L’action Qualcomm vient de vivre l’une de ses pires semaines depuis des années. Une chute vertigineuse de plus de 12% en séance après la publication de prévisions jugées catastrophiques par Wall Street. Pire encore : Bank of America vient de sabrer sa recommandation, passant de « Achat » à « Neutre » et divisant presque par deux son objectif de cours. Derrière cette déroute boursière se cache une réalité glaçante pour le fabricant californien : Apple n’a plus besoin de lui.
⚡ L’essentiel à retenir
- -9,13% en une séance, -13% depuis janvier 2026 : l’action Qualcomm s’écroule
- Bank of America dégrade Qualcomm et abaisse l’objectif de prix de 215$ à 155$
- L’iPhone 16e avec modem Apple C1 sonne le glas d’un partenariat de plusieurs milliards
- Qualcomm perdra 20 à 22% de ses revenus avec le départ d’Apple
- Pénurie de puces mémoire + perte de parts chez Samsung : la tempête parfaite
Des résultats en trompe-l’œil qui masquent une catastrophe annoncée
Le 4 février 2026, Qualcomm dévoilait des résultats trimestriels apparemment solides : un bénéfice par action de 3,50 dollars, battant les prévisions des analystes établies à 3,40 dollars. Un chiffre d’affaires record de 12,25 milliards de dollars, en hausse de 5% sur un an. Sur le papier, tout semblait aller pour le mieux.
Puis vint le coup de massue. Les prévisions pour le trimestre en cours ont glacé Wall Street : Qualcomm n’anticipe qu’un BPA compris entre 2,45 et 2,65 dollars, avec des revenus entre 10,2 et 11 milliards de dollars. Des chiffres largement en deçà des attentes du marché. La sanction fut immédiate : l’action s’est effondrée de 9,13% à 134,72 dollars, affichant la deuxième plus forte baisse du Nasdaq 100 ce jour-là.
Les investisseurs ont compris ce que les dirigeants de Qualcomm tentaient d’enrober : le pire reste à venir. Le géant de San Diego fait face à une convergence de crises qui menace son modèle économique historique.
Apple frappe là où ça fait mal : le modem C1 change la donne
L’iPhone 16e, lancé en février 2025, restera dans les annales comme le téléphone qui a marqué le début de la fin pour Qualcomm. Pour la première fois de son histoire, Apple a intégré son propre modem 5G, baptisé C1, abandonnant les puces Snapdragon de Qualcomm. Un coup de poignard en plein cœur.
Pendant des années, Apple a tenté de s’émanciper de la tutelle de Qualcomm. Le rachat de la division 5G d’Intel en 2019, les investissements colossaux dans la R&D, les multiples accords de prolongation avec Qualcomm (jusqu’en 2026, puis 2027)… Tout indiquait qu’Apple peinait à développer un modem digne de ce nom. Jusqu’à maintenant.
Pour Qualcomm, la perte d’Apple représente bien plus qu’un simple client. C’est entre 20 et 22% de son chiffre d’affaires qui s’évapore. Plus encore, c’est un revers stratégique majeur : Apple, son plus gros client, devient son concurrent direct sur le marché des modems pour smartphones. Une transformation qui ravage la confiance des investisseurs.
Bank of America enfonce le clou : dégradation brutale
Le 5 février 2026, Bank of America a fait tomber le couperet. La banque d’investissement a abaissé sa recommandation sur Qualcomm, passant de « Achat » à « Neutre ». Plus radical encore : l’objectif de cours a été sabré de 215 dollars à 155 dollars, soit une baisse de près de 28%.
Les analystes menés par Tal Liani ne mâchent pas leurs mots dans leur note. Ils pointent du doigt un marché des smartphones bien plus faible qu’anticipé, avec une chute prévue de 15% en volume pour 2026, contre une baisse de seulement 2% envisagée précédemment. La pénurie mondiale de puces mémoire DRAM et NAND paralyse les fabricants de téléphones, qui retardent ou annulent leurs commandes.
| Facteur | Impact sur Qualcomm | Gravité |
|---|---|---|
| Perte d’Apple | Disparition de 20-22% du CA à partir de septembre 2026 | Critique |
| Perte chez Samsung | Baisse de 25% des parts de marché face à Exynos et MediaTek | Majeur |
| Crise mémoire | Ralentissement brutal des commandes de smartphones (-15% volume) | Majeur |
| Concurrence MediaTek | Perte de leadership sur les segments milieu/entrée de gamme | Modéré |
La pénurie de mémoire : un tsunami qui s’abat sur tout le secteur
Qualcomm n’est pas le seul à souffrir. L’industrie des smartphones traverse une crise d’approvisionnement majeure concernant les puces mémoire. Les prix de la DRAM et de la mémoire flash ont explosé, contraignant les fabricants comme Samsung, Xiaomi ou Oppo à revoir drastiquement leurs plans de production.
Selon les données de Counterpoint Research, les livraisons mondiales de puces avancées pour smartphones devraient chuter de 7% en 2026. Cette contraction frappe de plein fouet Qualcomm, dont le cœur de métier reste la vente de processeurs et modems pour téléphones mobiles. Le segment QCT (handsets) représente toujours la majorité de son activité, malgré les efforts de diversification vers l’automobile et l’IoT.
L’ironie est cruelle : Qualcomm venait justement d’annoncer des performances record dans l’automobile (1,1 milliard de dollars de CA, +15% sur un an) et l’Internet des objets (1,7 milliard, +9%). Mais ces succès paraissent dérisoires face à l’hémorragie qui s’annonce sur les smartphones.
Samsung aussi tourne le dos à Qualcomm
Comme si perdre Apple ne suffisait pas, Qualcomm voit également son emprise sur Samsung s’effriter dangereusement. Bank of America révèle que le fabricant coréen réduit de 25% sa dépendance aux puces Snapdragon, privilégiant ses propres processeurs Exynos ou se tournant vers MediaTek pour certains modèles milieu de gamme.
Cette désertion est d’autant plus douloureuse que Samsung représente l’un des plus gros clients de Qualcomm après Apple. Le taïwanais MediaTek a d’ailleurs déjà dépassé Qualcomm comme leader mondial des puces pour smartphones, capitalisant sur sa présence massive en Inde et en Chine, ainsi que sur des tarifs plus agressifs.
Qualcomm peut-il rebondir ?
Face à cette tempête, Qualcomm brandit sa stratégie de diversification. L’entreprise mise gros sur les secteurs de l’automobile (cockpits connectés, conduite autonome), des lunettes de réalité augmentée (partenariat avec Meta), de la robotique et des PC ARM. Le segment automobile affiche d’ailleurs une croissance soutenue et représente un marché prometteur à long terme.
Le problème ? Ces activités ne compenseront pas, du moins à court terme, la perte vertigineuse de revenus liée au départ d’Apple et à l’affaiblissement du marché des smartphones. Les analystes de KeyBanc ont calculé que la disparition d’Apple comme client modem pourrait entraîner une réduction de 1,55 à 1,65 dollar du bénéfice par action.
Qualcomm espère également que le modem C1 d’Apple ne sera pas à la hauteur de ses propres puces Snapdragon en termes de performances, de couverture réseau ou d’efficacité énergétique. Un espoir ténu : Apple a rarement échoué lorsqu’elle décidait de reprendre le contrôle d’un composant critique de ses appareils. Les processeurs Apple Silicon pour Mac en sont la preuve éclatante.
Un conflit qui remonte à loin
Cette rupture entre Apple et Qualcomm n’est que l’aboutissement d’une relation toxique qui dure depuis des années. Les deux entreprises se sont livrées une guerre judiciaire acharnée entre 2017 et 2019, Apple accusant Qualcomm de pratiques monopolistiques et de redevances abusives sur les brevets.
Le modèle de Qualcomm était particulièrement irritant pour Apple : le fabricant de puces facturait non seulement ses modems, mais prélevait aussi une redevance de 5% sur le prix de vente total de chaque iPhone, et pas seulement sur la valeur du modem (environ 20 dollars). Pour un iPhone vendu 1 000 dollars, Qualcomm empochait 50 dollars de royalties, un système qu’Apple jugeait extorsif.
L’accord de 2019 avait mis fin aux hostilités, Apple acceptant de payer plusieurs milliards à Qualcomm et de renouveler ses commandes. Mais la Pomme préparait déjà sa revanche. L’iPhone 16e n’est que le début : d’ici 2027, tous les iPhones devraient utiliser des modems Apple.
L’effet domino sur l’écosystème tech
La dégringolade de Qualcomm envoie des ondes de choc dans toute l’industrie. Si Apple parvient à créer des modems performants en interne, d’autres acteurs pourraient être tentés de suivre le même chemin. Samsung, qui possède déjà des puces Exynos, pourrait accélérer son autonomie. Google, avec ses processeurs Tensor, pourrait s’y mettre aussi.
Cette verticalisation de l’industrie du smartphone menace directement le modèle économique des fournisseurs de composants comme Qualcomm, Broadcom ou Skyworks. Chaque grand constructeur veut désormais maîtriser sa chaîne de valeur de bout en bout, éliminant les intermédiaires et les dépendances stratégiques.
Pour les investisseurs, le message est clair : l’ère où Qualcomm régnait sans partage sur les modems et processeurs pour smartphones touche à sa fin. Le titre, qui s’échange actuellement autour de 12 fois les bénéfices anticipés, reflète cette incertitude. Bien en dessous de sa moyenne historique de 15 à 18 fois, le cours pourrait continuer à souffrir tant que la visibilité sur la transition post-Apple ne s’améliorera pas.
Dans les bureaux de San Diego, on scrute chaque déclaration d’Apple avec anxiété. Le modem C1 connaîtra-t-il des bugs majeurs ? Les utilisateurs se plaindront-ils de problèmes de réception ? Qualcomm prie pour que la transition d’Apple soit cahoteuse. Mais au fond, les dirigeants du fabricant de puces le savent : le divorce est consommé. Il ne reste plus qu’à inventer un avenir sans son plus gros client.
Vidéo : Apple vs Qualcomm – La guerre des puces expliquée
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