Apple va utiliser sous licence la technologie Gemini pour renforcer ses propres modèles d’intelligence artificielle et préparer une Siri plus capable. Google ne prendra pas directement les commandes de l’iPhone, mais Apple achète du temps dans la course à l’IA.
Gemini dans le moteur, Siri garde le volant
Le 12 janvier 2026, Apple a annoncé un accord pluriannuel avec Google autour de Gemini. L’entreprise utilisera des modèles et des capacités cloud de Google pour construire ses Apple Foundation Modelsla famille de modèles destinée à alimenter Apple Intelligence et la prochaine génération de Siri.
Apple a présenté la technologie de Google comme la base la plus performante pour ses modèles maison. Le mot compte. Il décrit un matériau de départ et des outils de développement, pas le remplacement pur et simple des systèmes d’Apple. Ça négocie sévère dans le vocabulaire marketing.
Concrètement, Gemini peut aider à entraîner, comparer et améliorer les modèles d’Apple sans devenir l’assistant visible installé sur l’iPhone. Le modèle Gemini évoqué dans le cadre de l’accord compterait environ 1 200 milliards de paramètres. Apple conserverait la couche logicielle, les règles de fonctionnement et l’interface de Siri.
Siri en retard, le train de l’IA est parti
Le recours à Google arrive après le retard pris par la Siri plus personnelle et par les fonctions d’Apple Intelligence capables d’agir dans les applications. Apple avait reconnu un problème avec son approche initiale. Pendant ce temps, Google, OpenAI et Anthropic ont continué à faire progresser leurs modèles. Apple a donc choisi de louer une partie du moteur plutôt que de laisser la voiture au garage.
La cible reste une Siri capable de comprendre le contexte, d’utiliser plusieurs applications et d’exécuter une action sans imposer une interminable partie de ping-pong verbal. Apple vise une disponibilité plus tard en 2026, sans avoir annoncé de calendrier commercial précis pour chaque fonction.
Un paiement d’environ 1 milliard de dollars par an avait été évoqué en novembre 2025 pour l’accès aux modèles de Google. Apple n’a pas publié le montant final, la durée ni les conditions de l’accord. À ce tarif, la firme achète surtout du temps pour éviter de se farcir une nouvelle Siri qui rame dès la première question.
Apple travaillerait aussi sur un modèle maison d’environ 1 000 milliards de paramètres, attendu autour de 2027. Gemini ne signe donc pas l’abandon de la recherche interne. Apple loue un moteur pour avancer tout en essayant de construire le sien dans l’arrière-boutique.
Le problème d’Apple n’est plus de promettre une IA privée, mais de livrer une Siri qui agit vraiment.
Le jardin clos ne donne pas les clés
Confidentialité, version coffre-fort
L’accord distingue la construction des modèles d’Apple du traitement des requêtes envoyées par les utilisateurs. Gemini ne doit pas être installé sur l’iPhoneet Apple affirme que les données personnelles ne seront pas versées aux systèmes de Google pour alimenter ses propres services.
Pour les opérations qui ne peuvent pas être réalisées directement sur l’appareil, Apple utilise Private Cloud Compute. Le principe consiste à envoyer les données nécessaires vers une infrastructure contrôlée par Apple, à effectuer le traitement, puis à supprimer ces données après utilisation. Sur le papier, le jardin clos garde donc ses clés, même si un voisin fournit une partie des outils.
Cette architecture ne règle pas toutes les questions. Les modalités précises de l’accord, la séparation entre les modèles Gemini utilisés en amont et les systèmes qui traiteront les demandes de Siriainsi que les détails de l’entraînement n’ont pas été publiés. On peut ranger le panneau « Google espionne mon iPhone », mais signer un chèque en blanc à Apple serait tout aussi rapide.
App Intents, Siri passe la seconde
Des intentions, pas du blabla
La qualité de la prochaine Siri dépendra aussi du système App Intents. Cette architecture permet à une application d’exposer des actions précises à l’assistant, comme créer un rappel, modifier une réservation, retrouver un fichier ou lancer une fonction donnée.
Plus les actions sont définies clairement, moins le modèle doit improviser une réponse pour donner l’impression de travailler. Apple peut ainsi utiliser une technologie renforcée par Gemini tout en gardant la main sur les permissions, les applications accessibles et l’exécution finale. Le modèle compte, mais la tuyauterie décide de ce qui se passe vraiment.
La prise en charge du Model Context Protocol doit aussi permettre à d’autres systèmes d’intelligence artificielle d’accéder à certaines actions proposées par les applications. L’intégration native d’Apple devrait toutefois conserver davantage de contrôle, ce qui correspond à la logique du jardin clos.
L’accord ne remet pas explicitement en cause l’intégration actuelle de ChatGPT dans Siri. Une demande complexe pourrait donc continuer à être transmise au service d’OpenAI, tandis que les fonctions natives reposeraient sur les modèles personnalisés d’Apple. Le sujet n’est pas le logo affiché à l’écran, mais la couche qui contrôle les données et l’action demandée.
L’addition Gemini se paie comptant
Pour Google, l’accord transforme ses modèles en infrastructure vendue à un concurrent direct. Pour Apple, il fournit une base technique déjà avancée alors que ses propres systèmes ont pris du retard. Pour l’utilisateur, le bénéfice attendu est plus terre à terre : une Siri qui comprend mieux une demande et accomplit davantage d’étapes.
Le risque est symétrique. Si la prochaine Siri échoue encore, Apple devra expliquer pourquoi une entreprise qui développe ses propres puces, ses serveurs et ses modèles a dû louer la base d’un rival. Si elle réussit, Google pourra rappeler qu’une partie de la facture et de la technologie se trouve derrière le rideau. Dans les deux cas, la communication peut se tirer une balle dans le pied.
Apple masque déjà ses dépendances industrielles derrière une expérience unifiée. Un iPhone rassemble des composants fabriqués par plusieurs fournisseurs, mais l’utilisateur voit un produit Apple. La stratégie est proche ici : Google fournit une brique, Apple contrôle l’ensemble visible.
Le partenariat révèle surtout une inflexion dans la stratégie d’Apple. La firme accepte de ne pas tout fabriquer seule pour accélérer le déploiement de son IA, tout en conservant un modèle maison comme objectif. Ce n’est pas une capitulation, mais ce n’est pas non plus une démonstration d’indépendance absolue.
Le crash-test se fera à la voix
La prochaine Siri devra faire ses preuves dans des situations banales et pénibles : une demande ambiguë, une mauvaise application sélectionnée, une confirmation oubliée ou une action interrompue. Résumer un message peut impressionner pendant cinq minutes. Enchaîner correctement plusieurs actions demande une fiabilité autrement plus concrète.
Le modèle Gemini restera peut-être invisible. Si Siri répond à côté, ouvre la mauvaise application ou réclame trois reformulations pour créer un rappel, personne ne parlera de la finesse de l’architecture. On parlera simplement d’une Siri qui ne fait pas le travail.
À ce moment-là, la question ne sera plus de savoir qui tient le volant. Ce sera de vérifier si la voiture arrive bien à destination.
Sources et références scientifiques
- Wesley Hilliard. No, Google Gemini will not be taking over your iPhone, Apple Intelligence, or Siri. 2026.
- No, Google Gemini will not be taking over your iPhone, Apple Intelligence, or Siri, AppleInsider Forums.
- No, Google Gemini will not be taking over your iPhone, Apple Intelligence, or Siri. 2026.
- Malcolm Owen. Google Gemini tech will be used in the all-new Siri after major Apple AI deal. 2026.






