La Silicon Valley vient d’assister à un séisme boursier historique. Nvidia, le fabricant de puces graphiques devenu l’architecte invisible de la révolution IA, a arraché à Apple le titre de société la plus valorisée au monde. Un renversement brutal qui raconte bien plus qu’une simple bataille de chiffres : il révèle un changement de paradigme technologique où l’infrastructure invisible prime désormais sur l’objet de désir.
Pendant près de dix ans, Apple trônait sans partage. L’iPhone incarnait la tech mondiale. Mais voilà que Nvidia, cette entreprise fondée en 1993 par Jensen Huang dans un restaurant Denny’s, affiche désormais une capitalisation boursière de 4 494 milliards de dollars en ce début 2026, relèguant la pomme croquée au second rang. Ce n’est pas un accident. C’est une révolution.
⚡ L’essentiel à retenir
- Nvidia atteint 4 494 milliards de dollars de capitalisation boursière en janvier 2026, dépassant Apple
- L’action Nvidia a bondi de +171% en 2024 et continue son ascension fulgurante
- Les puces Blackwell et B300 alimentent le boom de l’IA générative
- Apple accuse un retard critique sur l’intelligence artificielle avec des fonctionnalités Siri reportées
- Les investisseurs misent 2 800 milliards de dollars dans l’infrastructure IA d’ici 2029
L’ascension fulgurante de Nvidia : de l’ombre à la lumière
Il y a encore cinq ans, Nvidia était pour le grand public cette marque sur les cartes graphiques des gamers. Aujourd’hui, c’est le cœur battant de ChatGPT, de Midjourney, de tous ces services IA qui redessinent notre quotidien. Entre juin 2023 et janvier 2026, sa valorisation a été multipliée par quatre. Un exploit vertigineux qui dépasse l’imagination.
Le tournant s’opère en juin 2024, quand Nvidia franchit pour la première fois le seuil symbolique des 3 000 milliards de dollars et s’empare brièvement de la deuxième place mondiale. Puis vient octobre 2024 : nouveau dépassement d’Apple. Puis janvier 2025 : Nvidia récidive avec 3 400 milliards. La bataille fait rage, mais la tendance s’affirme inexorablement. L’action Nvidia affiche une croissance de 239% en 2023, puis 171% en 2024. Aucune entreprise de cette taille n’avait jamais connu pareille ascension.
En juillet 2025, Nvidia pulvérise un nouveau plafond de verre : 4 000 milliards de dollars, une première mondiale. Trois mois plus tard, en octobre 2025, nouvelle explosion : 5 000 milliards. À elle seule, Nvidia pèse désormais deux fois le CAC 40 tout entier. Elle représente 8% du S&P 500, plus que des secteurs économiques entiers comme l’industrie ou les biens de consommation.
Pourquoi Nvidia cartonne : la ruée vers l’or numérique
Derrière cette performance hors-norme se cache une réalité technique implacable : les puces GPU de Nvidia sont devenues le nouveau pétrole de l’économie numérique. Chaque modèle d’IA générative, chaque datacenter, chaque système d’inférence a besoin de ces processeurs ultra-puissants pour fonctionner. OpenAI, Microsoft, Google, Meta, Amazon : tous dépendent des architectures Hopper, Blackwell et bientôt B300 de Nvidia.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Les analystes de Wells Fargo modélisent désormais des revenus de 209 milliards de dollars pour l’exercice 2026, 301 milliards en 2027, et près de 383 milliards en 2028. Des projections qui auraient semblé fantasques il y a deux ans. Mais la demande ne faiblit pas. Au contraire, elle s’accélère avec l’arrivée de l’inférence IA — cette phase où les modèles entraînés produisent des résultats en temps réel.
| Période | Nvidia | Apple | Évolution Nvidia |
|---|---|---|---|
| Juin 2023 | 1 000 Mds $ | ~3 000 Mds $ | Point de départ |
| Juin 2024 | 3 000 Mds $ | 3 003 Mds $ | +200% |
| Octobre 2024 | 3 430 Mds $ | 3 400 Mds $ | 1er dépassement |
| Juillet 2025 | 4 000 Mds $ | ~3 000 Mds $ | Record historique |
| Octobre 2025 | 5 000 Mds $ | ~3 200 Mds $ | +400% en 2 ans |
| Janvier 2026 | 4 494 Mds $ | ~3 300 Mds $ | Leader incontesté |
Blackwell et B300 : les armes secrètes de Nvidia
L’arme principale de Nvidia porte un nom : Blackwell. Cette architecture révolutionnaire repose sur une conception à double réticule combinant deux dies GB100 produits par TSMC, interconnectés à 10 To/s. Là où la génération précédente Hopper comptait 80 milliards de transistors, Blackwell pousse le compteur jusqu’à 208 milliards en configuration double. Une puissance phénoménale pour l’entraînement et l’inférence de modèles IA.
Le rack GB300 NVL72 incarne cette vision totale : 72 GPU Blackwell Ultra et 36 processeurs Grace refroidis par liquide, délivrant 1,1 exaFlop en inférence FP4. Nvidia ne vend plus seulement des puces, mais des usines à intelligence artificielle clés en main. CoreWeave, l’un de ses clients majeurs, rapporte un bond de 50% en performance par rapport à Hopper. De quoi proposer des services IA à coûts maîtrisés.
Et Nvidia ne s’arrête pas là. Lors de la GTC 2025 en mars, Jensen Huang a dévoilé le B300 Ultra : une version 1,5 fois plus rapide avec 288 Go de mémoire HBM3e contre 192 Go sur les modèles actuels. La puce Vera Rubin, attendue pour fin 2026, promet un nouveau saut quantique en efficacité énergétique et en capacité d’inférence. Le rythme d’innovation est étourdissant.
Apple pris de court : le géant aux pieds d’argile
Face à ce tsunami technologique, Apple semble étrangement paralysé. La firme de Cupertino, qui dominait la tech mondiale depuis le lancement de l’iPhone en 2007, accuse un retard critique dans l’IA générative. Les actions Apple ont chuté de 12% au cours du premier trimestre 2025, pendant que Nvidia enflammait Wall Street.
Tim Cook a dû reconnaître en juin 2025 que les fonctionnalités avancées de Siri nécessitaient « plus de temps pour finaliser notre travail afin qu’elles répondent à nos exigences en matière de qualité ». Un euphémisme qui masque mal l’embarras. Alors qu’OpenAI, Google et Meta multiplient les annonces spectaculaires sur leurs assistants IA toujours plus autonomes, Apple reste coincé dans une prudence excessive.
Les analystes d’Emarketer pointent du doigt cette « posture attentiste » qui risque d’émousser l’enthousiasme des investisseurs. Samsung et Google promettent des intégrations IA massives dans leurs prochains appareils. Apple, lui, préfère repousser les annonces majeures. Une stratégie qui questionne : essoufflement de l’innovation ou incapacité à définir une vision claire ?
Certes, Apple conserve une base installée colossale et une rentabilité enviable. Les ventes d’iPhone ont progressé de 6% au quatrième trimestre 2024. La marque reste forte. Mais l’écart de valorisation se creuse inexorablement. Apple plafonne autour de 3 300 milliards tandis que Nvidia s’envole vers des sommets inexplorés. Le message des marchés est limpide : l’infrastructure IA vaut désormais plus cher que l’expérience utilisateur grand public.
Les hyperscalers alimentent la machine
Derrière la domination de Nvidia se dessine un écosystème tentaculaire. Microsoft, Amazon Web Services, Google Cloud, Meta : tous les géants du cloud investissent des sommes vertigineuses dans des datacenters IA bardés de GPU Nvidia. Citi estime que les dépenses mondiales en infrastructure IA dépasseront 2 800 milliards de dollars d’ici 2029, avec près de 490 milliards investis par les hyperscalers d’ici fin 2026.
Microsoft fait partie des principaux clients de Nvidia, notamment pour ses projets IA avec OpenAI. Amazon équipe ses instances EC2 de GPU H100 et Blackwell. Google développe certes ses propres TPU, mais reste dépendant de Nvidia pour certaines charges de travail critiques. Cette interdépendance crée un cercle vertueux : plus l’IA se démocratise, plus la demande en puces explose, plus Nvidia prospère.
Nvidia a récemment annoncé un investissement de 20 milliards de dollars dans OpenAI, qui utilisera la plateforme cloud de Microsoft pour accéder aux puces Nvidia. Un écosystème circulaire, certes, mais qui témoigne de la position centrale de Nvidia dans l’économie IA. Le fabricant de puces détient les clés de l’infrastructure. Sans lui, pas de ChatGPT, pas de Gemini, pas de Llama.
Un risque pour l’économie mondiale ?
Cette concentration extrême de valeur inquiète certains observateurs. Avec une pondération de 7,3% dans le S&P 500, Nvidia pèse désormais plus lourd qu’Apple (7%) et Microsoft (6%). Une seule entreprise capte une part disproportionnée des flux d’investissement. Certains analystes évoquent le spectre de la bulle Internet de 2000, quand des valorisations astronomiques s’effondrèrent brutalement.
Le chiffre d’affaires quotidien de Nvidia atteint 50 milliards de dollars sur les marchés, contre seulement 10 milliards pour Apple, Microsoft ou Tesla. Une liquidité folle qui témoigne de l’appétit des investisseurs, mais aussi d’une volatilité potentielle. Si la confiance dans l’IA vacillait, Nvidia subirait un choc violent. Les restrictions commerciales avec la Chine, qui interdisent l’exportation de puces haut de gamme, représentent également un frein à la croissance.
Steve Sosnick, stratège chez Interactive Brokers, résume la situation avec humour : « C’est le marché de Nvidia, nous ne faisons que négocier dessus ». Une boutade qui cache une vérité dérangeante : Wall Street tout entier dépend désormais des performances d’une seule société. Un risque systémique que les régulateurs commencent à surveiller de près.
Que retenir de cette révolution boursière
Le détrônement d’Apple par Nvidia marque un basculement civilisationnel. L’ère de l’objet connecté cède la place à l’ère de l’intelligence artificielle. Ce qui compte désormais, ce n’est plus le smartphone dans votre poche, mais les milliers de GPU qui calculent dans l’ombre pour faire fonctionner vos assistants virtuels.
Apple reste un acteur majeur, mais son modèle économique fondé sur le hardware et les services atteint ses limites. Nvidia, lui, surfe sur une vague déferlante : celle de l’IA générative qui redéfinit tous les secteurs, de la santé à la finance, de l’industrie au divertissement. Sa domination technique (88% de parts de marché sur les GPU, 75% sur les accélérateurs IA) lui confère un avantage quasi-monopolistique.
Les prochains mois seront cruciaux. Le lancement du B300 Ultra et de Vera Rubin, l’évolution de la demande en inférence IA, les réactions d’Apple et des concurrents AMD et Intel : autant de variables qui détermineront si Nvidia consolide son trône ou si la compétition se ravive. Une chose est certaine : la Silicon Valley ne sera plus jamais la même.






