Novembre 2020. Un MacBook Air qui ne chauffe plus. Une autonomie qui frôle les 20 heures. Des performances qui ridiculisent les processeurs Intel haut de gamme. Personne n’y croyait vraiment. Cinq ans plus tard, Apple détient près de 20 % du marché mondial des ordinateurs portables, Intel enchaîne les plans sociaux, et macOS vient d’annoncer qu’il abandonnera définitivement les Mac Intel dès la version Tahoe. Ce qu’on prenait pour un pari risqué s’est transformé en tsunami industriel.
⚡ Ce qu’il faut retenir
- Juin 2020 : Apple annonce son divorce avec Intel après 15 ans de collaboration
- Novembre 2020 : Les premiers Mac M1 débarquent et pulvérisent tous les records
- Février 2026 : Apple contrôle 18-19 % du marché laptop, talonnant AMD
- Performances : Le M5 est 84 % plus rapide en single-core que le M1, l’autonomie a doublé
- Fin de partie : macOS Tahoe sera la dernière version compatible Mac Intel
Le jour où Apple a dit « on se casse »
Il faut se replacer dans le contexte. WWDC 2020, pleine pandémie. Tim Cook monte sur scène (virtuellement) et lâche la bombe : Apple abandonne Intel. Pas dans cinq ans, pas « on verra bien ». Non. Dès novembre, les premiers Mac équipés de puces maison débarqueront. Dans l’industrie, on ricane. Intel, c’est des décennies d’avance, des milliards en R&D, une domination écrasante sur le marché PC. Apple ? Un petit acteur mobile qui s’aventure sur un terrain miné.
Sauf que Cupertino ne débarquait pas les mains vides. Depuis l’iPhone original en 2007, puis l’iPad en 2010, Apple avait accumulé une expertise colossale dans la conception de processeurs ARM. La puce A-series, qui propulsait déjà iPhones et iPads, était devenue une référence en efficacité énergétique. L’idée ? Transposer cette maîtrise sur Mac. Le 10 novembre 2020, trois machines débarquent : MacBook Air M1, MacBook Pro 13 pouces M1, Mac mini M1. Le choc est immédiat.
M1 : le uppercut qui a sonné tout le monde
Les premiers benchmarks tombent. Les journalistes n’en reviennent pas. Ce petit MacBook Air sans ventilateur écrase des machines à 2000 € équipées d’Intel Core i7. Sur Geekbench, le M1 affiche un score multi-cœur de 8 175 points. Les machines Intel comparables ? Entre 5000 et 6000 points. Mais le vrai coup de massue, c’est l’autonomie. Là où un MacBook Intel tenait péniblement 5 à 8 heures, le M1 grimpe à 12-20 heures d’utilisation réelle. Sans compromis de performances.
Comment ? L’architecture ARM et l’intégration verticale. Contrairement aux processeurs Intel qui fonctionnent de manière modulaire (CPU séparé du GPU, RAM externe, etc.), la puce M1 rassemble tout sur une seule puce : processeur, GPU, mémoire unifiée, Neural Engine, contrôleurs… Cette « System on Chip » (SoC) élimine les latences, réduit drastiquement la consommation, et booste les performances. Intel, empêtré dans ses problèmes de miniaturisation en 10 nm puis 7 nm, se retrouve largué.
| Critère | Mac Intel (Core i5/i7) | Mac Apple Silicon (M1) |
|---|---|---|
| Autonomie | 5-8 heures | 12-20 heures |
| Score Geekbench (multi-core) | ~5500 | 8175 |
| Chauffe | Ventilateurs bruyants sous charge | Silencieux (Air sans ventilateur) |
| Architecture | x86_64 (modulaire) | ARM (SoC intégré) |
| Mémoire vive nécessaire | 16 Go recommandés | 8 Go suffisent (unifiée) |
De M1 à M5 : une progression hallucinante
Apple n’a pas traîné. Chaque année, une nouvelle génération. M2 en 2022 (+25 % en performances), M3 en 2023 (gravure 3 nm, +30 % de gains), M4 en 2024, et tout récemment, la M5 en octobre 2025. Les chiffres donnent le tournis. En Geekbench :
- M1 : 8 175 points (multi-core)
- M2 : 10 174 points (+24 %)
- M3 : 11 890 points (+17 %)
- M4 : 15 165 points (+28 %)
- M5 : 17 862 points (+18 %)
Entre le M1 et le M5, on parle d’une augmentation de 84 % en single-core et de 46 % en multi-core. Sur Cinebench, les écarts sont encore plus brutaux : le M5 est presque deux fois plus rapide que le M1 en rendu single-core. Les gains GPU ? Le M5 affiche 76 278 points en Metal, contre environ 20 000 pour le M1 originel. Une multiplication par presque quatre.
Mais ce qui impressionne le plus, c’est la régularité. Là où Intel peinait à progresser de 5-10 % par génération, Apple double littéralement les performances tous les deux ans. Comment ? L’intégration verticale. Contrôler le hardware, le software, les outils de développement… tout. Cette synergie permet d’optimiser chaque transistor, chaque ligne de code.
L’impact : un séisme qui a redistribué les cartes
Cinq ans après le lancement du M1, Apple pèse 18 à 19 % du marché mondial des ordinateurs portables. C’est colossal. AMD, qui a mis des décennies à grappiller sa position, ne fait que 21-22 %. L’écart se réduit trimestre après trimestre. Intel, qui dominait à 80-90 % il y a une décennie, voit sa part s’éroder. Pire : les Mac sont devenus la référence en autonomie et efficacité. Les PC Windows tentent de répliquer avec des processeurs ARM (Snapdragon X Elite, etc.), mais la maturité logicielle n’est pas là.
Le paradoxe le plus savoureux ? Apple pourrait confier la production de ses puces M « d’entrée de gamme » à Intel dès 2027. Oui, Intel. Pas pour concevoir les processeurs (ça reste du 100 % Apple), mais pour les fabriquer dans ses usines américaines. L’analyste Ming-Chi Kuo affirme qu’Apple a déjà signé un accord de confidentialité et accédé aux outils du nœud de gravure « 18AP » d’Intel. Un retournement historique : l’ancien partenaire évincé devient sous-traitant. La raison ? Diversifier les sources (ne plus dépendre uniquement de TSMC à Taïwan) et afficher un « Made in USA » pour satisfaire l’administration Trump.
macOS Tahoe : la fin d’une époque
Apple vient de l’annoncer officiellement : macOS Tahoe (version 27, attendue en 2027) sera la dernière mouture compatible avec les Mac Intel. Après cette date, seuls les Mac M1 et supérieurs recevront les mises à jour. Pour les possesseurs de machines Intel, le message est clair : votre ordinateur devient obsolète. La transition, annoncée pour durer deux ans, aura finalement pris sept ans pour être totalement bouclée.
Ce choix n’est pas anodin. Maintenir la compatibilité Intel coûte cher en ressources de développement. Pire, ça freine l’innovation. En se débarrassant définitivement du legacy x86, Apple peut pousser macOS dans des directions impossibles auparavant : intégration IA encore plus poussée (le Neural Engine de la M5 double de puissance à chaque génération), optimisations ARM natives, fonctionnalités exclusives aux SoC…
Et l’avenir ? L’intelligence artificielle comme nouveau terrain de jeu
La M5 marque un tournant. Avec l’intégration d’accélérateurs neuronaux directement dans le GPU, Apple vise clairement le marché de l’IA. Les performances en inférence (exécuter des modèles IA localement, sans cloud) explosent. Concrètement ? Des fonctionnalités comme la génération d’images, la transcription vocale en temps réel, le traitement photo avancé… tout ça en local, instantanément. Pendant que les PC Windows nécessitent des cartes graphiques NVIDIA hors de prix pour ce type de tâches, le MacBook Air à 1200 € le fait nativement.
Apple travaillerait même sur une puce dédiée exclusivement à l’IA, attendue fin 2026. Un chip spécialisé pour les serveurs et les tâches lourdes de machine learning. L’objectif : s’affranchir totalement de NVIDIA (qui domine ce marché) et proposer une infrastructure cloud 100 % Apple, de bout en bout. Si ça fonctionne, c’est un nouveau marché de plusieurs dizaines de milliards de dollars qui s’ouvre.
Pourquoi Intel n’a jamais vu venir le coup
Rétrospectivement, les signaux étaient pourtant là. Dès 2018-2019, Intel multipliait les retards de production. Le passage au 10 nm s’éternisait, les gains de performances stagnaient. Apple se plaignait ouvertement de ne pas pouvoir sortir les MacBook qu’elle voulait, bridée par les limitations thermiques et énergétiques des puces Intel. La rupture était inévitable.
Mais Intel a sous-estimé deux choses : la maîtrise logicielle d’Apple et la puissance de son écosystème. Contrairement aux autres fabricants PC (Dell, HP, Lenovo…), Apple contrôle macOS. Résultat : elle a pu optimiser chaque ligne de code pour les puces ARM dès le jour un. Rosetta 2, l’émulateur qui fait tourner les vieilles apps Intel sur les Mac M1, fonctionne tellement bien que la plupart des utilisateurs ne voient même pas la différence. Intel n’avait pas d’équivalent à offrir.
Ce que ça change pour vous
Concrètement, en 2026, acheter un Mac Intel n’a plus aucun sens. Même d’occasion. L’autonomie est deux fois moindre, les performances inférieures, et le support logiciel s’arrête bientôt. À l’inverse, même un MacBook Air M1 de 2020 (donc âgé de cinq ans) reste largement suffisant pour 90 % des usages : bureautique, navigation web, montage photo, même du montage vidéo léger. C’est inédit dans l’informatique moderne.
Pour les professionnels, les M3, M4 et M5 apportent des gains tangibles, surtout en export vidéo, rendu 3D, et tâches IA. Mais pour le grand public ? Le M1 reste un achat malin en reconditionnement. À 700-800 €, c’est imbattable.
La leçon d’une décennie
Ce qui s’est passé entre 2020 et 2026 restera dans les manuels de stratégie industrielle. Apple a réussi ce que peu d’entreprises osent : larguer un partenaire historique, prendre un risque colossal, et transformer l’essai en triomphe absolu. Intel, de son côté, traverse la pire crise de son histoire : licenciements, perte de parts de marché, dépendance à TSMC pour certaines productions…
Mais ne nous y trompons pas. Ce basculement ne profite qu’à Apple. Les PC Windows sur ARM existent, mais peinent à décoller. Pourquoi ? Parce que Microsoft ne contrôle pas le hardware. Les constructeurs PC non plus. Cette fragmentation empêche l’optimisation poussée qu’Apple réussit. Résultat : l’écart se creuse. Dans cinq ans, que restera-t-il du marché PC traditionnel ? Difficile à dire. Une chose est sûre : Apple a redessiné les règles du jeu. Et elle n’a pas l’intention de ralentir.






