L’Apple Card vient d’entrer dans une nouvelle ère. Début janvier 2026, Apple a officialisé ce qui était devenu un secret de Polichinelle : Goldman Sachs jette l’éponge, et c’est JPMorgan Chase, poids lourd absolu du secteur bancaire américain, qui reprend les rênes de la carte bancaire la plus design du marché. Un divorce qui marque autant la fin d’une aventure ratée pour Goldman Sachs qu’un virage stratégique majeur pour Cupertino. Mais rassurez-vous : rien ne change pour vous, utilisateurs. Enfin… pour l’instant.
⚡ Ce qu’il faut retenir
- JPMorgan Chase devient le nouvel émetteur de l’Apple Card, remplaçant Goldman Sachs
- Transition prévue sur 24 mois (jusqu’en janvier 2028 environ)
- Aucun changement immédiat : cashback 3%, compte épargne et avantages maintenus
- Goldman Sachs sort perdant avec 7 milliards de dollars de pertes cumulées
- Mastercard reste le réseau de paiement, aucune nouvelle demande requise
Quand Goldman Sachs craque sous le poids d’un pari raté
Goldman Sachs avait vu grand. Trop grand, peut-être. Lancée en 2019 avec des étoiles plein les yeux, l’Apple Card devait être la vitrine d’une stratégie ambitieuse : conquérir le grand public, sortir des salles de marché feutrées et s’afficher dans les portefeuilles de millions d’Américains lambda. Le résultat ? Un fiasco à 7 milliards de dollars de pertes cumulées dans la division banque de détail. La banque d’affaires new-yorkaise a sous-estimé un détail pourtant crucial : gérer des particuliers n’est pas gérer des hedge funds.
Les taux d’impayés de l’Apple Card se sont révélés bien supérieurs à la moyenne du secteur, notamment à cause d’une exposition importante aux emprunteurs subprime. Goldman Sachs, habitué aux dossiers blindés de la finance institutionnelle, s’est retrouvé à gérer des retards de paiement, des comptes en souffrance et une réglementation tatillonne qui ne pardonne rien. Bref, l’enfer pour une banque qui voulait jouer dans la cour des retail banks sans en maîtriser les codes.
JPMorgan Chase entre en scène : le géant qui ne craint rien
À l’opposé du spectre, JPMorgan Chase n’a rien d’un débutant. Première banque américaine en volume de transactions par carte de crédit, avec plus de 1 340 milliards de dollars traités en 2024, l’institution dirigée par Jamie Dimon sait exactement ce qu’elle fait. Reprendre l’Apple Card, c’est mettre la main sur environ 20 milliards de dollars d’encours et des millions d’utilisateurs profondément ancrés dans l’écosystème Apple. Un public captif, fidèle, et surtout déjà habitué à payer avec son iPhone.
Pour Chase, c’est une double victoire : renforcer sa position dominante sur le marché des cartes cobrandées et s’offrir une porte d’entrée privilégiée vers une clientèle jeune, technophile et disposant d’un pouvoir d’achat conséquent. Pas étonnant que la banque ait accepté de racheter le portefeuille avec une décote d’un milliard de dollars : elle sait qu’elle peut transformer cet actif en machine à cash sur le long terme.
Que va-t-il se passer concrètement pour les utilisateurs ?
Apple a été clair dans son communiqué officiel du 6 janvier 2026 : rien ne bouge pour le moment. Vous gardez votre carte en titane (ou virtuelle), vous continuez à cumuler jusqu’à 3% de cashback quotidien sur vos achats Apple, 2% via Apple Pay et 1% sur les achats physiques classiques. Le compte épargne à haut rendement reste accessible, et Mastercard demeure le réseau de paiement global. Aucune nouvelle demande à faire, aucun frais supplémentaire, et surtout : aucune interruption de service.
Mais attention. Cette stabilité affichée cache une transition complexe qui s’étalera sur deux ans. D’ici début 2028, vos relevés porteront la mention JPMorgan Chase au lieu de Goldman Sachs, votre rapport de crédit sera mis à jour, et certaines modalités pourraient évoluer. Le vrai point d’interrogation, c’est le compte épargne. Actuellement géré par Goldman Sachs avec des taux attractifs, il pourrait basculer chez Chase… dont les taux d’épargne standards sont nettement moins généreux. Apple a promis que les utilisateurs actuels auraient le choix de rester ou de migrer. À surveiller de près.
| Caractéristique | Avec Goldman Sachs (2019-2028) | Avec JPMorgan Chase (2028+) |
|---|---|---|
| Émetteur | Goldman Sachs | JPMorgan Chase |
| Réseau de paiement | Mastercard | Mastercard (inchangé) |
| Cashback | 3% Apple / 2% Apple Pay / 1% physique | Identique (confirmé par Apple) |
| Frais annuels | 0 € | 0 € (confirmé) |
| Compte épargne | Taux élevé chez Goldman Sachs | À déterminer (probable baisse) |
| Paiements échelonnés | ACMI (0% sur produits Apple) | Maintenu |
Pourquoi ce changement est une excellente nouvelle pour Apple
Du point de vue de Cupertino, ce basculement vers JPMorgan Chase est presque un soulagement. Goldman Sachs traînait des casseroles : régulateurs sur le dos, amendes à répétition, service client défaillant et volonté affichée de sortir du retail banking. Apple avait besoin d’un partenaire stable, expérimenté et capable d’absorber la croissance. Chase coche toutes les cases.
Avec le leader du secteur, Apple sécurise l’avenir de sa carte phare et s’offre même des perspectives d’expansion. Car jusqu’ici, l’Apple Card reste cantonnée aux États-Unis. Et si Chase permettait à Apple d’envisager enfin une internationalisation ? Rien n’est annoncé, mais techniquement, JPMorgan dispose de l’infrastructure globale pour le faire. L’Europe, et notamment la France, pourrait un jour voir débarquer cette fameuse carte en titane. Un doux rêve pour les fans d’Apple de ce côté de l’Atlantique.
Le message caché derrière cette transition
Au-delà des aspects purement techniques, ce divorce-remariement raconte quelque chose de plus profond sur l’industrie financière. Les banques traditionnelles reprennent le pouvoir. Les expérimentations hasardeuses des pure players ou des institutions qui se croyaient capables de bouleverser le retail banking sans expertise solide montrent leurs limites. Goldman Sachs n’est pas le seul à reculer : Marcus, sa plateforme grand public, a été largement démantelée.
À l’inverse, les mastodontes comme JPMorgan Chase, qui maîtrisent depuis des décennies la gestion de masse, la régulation contraignante et les subtilités du crédit à la consommation, sortent gagnants. Le message est limpide : dans la banque de détail, l’expérience prime sur l’ambition. Et Apple, pragmatique, l’a bien compris.
Faut-il s’inquiéter ou se réjouir ?
Pour l’utilisateur moyen de l’Apple Card, cette annonce ne change rien à court terme. Vos habitudes restent identiques, vos avantages préservés, et Apple a confirmé que la philosophie de transparence et de simplicité serait maintenue. Mais sur le long terme, des ajustements sont inévitables. JPMorgan Chase n’a pas la réputation d’être la banque la plus généreuse en matière de taux d’épargne ou de flexibilité client.
La vraie question sera celle de l’évolution du produit. Chase va-t-il chercher à monétiser davantage cette clientèle captive ? Introduira-t-il des services premium payants, des partenariats exclusifs ou des conditions modifiées pour les nouveaux adhérents ? Possible. Mais Apple veille. Et la firme de Cupertino sait que l’Apple Card est autant un produit financier qu’un ambassadeur de son image de marque. Toute dérive serait immédiatement sanctionnée par les utilisateurs.
Les statistiques qui en disent long
Quelques chiffres pour mesurer l’ampleur de cette transition. L’Apple Card représente environ 20 milliards de dollars d’encours, ce qui en fait l’un des plus gros programmes de cartes cobrandées aux États-Unis. JPMorgan Chase, de son côté, a traité plus de 1 340 milliards de dollars de transactions par carte en 2024, se plaçant pour la sixième année consécutive en tête du classement américain.
Côté utilisateurs, plus de 72% des détenteurs d’Apple Card auraient amélioré leur score de crédit durant leur première année d’utilisation, notamment grâce aux outils de suivi en temps réel et à l’interface transparente de l’application Wallet. Un taux de satisfaction qui explique pourquoi cette carte, malgré ses limites géographiques, a su fidéliser une base solide et engagée.
Ce qui reste à clarifier
Apple et Chase ont publié une FAQ, mais plusieurs zones d’ombre persistent. Les nouveaux demandeurs d’Apple Card après la transition seront-ils soumis à des critères d’approbation différents ? JPMorgan est réputé pour être plus sélectif que Goldman Sachs ne l’était au lancement. Le taux d’acceptation pourrait baisser, rendant la carte moins accessible aux profils de crédit moyens ou débutants.
Autre interrogation : le programme Apple Card Monthly Installments (ACMI), qui permet d’acheter des produits Apple en paiements échelonnés sans intérêt, sera-t-il maintenu dans les mêmes conditions ? Apple confirme que oui, mais les modalités précises restent floues. Les utilisateurs devront rester attentifs aux communications officielles dans les mois à venir.
Et pour la France, alors ?
Soyons honnêtes : rien n’est prévu pour l’Hexagone. L’Apple Card reste un produit exclusivement américain, et cette transition ne change rien à ce statu quo. Pourtant, JPMorgan Chase dispose d’une présence européenne bien plus développée que Goldman Sachs. Techniquement, une expansion serait désormais envisageable. Mais entre possibilité technique et volonté stratégique, il y a un gouffre.
Les freins sont multiples : régulations européennes strictes, fragmentation des marchés nationaux, concurrence locale déjà féroce avec des acteurs comme Boursorama, N26 ou Revolut. Apple devrait repenser entièrement son modèle économique pour s’adapter aux spécificités du Vieux Continent. Pas impossible, mais peu probable à court terme. Les fans français devront encore patienter… ou se contenter d’un voyage aux États-Unis pour en profiter.
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