Wall Street a la mémoire courte. Il y a moins d’un an, Apple plongeait de 5% en une seule séance, victime des menaces tarifaires de Trump et d’une inquiétante baisse de confiance en Chine. Le géant de Cupertino réduisait même son programme de rachat d’actions pour la première fois depuis des années, passant de 110 à 100 milliards de dollars. Les analystes s’interrogeaient : et si Apple avait perdu sa magie ?
Sauf que janvier 2026 vient de tout remettre en question. Avec des résultats trimestriels explosifs et une confiance renouvelée d’Evercore ISI — qui maintient Apple comme son “top pick” absolu pour l’année — la firme à la pomme prouve qu’elle sait rebondir quand personne ne l’attend plus. Mais cette renaissance cache des détails que peu ont remarqués.
⚡ Ce qu’il faut retenir
- 143,8 milliards $ de revenus au Q1 2026 (+16% sur un an)
- iPhone en hausse de 23%, la Chine bondit de 38%
- Evercore maintient son objectif à 330$ (potentiel de +23%)
- Retrait de la “tactical list” mais toujours “top pick” 2026
- Partenariat Google pour améliorer Siri avec l’IA
De la tempête au triomphe : le parcours chaotique d’Apple en 2025
Mai 2025 restera gravé comme un des pires mois boursiers pour Apple. Donald Trump menaçait d’imposer des tarifs de 25% sur tous les iPhones non fabriqués aux États-Unis, excluant explicitement l’Inde ou tout autre pays. Tim Cook annonçait un impact de 900 millions de dollars lié aux droits de douane pour le trimestre en cours. L’action chutait brutalement, perdant près de 150 milliards de dollars de capitalisation en quelques jours.
La décision de réduire le programme de rachat d’actions — une première depuis des années — envoyait un signal d’alarme aux investisseurs. Apple, cette machine à cash infaillible, commençait-elle à douter ? La concurrence chinoise avec Huawei s’intensifiait, les ventes en Europe stagnaient, et les promesses autour de l’intelligence artificielle tardaient à se concrétiser.
Pourtant, Tim Cook ne restait pas les bras croisés. Il accélérait discrètement la diversification de la chaîne d’approvisionnement, transférant une partie de la production vers l’Inde et le Vietnam. Stratégie payante, puisque la plupart des appareils vendus aux États-Unis au premier trimestre 2026 étaient fabriqués hors de Chine, contournant ainsi les tarifs les plus punitifs.
Des résultats qui pulvérisent toutes les attentes
Le 29 janvier 2026, Apple dévoilait ses chiffres du premier trimestre fiscal. Et là, tout bascule. Les revenus atteignent 143,8 milliards de dollars, dépassant les prévisions de Wall Street de 3,9%. Le bénéfice par action grimpe à 2,84$, battant le consensus de 6,4%. Tim Cook qualifie ces résultats de “trimestre pour les livres d’histoire”.
| Indicateur | Résultat | Consensus | Surprise |
|---|---|---|---|
| Revenus | 143,8 Mds $ | 138,5 Mds $ | +3,9% |
| BPA dilué | 2,84 $ | 2,67 $ | +6,4% |
| Marge brute | 48,2% | 47,3% | +90 points |
| iPhone (revenus) | 85,3 Mds $ | – | +23% YoY |
| Chine (croissance) | 16 Mds $ | – | +38% YoY |
L’iPhone, souvent critiqué pour son manque d’innovation, signe une performance stupéfiante avec 85,3 milliards de dollars de revenus. Mais le chiffre le plus impressionnant reste celui de la Chine : une croissance de 38% alors que les analystes redoutaient un effondrement face à Huawei. Apple a visiblement réussi à reconquérir le cœur des consommateurs chinois, notamment avec ses modèles haut de gamme.
Les Services — ce segment discret mais incroyablement rentable — affichent une marge brute de 76,5%, en hausse de 120 points de base par rapport au trimestre précédent. App Store, Apple Pay, iCloud, Apple Music : tous contribuent à transformer Apple en une véritable machine à revenus récurrents.
Pourquoi Evercore reste inébranlable sur Apple
Le 3 février 2026, Evercore ISI prend une décision qui surprend certains observateurs : la firme retire Apple de sa “tactical outperform list”. Pour beaucoup, c’est un signal de vente. Pourtant, l’analyste Amit Daryanani est on ne peut plus clair : “Nous continuons de considérer AAPL comme l’un de nos meilleurs choix pour l’année civile 2026 et maintenons notre note Outperform avec un objectif de 330$.”
Cette apparente contradiction cache une stratégie bien rodée. La “tactical list” vise des gains à court terme, généralement sur quelques semaines. Après la flambée post-résultats — l’action a bondi de plus de 8% début février — Evercore juge logique de prendre ses bénéfices tactiques. Mais sur le long terme, rien ne change : Apple demeure le “top pick” absolu du cabinet pour 2026.
Amit Daryanani, classé dans le top 200 des analystes suivis par TipRanks avec un taux de réussite de 62%, voit plusieurs catalyseurs pour l’action :
- Cycle produit robuste : Les iPhone 16 Pro et Pro Max dominent les ventes, poussant la demande vers le haut de gamme
- Momentum de l’IA : Le partenariat avec Google pour améliorer Siri avec des modèles d’IA de nouvelle génération pourrait changer la donne
- Protection sur les coûts mémoire : Contrairement à ses concurrents, Apple a sécurisé ses approvisionnements pour éviter les hausses brutales
- Diversification géographique : L’Amérique du Nord, la Chine et l’Inde affichent une demande solide, compensant la faiblesse européenne
- Marges résilientes : Malgré les pressions inflationnistes, Apple maintient des marges record grâce à son mix produit premium
L’objectif de 330$ représente un potentiel de hausse de 23% par rapport au cours actuel d’environ 267$. Ce n’est pas l’objectif le plus agressif de Wall Street — Goldman Sachs et BofA Securities visent 325$, tandis que certains optimistes tablent sur 350$ — mais c’est celui qui inspire le plus de confiance compte tenu du track record d’Evercore sur Apple.
Les zones d’ombre que personne ne veut voir
Tout n’est pas rose dans l’univers d’Apple. Lors de la conférence avec les analystes, Tim Cook a lâché une information cruciale : Apple est actuellement contraint par l’offre sur les puces 3nm avancées, sans calendrier clair pour équilibrer offre et demande. Autrement dit, l’entreprise pourrait vendre encore plus d’iPhone si elle parvenait à produire suffisamment de processeurs A18 Pro.
Ce goulot d’étranglement technologique pourrait peser sur les trimestres suivants si TSMC, le fournisseur exclusif de ces puces, ne parvient pas à augmenter rapidement ses capacités de production. Certains analystes craignent que cette contrainte ne limite la croissance au second semestre 2026, freinant l’élan actuel.
Autre sujet d’inquiétude : les coûts de mémoire qui grimpent. Bien qu’Apple soit protégé à court terme grâce à des contrats négociés en amont, la hausse des prix du DRAM et du NAND pourrait éroder les marges en 2027 si la situation ne se stabilise pas. Les dépenses opérationnelles ont explosé de 19% sur un an, principalement à cause des investissements en R&D pour l’IA. Investissement nécessaire, certes, mais qui pèse déjà sur les résultats.
La division Gaming de l’App Store, qui représente 45% des revenus de la boutique, affiche un troisième mois consécutif de déclin (-3% en janvier 2026). Si cette tendance persiste, elle pourrait freiner la dynamique du segment Services, pourtant crucial pour la valorisation d’Apple. Les régulateurs européens et américains scrutent aussi de près les pratiques de la boutique d’applications, avec des menaces de nouvelles amendes ou restrictions.
Un pari sur l’intelligence artificielle qui tarde à payer
Le partenariat annoncé avec Google pour développer des modèles d’IA de nouvelle génération destinés à Siri fait couler beaucoup d’encre. Pour certains, c’est un aveu de faiblesse : Apple, incapable de rivaliser seul avec OpenAI ou Anthropic, doit s’allier à son concurrent historique. Pour d’autres, dont Amit Daryanani, c’est une stratégie brillante qui permet à Apple “d’obtenir le meilleur des deux mondes” en combinant son écosystème matériel avec l’expertise logicielle de Google.
Mais la réalité du terrain est moins glorieuse. Les fonctionnalités IA d’iOS 19, présentées en grande pompe lors de la WWDC 2025, peinent à convaincre les utilisateurs. Siri reste loin derrière Google Assistant et Alexa en termes de précision et de compréhension contextuelle. Les attentes étaient énormes, la déception l’est tout autant.
Apple a pourtant tout intérêt à réussir son virage IA. Les modèles haut de gamme nécessitent 8 Go de RAM minimum pour faire tourner les fonctionnalités IA localement, poussant les utilisateurs vers des iPhone plus chers. C’est exactement ce que recherche l’entreprise : maximiser la valeur moyenne par client. Mais si l’IA déçoit, cette stratégie pourrait se retourner contre elle.
Que faire de l’action Apple maintenant ?
Pour les investisseurs de long terme, Apple conserve des atouts indéniables. L’entreprise génère un cash-flow libre colossal — plus de 100 milliards de dollars par an — qu’elle redistribue généreusement via dividendes et rachats d’actions. Le PER de 33,88 peut sembler élevé, mais il reste justifiable au regard de la qualité exceptionnelle des revenus récurrents et de la fidélité client.
Les investisseurs plus prudents noteront toutefois que l’action a déjà beaucoup progressé (+22% sur un an, +26% sur six mois). À 267$, elle se négocie proche de son Fair Value selon plusieurs modèles d’évaluation. Le potentiel de hausse existe, mais il n’est plus aussi évident qu’il y a quelques mois.
Evercore reste convaincu que l’action atteindra 330$ d’ici fin 2026. Cela implique une croissance du bénéfice par action de 10 à 15% sur l’année, portée par la montée en gamme des iPhone, la progression des Services et les premiers fruits du virage IA. Pari audacieux, mais pas irréaliste compte tenu de l’historique d’Apple à dépasser les attentes.
Une chose est sûre : Apple n’a pas fini de surprendre. Après avoir traversé la tempête tarifaire de 2025, surmonté les doutes sur la Chine et prouvé que l’iPhone reste un produit d’exception, la firme de Cupertino démontre une résilience hors norme. Reste à savoir si cette renaissance se confirmera sur la durée, ou si elle n’est qu’un feu de paille dans un marché de plus en plus volatil.






