Le géant californien se retrouve dos au mur. Ses promesses d’intelligence artificielle révolutionnaire, annoncées en grande pompe lors de la WWDC 2024, s’effritent une à une. Siri nouvelle génération ne verra pas le jour avant 2026, et la firme à la pomme sait pertinemment que son avenir commercial dépend désormais d’une seule chose : convaincre des millions d’utilisateurs d’abandonner leur iPhone parfaitement fonctionnel. La stratégie est brutale, assumée, et soulève une question qui fâche.
⚡ Ce qu’il faut retenir
- Le nouveau Siri IA reporté au printemps 2026 (iOS 26.4)
- Apple Intelligence réservé aux iPhone 15 Pro et gamme 16 uniquement
- 8 Go de RAM minimum officiellement requis, mais des contournements existent
- 36% des utilisateurs renouvellent maintenant leur iPhone sous 2 ans
- Seulement 13% des acheteurs US ont changé d’iPhone pour l’IA
Le grand mensonge d’Apple Intelligence
Juin 2024. Tim Cook dévoile Apple Intelligence comme la prochaine révolution. Siri va enfin devenir intelligent, contextuel, capable de comprendre vos besoins avant même que vous les formuliez. Les démos sont impressionnantes, le public applaudit, les analystes saluent le virage stratégique. Problème : rien de tout cela n’était prêt. iOS 18 sort en septembre sans le fameux assistant dopé à l’IA. Les fonctionnalités promises arrivent au compte-gouttes, diluées, décevantes. Le vrai Siri intelligent ? Mars 2026 au mieux. Soit presque deux ans après l’annonce initiale.
Craig Federighi, vice-président du développement logiciel, tente de justifier ce report en invoquant la volonté de « ne pas décevoir les utilisateurs ». Traduction libre : Apple a survend un produit qu’elle n’avait pas. La firme se retrouve dans une posture inédite, elle qui a toujours brillé par sa capacité à livrer des expériences achevées. Pendant ce temps, ChatGPT, Gemini et Copilot progressent à vitesse grand V, creusant un fossé que Cupertino peine à combler.
Une exclusivité qui ne tient qu’à un fil
Apple justifie la restriction d’Apple Intelligence aux modèles récents par un argument technique : il faudrait 8 Go de RAM minimum pour faire tourner les fonctionnalités d’IA localement. Seuls les iPhone 15 Pro, 15 Pro Max et toute la gamme 16 répondent à ce critère. Problème : cette explication ne tient pas la route.
| Fonctionnalité | Traitement | Compatibilité théorique iPhone anciens |
|---|---|---|
| Résumés de textes et mails | Cloud | ✅ Oui |
| Visual Intelligence | Cloud | ✅ Oui |
| Résumés d’enregistrements audio | Cloud | ✅ Oui |
| Nouveau Siri IA (2026) | Hybride | ⚠️ Possible partiellement |
| Génération d’images Genmoji | Local + Cloud | ❌ Limité |
Des utilisateurs ont déjà réussi à activer certaines fonctionnalités d’Apple Intelligence sur des iPhone plus anciens via des outils non officiels comme l’application « Nugget ». La preuve est faite : une grande partie des capacités IA d’Apple repose sur le cloud, pas sur la puissance locale de l’appareil. La limite des 8 Go de RAM ? Un verrou commercial plutôt qu’une contrainte technique absolue.
Les chiffres qui dérangent Apple
La stratégie de la firme se heurte à une réalité inconfortable. Selon l’institut Consumer Intelligence Research Partners, 36% des acheteurs d’iPhone renouvellent désormais leur appareil après deux ans ou moins, contre 31% l’année précédente. Une légère accélération, certes, mais loin du raz-de-marée espéré. À l’inverse, 33% des utilisateurs conservent leur iPhone trois ans ou plus.
Pire encore : seulement 13% des acheteurs américains d’iPhone ont changé d’appareil spécifiquement pour profiter des nouvelles fonctionnalités IA. Les deux principales raisons de renouvellement ? Un problème avec l’ancien téléphone (40%) ou un appareil hors service (27%). L’intelligence artificielle n’est pas le moteur d’achat qu’Apple imaginait.
En France, la tendance s’oriente même dans le sens inverse. Selon le baromètre du numérique publié par l’Arcom et l’Arcep, 27% des Français gardent désormais leur smartphone trois ans ou plus, soit une hausse de 11 points en quatre ans. Les achats plaisir ont chuté de 4 points : seuls 21% des Français changent de téléphone alors que le précédent fonctionne encore. Le cycle moyen de renouvellement dépasse maintenant les 28 mois, contre 24 mois il y a quelques années.
Une réorganisation qui sent la panique
En coulisses, Apple bouge ses pions avec une nervosité inhabituelle. John Giannandrea, figure historique de la stratégie IA de l’entreprise, a annoncé son départ. À sa place : Amar Subramanya, ancien cadre de Google Gemini. Le message est clair. Apple reconnaît implicitement son retard et va chercher l’expertise là où elle se trouve : chez la concurrence.
La firme explore même des partenariats impensables il y a quelques années. Intégrer Gemini de Google directement dans Siri ? L’hypothèse n’est plus taboue. Apple, qui a toujours revendiqué son indépendance technologique et son contrôle total de l’écosystème, se retrouve contrainte d’accepter des compromis pour combler son retard fonctionnel.
Selon le journaliste Mark Gurman de Bloomberg, le nouveau Siri alimenté par un grand modèle de langage (baptisé en interne « LLM Siri » ou « World Knowledge Answers ») ne débarquera qu’avec iOS 26.4 au printemps 2026. Une version encore plus aboutie, capable de gérer des actions complexes et des intégrations profondes dans les applications, serait même repoussée à 2027. Apple ne rattrape pas son retard : elle continue de le creuser.
L’obsolescence programmée prend un nouveau visage
La stratégie d’Apple avec Apple Intelligence illustre une forme d’obsolescence renouvelée. Non plus technique, mais logicielle et artificielle. Votre iPhone 14 Pro fonctionne parfaitement ? Ses performances sont excellentes, sa batterie tient encore la journée, son appareil photo rivalise avec les nouveaux modèles ? Aucune importance : vous n’aurez pas le droit au Siri intelligent.
Les associations de consommateurs et les défenseurs de l’environnement dénoncent cette approche. Forcer des millions d’utilisateurs à jeter des appareils parfaitement fonctionnels pour accéder à des fonctionnalités qui pourraient techniquement tourner sur ces mêmes appareils pose un problème éthique et écologique majeur. La firme qui se targue de son engagement environnemental pousse activement à la surconsommation.
Le calcul d’Apple est transparent : transformer l’IA en « killer feature » exclusive pour stimuler les ventes d’iPhone. Sauf que les utilisateurs ne sont pas dupes. Les ventes d’iPhone stagnent, notamment en Chine où la concurrence locale propose des fonctionnalités IA bien plus avancées. Les analystes de la banque HSBC tirent la sonnette d’alarme : si Apple ne parvient pas à livrer rapidement des fonctionnalités IA convaincantes, les utilisateurs vont massivement repousser leur prochain achat.
Ce que change vraiment le report à 2026
En repoussant le nouveau Siri à 2026, Apple met en péril sa stratégie de renouvellement pour toute l’année 2025. Les iPhone 16, censés être les premiers « vrais » smartphones IA de la marque, se retrouvent amputés de leur principal argument de vente. Les utilisateurs d’iPhone 13, 14 ou même 15 classiques n’ont aucune raison objective de passer à la dernière génération.
Les opérateurs télécoms, qui comptaient sur les promotions autour de l’IA pour dynamiser leurs offres de renouvellement, se retrouvent également démunis. Difficile de vendre un « iPhone intelligent » quand l’intelligence n’est pas encore là. Le seul argument restant ? L’USB-C et le bouton Action. Maigre.
Pour les utilisateurs fidèles à l’écosystème Apple, la frustration grandit. Payer 1200 euros ou plus pour un smartphone dont les fonctionnalités phares arriveront dans 18 mois n’est pas une proposition très séduisante. Surtout quand on sait que ces mêmes fonctionnalités auraient pu, techniquement, être déployées sur des modèles plus anciens.
L’équation impossible d’Apple
La firme de Cupertino se retrouve face à un dilemme qu’elle a elle-même créé. D’un côté, elle doit rassurer les investisseurs en montrant une stratégie IA crédible face à Google, Microsoft et Meta. De l’autre, elle doit justifier auprès des consommateurs pourquoi ils devraient dépenser plus de 1000 euros pour un iPhone dont les vraies nouveautés n’existeront pas avant 2026.
Le pari d’Apple repose sur un postulat fragile : les utilisateurs accepteront d’acheter aujourd’hui pour des fonctionnalités de demain, tout en sachant que leur ancien iPhone pourrait techniquement les supporter. C’est sous-estimer l’intelligence collective et la patience des consommateurs, qui ont déjà démontré leur capacité à conserver leurs appareils plus longtemps.
2026 sera l’année de vérité pour Apple. Soit le nouveau Siri tient ses promesses et justifie rétroactivement cette stratégie d’exclusion matérielle. Soit il déçoit à nouveau, et la marque à la pomme perdra définitivement sa crédibilité sur le terrain de l’intelligence artificielle. Dans les deux cas, des millions d’utilisateurs d’iPhone parfaitement fonctionnels auront été sacrifiés sur l’autel du chiffre d’affaires trimestriel.
