En décembre 2025Foxconn a annoncé un investissement de 174 millions de dollars dans une usine de Louisville, au Kentucky. Le site doit créer 180 emplois et démarrer au troisième trimestre 2026, mais rien ne le relie officiellement à la chaîne de production d’Apple.
Le projet présenté par la mairie de Louisville et le gouverneur du Kentucky, Andy Beshear, doit transformer un entrepôt existant de 350 000 pieds carrés, soit environ 32 500 mètres carrés, sur un terrain de 23 acres. Foxconn présente cette implantation comme sa première opération de fabrication aux États-Unis. Aucun produit ni aucun client n’a toutefois été annoncé.
Les documents liés aux permis détaillent 62,5 millions de dollars de travaux en deux phases. La première, évaluée à 10 millions, prévoit de nouvelles fondations capables de supporter des équipements lourds ainsi que des aménagements intérieurs. La seconde mobilisera 52,5 millions pour l’installation des machines et l’aménagement final. Mise en service visée : le troisième trimestre 2026. Pas de keynote, pas de halo lumineux, juste du béton qui doit supporter des robots.
Foxconn met le paquet, mais pas dans l’iPhone
Pourquoi Apple arrive-t-elle immédiatement dans la conversation? Foxconn assemble depuis longtemps des produits pour de grandes marques technologiques, tandis que l’idée d’une production Apple aux États-Unis revient régulièrement. Le projet du Kentucky ne ressemble pourtant pas à une usine destinée à alimenter les volumes d’un iPhone ou d’un iPad.
Une installation de 350 000 pieds carrés peut accueillir une activité industrielle sérieuse. Elle reste toutefois réduite face aux besoins d’un produit vendu à très grande échelle, avec des fournisseurs spécialisés, de nombreuses lignes de fabrication et une logistique capable d’absorber des millions d’unités. Apple ne déplace pas une chaîne de production comme on change le fond d’écran d’un MacBook.
Le fait le plus parlant reste l’absence de lien officiel entre le site de Louisville et Apple. Aucun contrat, aucun produit et aucun fournisseur associé n’a été annoncé. Foxconn peut utiliser l’usine pour un autre client, une gamme produite en plus faible volume ou des composants destinés à plusieurs partenaires. À ce stade, coller une pomme sur le portail relève davantage du réflexe de lecteur Apple que de la preuve industrielle.
350 000 pieds carrés et un gros point d’interrogation
Le projet doit intégrer l’intelligence artificielle et la robotique à la conception, à l’assemblage et à la logistique. Cette orientation décrit une usine automatisée, avec moins de tâches manuelles et davantage d’équipements pilotés par logiciel.
La mention de l’IA dans la conception complique le rapprochement avec Apple. La marque garde habituellement la main sur les designs, les spécifications et les procédés de fabrication de ses produits. Qu’un sous-traitant utilise des outils d’IA pour optimiser une ligne, pourquoi pas. Qu’il conçoive de son côté le prochain iPhonec’est une autre histoire.
Le site peut aussi accueillir des produits électroniques moins volumineux ou une activité industrielle qui ne nécessite pas la logistique d’une production d’iPhone. Foxconn travaille avec plusieurs groupes technologiques, ce qui élargit la liste des clients possibles. Le mystère n’est donc pas un indice Apple : c’est simplement un mystère.
Wisconsin, le précédent qui a laissé des plumes
Le précédent le plus parlant se trouve dans le Wisconsin. En 2018, Foxconn avait annoncé à Mount Pleasant un projet de 20 millions de pieds carrés, 13 000 emplois et 10 milliards de dollars d’investissement. L’accord prévoyait jusqu’à 3 milliards de dollars de crédits d’impôt de l’État, une exonération de taxe sur les ventes et 764 millions de dollars d’aides de la ville et du comté.
Le projet a ensuite été revu à la baisse et retardé. Les objectifs manqués ont aussi entraîné le rejet de certaines subventions fiscales. Le Kentucky joue une partie beaucoup plus modeste : un entrepôt existant, 174 millions de dollars d’investissement et 180 emplois annoncés. C’est moins spectaculaire, mais aussi moins exposé au grand écart entre promesse politique et réalité industrielle.
Pour Louisville, le montage prévoit jusqu’à 3,4 millions de dollars d’incitations sur dix ans de la part du Kentucky, auxquels s’ajoutent 600 000 dollars d’avantages fiscaux. Ces montants restent sans commune mesure avec le dispositif du Wisconsin. Le rêve américain version tableur, avec des fondations en béton et beaucoup moins de fanfare.
Made in USA, oui. Made for Apple, mollo
Une implantation américaine d’Apple devrait s’appuyer sur un réseau complet de fournisseurs, pas uniquement sur une usine d’assemblage. Les composants, les machines, les contrôles qualité et la logistique devraient suivre le même mouvement. Une usine isolée ne suffit pas à transformer une chaîne mondiale en production locale.
La chaîne de fabrication d’Apple reste répartie entre de nombreux fournisseurs et plusieurs pays. Déplacer une partie de la production vers les États-Unis demande donc des partenaires capables de tenir les volumes, les délais et les exigences de la marque. Le site de Louisville paraît plus compatible avec un client industriel encore non identifié qu’avec la production principale d’un appareil Apple.
Le Kentucky aura bien une usine Foxconn en 2026, mais pas encore une usine Apple. La nuance est moins spectaculaire qu’un iPhone estampillé Made in USA, mais elle évite de transformer 350 000 pieds carrés et 180 emplois en faux départ de Cupertino. La pomme peut rester sur l’écran de veille, pour l’instant.
Sources et références scientifiques
- Malcolm Owen. Foxconn is building a massive factory in KY, but probably not for Apple. 2025.
- AppleInsider. Foxconn is building a massive factory in KY, but probably not for Apple – NewsBreak. 2025.
- Chris Hauk. Foxconn May be Building a New $174m Plant in Kentucky, But It’s Probably Not for Apple. 2025.






