Janvier 2026 a frappé comme un coup de tonnerre dans l’univers Apple. L’Apple Card, cette carte bancaire en titane qui incarnait depuis 2019 l’alliance improbable entre Cupertino et Wall Street, change de mains. Goldman Sachs jette l’éponge. JPMorgan Chase, le géant bancaire américain, reprend le flambeau. Vingt-quatre mois de transition s’annoncent. Douze millions d’utilisateurs retiennent leur souffle. Que va devenir cette carte qui promettait de réinventer le crédit ? Quelles innovations Chase va-t-il déployer ? Et surtout : cette rupture est-elle une renaissance ou un aveu d’échec ?
⚡ L’essentiel à retenir
- Changement d’émetteur : JPMorgan Chase remplace Goldman Sachs d’ici début 2028
- Continuité garantie : 3% de cashback quotidien, zéro frais, interface iPhone préservée
- Enjeu financier colossal : 20 milliards de dollars d’encours en jeu
- Nouveau compte épargne : Chase prépare sa propre offre à haut rendement
- 12 millions d’utilisateurs concernés aux États-Unis
Goldman Sachs abandonne le navire après des pertes vertigineuses
L’histoire commence mal. Goldman Sachs avait vu dans l’Apple Card l’opportunité d’entrer sur le marché grand public avec fracas. Sept ans plus tard, le bilan est catastrophique. La banque accumule près de 7 milliards de dollars de pertes sur l’ensemble de ses activités de crédit à la consommation. Chaque nouveau client Apple Card coûtait environ 350 dollars à Goldman Sachs, qui ne prévoyait pas de rentabilité avant quatre années d’utilisation. Les exigences comptables imposaient de provisionner immédiatement les pertes futures, créant une hémorragie financière insoutenable.
Le divorce était inévitable. Dès 2024, les rumeurs circulaient sur un désengagement. Apple cherchait frénétiquement un repreneur. Synchrony Financial, American Express, Capital One : tous ont refusé. Trop risqué. Trop complexe. Trop peu rentable. Seul JPMorgan Chase, déjà numéro un mondial des cartes de crédit avec plus de 1 340 milliards de dollars de volume d’achats en 2024, a osé franchir le pas.
Chase mise gros sur l’écosystème Apple
Pourquoi Chase accepte-t-il ce que d’autres ont refusé ? La réponse tient en trois mots : domination stratégique absolue. En récupérant l’Apple Card, JPMorgan met la main sur 12 millions d’utilisateurs ultra-fidèles à l’écosystème Apple, une cible marketing en or massif. Ces clients dépensent, consomment des services, achètent du matériel Apple régulièrement. Pour Chase, c’est une porte d’entrée idéale vers la cross-selling : prêts immobiliers, comptes épargne, investissements.
La banque a provisionné 2,2 milliards de dollars au quatrième trimestre 2025 pour absorber le choc. Mais contrairement à Goldman Sachs, Chase possède une infrastructure de crédit à la consommation mature, rodée, éprouvée. Elle n’a pas besoin d’inventer un modèle économique : elle va appliquer le sien. Plus discipliné. Plus rigoureux. Peut-être moins innovant aussi.
Les fonctionnalités cultes restent… pour l’instant
Apple et Chase ont multiplié les déclarations rassurantes. Jennifer Bailey, vice-présidente d’Apple Pay et Apple Wallet, promet une “continuité totale” de l’expérience utilisateur. Concrètement, cela signifie que les piliers de l’Apple Card survivent à la transition :
| Fonctionnalité | Statut confirmé | Détails |
|---|---|---|
| Daily Cash 3% | ✅ Maintenu | Cashback quotidien sur achats Apple, Nike, Uber, Walgreens… |
| Zéro frais | ✅ Maintenu | Pas de frais annuels, de retard, ni de transaction à l’étranger |
| Interface Wallet | ✅ Maintenu | Visualisation des dépenses et gestion depuis l’iPhone |
| Apple Card Family | ✅ Maintenu | Partage du compte avec le groupe Partage familial |
| Paiements mensuels Apple | ✅ Maintenu | Achats de produits Apple sans intérêts en plusieurs fois |
| Compte épargne | ⚠️ Nouvelle version Chase | Les clients Goldman Sachs pourront migrer vers Chase |
Mais derrière ces promesses, une inquiétude plane. CoreCard, la société fintech qui gérait l’infrastructure technique pour Goldman Sachs (cycle de facturation au premier du mois, roue de paiement intuitive, calcul d’intérêts en temps réel), pourrait disparaître du tableau. Chase possède ses propres systèmes de traitement des paiements. L’expérience utilisateur pourrait subtilement changer, perdre cette touche typiquement Apple qui faisait tout son charme.
Un nouveau compte épargne à haut rendement dans les tuyaux
L’une des innovations majeures à venir concerne le compte épargne. Goldman Sachs proposait un taux d’intérêt attractif pour les détenteurs d’Apple Card, avec dépôt automatique du Daily Cash. Chase va lancer sa propre version. Les utilisateurs actuels auront deux options : conserver leur compte chez Goldman Sachs (si la banque maintient ce service) ou migrer vers le nouveau compte Chase.
Les observateurs s’attendent à ce que Chase utilise ce produit comme cheval de Troie pour attirer les clients vers son écosystème complet. Épargne aujourd’hui, compte courant demain, prêt hypothécaire après-demain. La stratégie classique des grandes banques américaines.
L’expansion internationale reste un mirage lointain
Tim Cook l’avait promis dès 2019 lors d’une visite en Allemagne : “Nous voulons venir en Allemagne. L’Apple Card devrait être disponible dans plus de pays.” Sept ans plus tard, la carte reste prisonnière du territoire américain. Les raisons ? Réglementations bancaires disparates, partenariats locaux complexes à négocier, rentabilité incertaine.
Avec le changement d’émetteur et la période de transition turbulente, ne comptez pas sur une arrivée en France ou en Europe avant 2028 au plus tôt. Apple doit d’abord stabiliser son partenariat avec Chase aux États-Unis avant d’envisager une conquête internationale. Les utilisateurs européens devront se contenter d’Apple Pay et des cartes bancaires traditionnelles.
Croissance impressionnante malgré les turbulences
Malgré les déboires financiers de Goldman Sachs, l’Apple Card affiche des statistiques impressionnantes. Les 12 millions d’utilisateurs actifs ont généré plus d’un milliard de dollars de Daily Cash rien qu’en 2024. Le nombre de transactions a explosé de 460% entre 2020 et 2022. Apple Pay, l’écosystème dans lequel s’insère la carte, est utilisé par 65,6 millions d’Américains et représente 10,2% des transactions en magasin aux États-Unis.
Cette popularité s’explique par une philosophie radicalement différente des cartes de crédit classiques. Là où les concurrents mettent en avant le paiement minimum (pour maximiser les intérêts), Apple affiche en temps réel combien vous coûtera chaque niveau de remboursement. Transparence brutale. Orientation vers la santé financière. Confidentialité renforcée : Apple ne connaît pas vos achats, ne vend pas vos données, ne trace pas vos dépenses à des fins publicitaires.
Les vrais gagnants et perdants de cette transition
Goldman Sachs perd la face mais limite l’hémorragie. La banque sort du crédit à la consommation, segment qui ne correspondait visiblement pas à son ADN institutionnel. JPMorgan Chase renforce sa position de mastodonte incontesté des cartes de crédit, avec désormais environ 255 milliards de dollars d’encours totaux. Mastercard conserve son rôle de réseau de paiement, continuant à engranger les commissions sur chaque transaction.
Les utilisateurs, eux, vivent dans l’incertitude. Officiellement, rien ne change. Officieusement, personne ne sait si Chase maintiendra le même niveau d’innovation, la même souplesse, la même approche centrée utilisateur. L’histoire récente des rachats bancaires n’incite pas à l’optimisme béat.
Que faire si vous êtes détenteur d’Apple Card ?
Pour l’instant : absolument rien. Apple et Chase communiqueront progressivement sur les étapes de la migration. La transition s’étale sur 24 mois, soit jusqu’à début 2028. Votre carte physique en titane reste valide. Vos récompenses continuent de s’accumuler. Votre interface dans Wallet ne bouge pas d’un pixel.
Surveillez néanmoins trois éléments clés dans les prochains mois : les conditions générales mises à jour (notamment critères d’approbation, qui pourraient durcir avec Chase), les éventuelles modifications du programme de cashback (partenaires marchands, pourcentages), et les options de migration du compte épargne. Documentez vos transactions importantes, conservez vos relevés, et restez attentif aux communications officielles d’Apple.
Apple Card 2.0 : révolution ou simple changement de logo ?
La question essentielle demeure : ce bouleversement bancaire va-t-il accoucher d’une nouvelle génération d’Apple Card, ou simplement changer le nom de la banque au dos de la carte ? Les signaux sont contradictoires. D’un côté, Chase possède l’expérience, les ressources, l’infrastructure pour faire évoluer le produit. De l’autre, Goldman Sachs avait accepté de perdre de l’argent pour séduire Apple et ses utilisateurs exigeants. Chase sera-t-il aussi conciliant ?
L’année 2026 sera celle de l’observation. Les vraies innovations, si elles arrivent, se déploieront probablement en 2027-2028, une fois la transition technique achevée. Intégration plus poussée avec les services financiers Chase ? Fonctionnalités de gestion budgétaire dopées à l’intelligence artificielle ? Expansion internationale enfin concrétisée ? Tout reste ouvert.
Ce qui est certain, c’est que l’Apple Card traverse le moment le plus critique de son existence. Entre promesses de continuité et incertitude stratégique, entre croissance spectaculaire et modèle économique fragile, la carte de crédit la plus design du marché s’apprête à vivre sa plus grande métamorphose. Les douze prochains mois diront si cette mutation était une sage décision ou le début d’une lente dilution de ce qui faisait son originalité.
Vidéo : Tout comprendre sur l’Apple Card
