⚡ L’essentiel à retenir
- General Motors supprime CarPlay de tous ses véhicules d’ici 2028, thermiques compris
- Tesla, Rivian et BMW suivent des stratégies similaires de restriction ou d’exclusion
- 35 % des acheteurs mondiaux refusent une voiture sans CarPlay ou Android Auto
- Enjeux : contrôle des données, revenus d’abonnement, et expérience utilisateur intégrée
- Apple riposte avec CarPlay Ultra, capable de piloter l’ensemble du tableau de bord
Le divorce est acté. Ce qui ressemblait à un mariage de raison entre l’industrie automobile et les géants de la tech tourne au règlement de comptes. General Motors vient de lâcher la bombe : Apple CarPlay et Android Auto disparaîtront de l’intégralité de sa gamme, véhicules électriques et thermiques confondus. Pas une expérimentation. Pas un test. Une décision assumée, défendue bec et ongles par Mary Barra, la patronne du géant américain, qui ose affirmer que les clients trouvent CarPlay “clunky” – comprenez maladroit, encombrant.
Sauf que personne n’a demandé ça. Vraiment personne. Les chiffres hurlent le contraire : 80 % des acheteurs américains refusent d’acheter une voiture sans CarPlay. McKinsey enfonce le clou avec une étude mondiale : 35 % des consommateurs écartent purement et simplement un modèle s’il n’intègre pas ces systèmes. Alors pourquoi ce suicide commercial apparent ? Parce que derrière le discours lisse sur l’“expérience utilisateur améliorée”, se cache une réalité bien plus prosaïque : l’argent, le contrôle des données, et la volonté de transformer votre tableau de bord en distributeur d’abonnements.
General Motors : l’offensive totale contre CarPlay
Le constructeur de Detroit ne joue plus la montre. Dès le Cadillac Escalade IQ 2028, toute la gamme GM basculera vers une plateforme informatique centralisée maison, bâtie sur Android Automotive OS. Exit le câble Lightning ou USB-C qui transformait votre écran en prolongement d’iPhone. Bienvenue dans un monde où la voiture décide des apps que vous utilisez.
Mary Barra assume : “Nous avons plus de 40 modèles dans notre portefeuille. La transition prendra du temps, mais chaque nouveau lancement intégrera notre vision.” Traduction : si vous voulez une Chevrolet, un GMC ou une Cadillac neuve dans trois ans, vous n’aurez plus le choix. Sterling Anderson, directeur produit chez GM, va même jusqu’à comparer cette rupture au jour où Apple a supprimé le lecteur CD des Mac. “Tout le monde a râlé, mais le futur lui a donné raison”, ose-t-il. Sauf qu’Apple proposait une alternative supérieure (le streaming). GM, elle, vous impose son écosystème fermé.
L’argument officiel ? La sécurité. Tim Babbitt, responsable de l’infodivertissement chez GM, prétend que CarPlay “distrait les conducteurs” et les pousse à manipuler leur téléphone. Un discours qui tient difficilement la route quand on sait que le système propriétaire de GM nécessite lui-même plusieurs manipulations à l’écran pour activer des fonctions basiques. Les vrais motifs sont ailleurs.
Le trio infernal : Tesla, Rivian, BMW
General Motors n’est pas seule dans cette croisade. Tesla n’a jamais intégré CarPlay, imposant dès le premier jour son interface propriétaire. Une audace qui lui a permis de collecter 100 % des données de conduite, d’affiner son Autopilot, et de créer un écosystème hermétique où Netflix, YouTube et Spotify sont intégrés nativement. Résultat : les acheteurs de Tesla acceptent ce sacrifice, fascinés par l’expérience globale et le mythe Musk.
Rivian emprunte le même chemin. Son PDG, RJ Scaringe, martèle que CarPlay “dilue l’identité de la marque”. Pour compenser l’absence, le constructeur californien dévoile en décembre 2025 un assistant IA maison capable de lire vos SMS, synchroniser votre Google Agenda, et même ajuster les sièges chauffants sur commande vocale. Wassym Bensaid, patron du logiciel chez Rivian, va jusqu’à affirmer : “Notre système fait plus que CarPlay ne fera jamais.” Un pari risqué : 30 % des acheteurs potentiels de véhicules électriques conditionnent leur achat à la présence de CarPlay.
BMW joue plus finement. Le constructeur bavarois intègre Android Automotive dans son système iDrive, mais restreint l’accès à CarPlay sur certaines fonctionnalités. Une stratégie hybride qui lui permet de garder un pied dans chaque camp, tout en collectant discrètement des données sur 10 millions de véhicules connectés. BMW ose même affirmer que “la majorité des conducteurs n’utilisent pas CarPlay comme outil principal”. Une affirmation contredite par toutes les études indépendantes.
Les vraies raisons du divorce
| Enjeu | Avec CarPlay | Sans CarPlay |
|---|---|---|
| Données de navigation | Apple les collecte | Le constructeur les possède |
| Abonnements | Aucun (gratuit via iPhone) | Navigation payante après 3 ans |
| Contrôle apps | Apple décide | Le constructeur choisit |
| Intégration véhicule | Superficielle (projection) | Totale (climat, ADAS, batterie) |
| Expérience client | Familière et universelle | Propriétaire et exclusive |
Le nerf de la guerre, c’est la data. Quand vous utilisez CarPlay, Apple collecte vos destinations, vos habitudes de trajet, vos playlists Spotify. Le constructeur automobile ne récupère que des miettes : vitesse, consommation, données mécaniques. Avec un système propriétaire, tout lui appartient. Ces données alimentent l’intelligence artificielle des systèmes d’aide à la conduite, affinent les algorithmes de conduite autonome, et surtout, se monétisent grassement auprès d’assureurs et de tiers.
Le deuxième motif est financier. GM, Cadillac et consorts rêvent de transformer votre voiture en source de revenus récurrents. Navigation premium après 3 ans ? 10 dollars par mois. Accès aux apps de streaming ? 15 dollars. Mise à jour logicielle majeure ? 300 dollars. Un modèle économique à la Tesla, mais sans le génie d’Elon Musk pour faire accepter la pilule. Les analystes estiment que GM pourrait générer 25 milliards de dollars annuels d’ici 2030 grâce aux services logiciels embarqués.
La riposte d’Apple : CarPlay Ultra entre en scène
Cupertino ne reste pas les bras croisés. Lancé en mai 2025, CarPlay Ultra change radicalement la donne. Finie la simple projection d’apps sur un écran central. Le nouveau système prend le contrôle total du tableau de bord : climatisation, sièges chauffants, affichage tête haute, compteur de vitesse digital. Une intégration aussi profonde que celle des systèmes propriétaires, mais avec l’ergonomie légendaire d’Apple.
Les premiers véhicules compatibles ? Les Aston Martin DB12 et Vantage, facturées 250 000 dollars pièce. Un positionnement ultra-premium qui laisse perplexe : Apple vise-t-elle vraiment le marché de masse, ou cherche-t-elle à prouver un concept avant de descendre en gamme ? Hyundai, Kia et Genesis ont annoncé leur adoption pour 2026. Porsche hésite encore, coincé entre l’ADN technologique de sa maison mère Volkswagen et l’attachement viscéral de sa clientèle à l’écosystème Apple.
Google, de son côté, mise tout sur Android Automotive OS – à ne pas confondre avec Android Auto. Il ne s’agit plus d’une projection, mais d’un système d’exploitation complet, tournant nativement dans la voiture. Volvo, Polestar, Ford, Renault et Honda l’ont adopté. Avantage majeur : l’intégration profonde avec Google Maps permet une planification de recharge prédictive sur les véhicules électriques, une fonctionnalité que CarPlay classique ne peut offrir.
Le consommateur pris en otage
Pendant que les géants se battent pour le contrôle de votre habitacle, vous perdez le choix. Avant, vous achetiez une voiture et décidiez du système à utiliser. Demain, le constructeur imposera le sien, quitte à perdre 35 % de clients potentiels. Un pari suicidaire ? Pas si sûr. Tesla prouve qu’une partie du marché accepte ce sacrifice si l’expérience globale compense.
Mais tous les constructeurs ne sont pas Tesla. GM, avec son historique d’interfaces bugguées et de mises à jour fantômes, inspire peu confiance. Cadillac promet que son système sera “plus fluide, plus immersif”. Les premiers retours du Lyriq et du Hummer EV, déjà privés de CarPlay, sont mitigés : latences, apps manquantes, navigation approximative. Loin, très loin de l’expérience Apple.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 90 % des véhicules neufs de 2023 intégraient CarPlay ou Android Auto. Ce taux risque de s’effondrer d’ici 2028. McKinsey rapporte qu’un acheteur sur six serait prêt à payer un surcoût pour conserver CarPlay. Une opportunité en or pour les constructeurs qui feront le choix inverse, comme Ford, qui maintient CarPlay sur toute sa gamme et en fait un argument de vente.
Qui gagnera cette guerre des écosystèmes ?
Trois scénarios se dessinent. Scénario 1 : les constructeurs gagnent. Les consommateurs s’habituent aux systèmes propriétaires, séduits par une intégration parfaite et des fonctionnalités impossibles avec CarPlay. Tesla fait école, GM encaisse ses milliards d’abonnements, et Apple est renvoyé dans les cordes.
Scénario 2 : Apple contre-attaque victorieusement. CarPlay Ultra devient si indispensable que les constructeurs qui l’ont banni perdent des parts de marché. GM fait machine arrière, comme le fit Microsoft avec Internet Explorer face à Chrome. Les véhicules redeviennent des plateformes neutres, et le client retrouve le pouvoir de choisir.
Scénario 3 : la fragmentation totale. Chaque constructeur développe son écosystème, créant une jungle incompatible. Vous changez de marque ? Réapprenez tout. Vos apps préférées ne sont pas disponibles sur votre nouvelle voiture ? Tant pis pour vous. Un cauchemar d’utilisateur, mais un paradis pour les départements marketing qui pourront vanter leur “expérience unique et différenciante”.
Une chose est certaine : nous assistons à un tournant historique. L’automobile, dernier bastion où le constructeur contrôlait encore l’expérience, devient le nouveau champ de bataille des géants du numérique. Votre prochaine voiture ne sera plus choisie pour son moteur ou son design, mais pour son écosystème logiciel. Bienvenue dans l’ère où votre iPhone décidera de votre Cadillac.






