué fin 2025 la possibilité qu’Intel produise des puces de la série M pour les Mac et iPad dès mi-2027, en utilisant le procédé 18A. Mais concernant l’iPhone, le silence était total à l’époque. Que les discussions aient progressé si vite semble audacieux, voire improbable à court terme.
Les défis techniques d’Intel sont colossaux. L’entreprise tente de rattraper son retard sur TSMC depuis des années et accumule les retards dans ses feuilles de route. Le procédé 18A, prévu pour 2025, peine encore à atteindre les volumes de production nécessaires. Imaginer qu’Intel puisse livrer des puces iPhone fiables et en quantité massive avec le 14A dès 2028 relève du pari.
Apple joue la carte du long terme
Que ce partenariat se concrétise ou non, une chose est certaine : Apple explore toutes les pistes pour ne plus dépendre d’un seul fournisseur. L’entreprise discute probablement avec Intel, comme elle discute avec d’autres acteurs de l’industrie. Ces négociations font partie d’une stratégie globale visant à maintenir la pression sur TSMC et à s’assurer des alternatives crédibles.
L’analyste Jeff Pu a raison sur un point : Apple ne peut plus se permettre d’être à la merci des capacités de production d’un seul fondeur. La montée en puissance de l’IA redistribue les priorités chez TSMC, et Apple doit s’adapter. Que ce soit Intel, Samsung ou d’autres acteurs émergents, Cupertino doit garder plusieurs options ouvertes.
Le chemin sera semé d’embûches. Intel doit prouver qu’il peut tenir ses promesses en matière de procédés de gravure avancés. Apple devra accepter de partager une partie de sa production avec un partenaire qui a longtemps été associé à l’ère pré-Silicon des Mac. Mais si les deux géants parviennent à s’entendre, l’industrie des semi-conducteurs pourrait connaître un bouleversement majeur.
D’ici 2028, beaucoup de choses peuvent changer. Les technologies évoluent, les rapports de force se déplacent, et ce qui semble improbable aujourd’hui pourrait devenir la norme demain. Apple l’a prouvé en abandonnant Intel pour ses propres puces en 2020. L’entreprise pourrait bien surprendre à nouveau en faisant revenir Intel… mais à ses conditions.
Cette rumeur vous intrigue ou vous laisse sceptique ? La diversification de la production est-elle vraiment la solution pour Apple face à la domination de Nvidia chez TSMC ? Partagez votre avis dans les commentaires.






