La pomme croquée vient de subir un coup dur. 2 722 brevets américains délivrés en 2025, contre 3 082 l’année précédente. Une chute de 12 % qui propulse Apple hors du top 5 mondial pour la première fois depuis des années. Pendant que Tim Cook multiplie les annonces clinquantes sur l’IA, la réalité augmentée et les puces maison, les chiffres racontent une histoire différente. Celle d’un géant qui ralentit, qui hésite, qui perd du terrain face à Samsung, TSMC et Qualcomm. Faut-il y voir un simple accident statistique ou les prémices d’un essoufflement structurel chez l’entreprise la plus valorisée au monde ?
⚡ L’essentiel à retenir
- Recul historique : Apple passe de 3 082 à 2 722 brevets entre 2024 et 2025 (-12 %)
- Classement bouleversé : La marque recule à la 6e place mondiale, sortant du top 5
- Samsung domine : Le coréen conserve sa première place avec 7 054 brevets accordés
- Contexte tendu : L’USPTO croule sous 1,2 million de demandes en attente
- Paradoxe stratégique : Les investissements R&D explosent, mais les brevets chutent
Le verdict des chiffres : Apple dégringole dans le classement mondial
Les données publiées par IFI Claims Patent Services ne laissent aucune place au doute. Apple a reçu 2 722 brevets américains en 2025, un recul brutal qui la fait chuter de la quatrième à la sixième position du classement annuel. Pour une entreprise qui a bâti sa légende sur l’innovation, ce décrochage fait mal.
Le contraste avec Samsung est saisissant. Le géant sud-coréen maintient fermement sa domination avec 7 054 brevets délivrés, représentant à lui seul plus de 2 % de l’ensemble des brevets accordés aux États-Unis. TSMC et Qualcomm complètent le podium, confirmant que les spécialistes du semi-conducteur ont pris une longueur d’avance décisive.
| Rang 2025 | Entreprise | Brevets délivrés | Évolution vs 2024 |
|---|---|---|---|
| 1 | Samsung | 7 054 | Stable |
| 2 | TSMC | — | ↗ |
| 3 | Qualcomm | — | ↗ |
| 6 | Apple | 2 722 | -12 % |
Un ralentissement qui dépasse les frontières de Cupertino
Apple n’est pas seule à souffrir. Le paysage américain des brevets traverse une phase de contraction généralisée. Les délivrances totales aux États-Unis ont légèrement reculé à 323 272 en 2025, tandis que les demandes ont chuté de 9 % pour atteindre 393 344 — le niveau le plus bas depuis 2019.
L’USPTO (United States Patent and Trademark Office) croule littéralement sous le poids de son backlog : plus de 1,2 million de dossiers attendent d’être traités. Ce goulot d’étranglement administratif ralentit mécaniquement le rythme des validations, pénalisant l’ensemble des acteurs technologiques américains.
Les secteurs traditionnellement les plus prolifiques — traitement numérique de données, transmission de données — enregistrent des replis significatifs. Même Google recule dans le classement. Quant à Nvidia, pourtant au cœur de la révolution de l’IA générative, l’entreprise ne figure même pas dans le top 50 des bénéficiaires de brevets américains.
Le paradoxe Apple : dépenses record, brevets en chute libre
Voilà ce qui dérange vraiment. Apple augmente massivement ses budgets R&D. L’entreprise investit des milliards dans l’intelligence artificielle, le design de puces propriétaires (série M et A), les technologies de santé, et la réalité mixte avec Vision Pro. Pourtant, les brevets s’effondrent.
Plusieurs hypothèses émergent. La première : Apple privilégie le secret industriel. Plutôt que de multiplier les dépôts publics qui dévoilent ses intentions, la firme garde jalousement ses innovations sous clé. Une stratégie risquée mais potentiellement payante pour conserver un effet de surprise face à la concurrence.
Deuxième piste : la qualité plutôt que la quantité. Les équipes de Cupertino concentreraient leurs efforts sur des brevets stratégiques, ciblés, à forte valeur ajoutée, abandonnant les dépôts accessoires ou défensifs qui gonflent artificiellement les statistiques.
Troisième explication, plus inquiétante : un véritable ralentissement créatif. Apple aurait-elle épuisé son réservoir d’idées révolutionnaires ? L’iPhone stagne depuis plusieurs générations, l’Apple Watch évolue à petits pas, les AirPods se perfectionnent sans bouleverser leur formule. Même le Vision Pro, produit le plus audacieux de ces dernières années, peine à trouver son marché avec un prix exorbitant.
Les secteurs en croissance échappent à Apple
L’analyse des domaines technologiques en forte progression en 2025 révèle un décalage troublant. Les batteries avancées, les infrastructures de calcul pour l’IA, les systèmes de communication 6G — autant de terrains sur lesquels Apple devrait naturellement exceller — sont dominés par d’autres acteurs.
Samsung et les entreprises asiatiques ont massivement investi dans les technologies de batteries solides, essentielles pour les futurs véhicules électriques et appareils mobiles. TSMC et Qualcomm mènent la danse sur les puces spécialisées pour l’IA. Même dans la réalité augmentée, domaine qu’Apple prétend révolutionner avec ses futurs appareils, les brevets ne suivent pas.
L’histoire jugera-t-elle 2025 comme un tournant ou un accident ?
Remettons les choses en perspective. Apple a obtenu 2 536 brevets en 2023, puis 3 082 en 2024, avant de retomber à 2 722 en 2025. Cette volatilité suggère une stratégie fluctuante plutôt qu’une trajectoire linéaire.
Certains analystes y voient un simple ajustement tactique. D’autres, plus critiques, pointent un essoufflement structurel chez une entreprise devenue trop grande, trop bureaucratique, trop dépendante de ses franchises historiques pour oser prendre des risques radicaux.
La vraie question n’est pas de savoir si Apple dépose moins de brevets, mais si cette baisse reflète une perte de capacité d’innovation. Les prochains trimestres apporteront des éléments de réponse : les annonces de la WWDC, les futurs iPhone 17, les évolutions d’Apple Intelligence, le déploiement de nouvelles fonctionnalités AR/VR.
Une chose est certaine : le mythe d’une Apple invincible, toujours en avance, éternellement visionnaire, vient de prendre un sérieux coup. Les concurrents ont senti le sang. Et dans l’univers impitoyable de la tech, les faiblesses se paient cash.






