L’empire fermé d’Apple commence à se fissurer. Après l’Europe et le Japon, c’est maintenant le Brésil qui obtient ce que beaucoup considéraient comme impossible il y a encore quelques années : forcer la firme de Cupertino à ouvrir iOS aux boutiques d’applications tierces. Un basculement historique signé le 23 décembre 2025, qui pourrait bien redistribuer les cartes du marché mobile sud-américain.
⚡ À retenir
- Apple accepte l’ouverture totale d’iOS au Brésil : boutiques alternatives et moyens de paiement tiers
- 105 jours pour s’exécuter, sous peine d’une amende de 150 millions de reais brésiliens (27 millions de dollars)
- Une commission de 5 % sur les transactions externes et 15 % sur les paiements redirigés reste appliquée
- Accord validé par le régulateur CADE suite à une plainte de MercadoLibre déposée en 2022
- Le modèle Apple s’effondre progressivement dans le monde entier face aux régulateurs
Une défaite déguisée en compromis
Apple a accepté un accord avec le CADE, l’autorité brésilienne de la concurrence, après trois années d’investigation acharnée. Le point de départ ? Une plainte déposée par MercadoLibre, géant latino-américain du e-commerce, qui accusait Apple de pratiques anticoncurrentielles via son contrôle absolu de l’App Store et de son système de paiement intégré. MercadoLibre n’a d’ailleurs pas caché sa satisfaction mitigée, saluant les efforts du régulateur tout en précisant que l’accord ne répond que partiellement aux besoins de règles plus équitables.
Concrètement, Apple devra permettre aux développeurs brésiliens d’utiliser des systèmes de paiement externes, affichés côte à côte avec sa propre solution. Les applications pourront aussi renvoyer vers des sites web pour conclure des achats, brisant ainsi le monopole historique de l’IAP (In-App Purchase). Mieux encore : les utilisateurs d’iPhone et d’iPad au Brésil pourront télécharger et installer des boutiques d’applications tierces complètes, exactement comme sur Android.
Des contraintes sous surveillance
Apple garde néanmoins la main sur certains aspects critiques. L’entreprise conserve le droit d’informer les utilisateurs via des messages d’alerte, mais ces derniers devront rester neutres et objectifs. Le CADE a été clair : pas question d’utiliser des tactiques alarmistes pour détourner les utilisateurs des alternatives. Apple pourra aussi imposer ses processus de validation et de notarisation aux apps distribuées hors App Store, au nom de la sécurité et de la protection des données.
Côté finances, Apple ne renonce à rien ou presque. La firme prélèvera une commission de 5 % sur toutes les transactions passant par des boutiques tierces, baptisée “Core Technology Commission”. Pour les apps restant sur l’App Store mais redirigeant vers des paiements externes, Apple s’octroie tout de même 15 % du montant de la transaction. Autrement dit, l’ouverture a un prix, et Apple compte bien le faire payer.
Un mouvement mondial irrésistible
Le Brésil n’est pas un cas isolé. Depuis mars 2024, l’Union européenne impose à Apple les mêmes obligations via le Digital Markets Act. Le Japon a également contraint la pomme à desserrer son étau. Aux États-Unis, Apple a fait quelques concessions mineures, mais rien de comparable à ce qui se passe ailleurs. Le modèle du jardin fermé d’Apple s’écroule marché par marché, et chaque régulateur qui passe à l’offensive alimente la dynamique globale.
Pour les développeurs brésiliens, notamment les plus petits ou ceux proposant des niches, cette ouverture représente une bouffée d’air frais. Moins de frais, plus de flexibilité, accès à de nouvelles audiences. Certaines boutiques alternatives comme Aptoide affirment que leurs partenaires constatent une croissance à deux chiffres de leurs revenus en diversifiant leur distribution. JoyNet Games, par exemple, a lancé plusieurs titres simultanément sur différents canaux dès le premier jour, maximisant sa portée et réduisant sa dépendance aux plateformes dominantes.
| Critère | Modèle classique Apple | Nouveau modèle brésilien |
|---|---|---|
| Distribution | App Store uniquement | App Store + boutiques tierces autorisées |
| Paiements in-app | IAP obligatoire (15-30 %) | IAP ou systèmes tiers affichés côte à côte |
| Commissions Apple | 15-30 % sur toutes les transactions | 5 % (boutiques tierces) / 15 % (redirections) |
| Liens externes | Interdits | Autorisés et visibles |
| Messages d’alerte | Dissuasifs et orientés | Neutres et objectifs (imposé par CADE) |
Un délai sous tension
Apple dispose de 105 jours à compter de fin décembre 2025 pour déployer tous les changements techniques et juridiques nécessaires. Si la firme ne respecte pas ce calendrier, elle s’expose à une amende pouvant atteindre 150 millions de reais brésiliens, soit environ 27 millions de dollars. Une somme dérisoire pour une entreprise valorisée à plus de 3 000 milliards, mais un symbole puissant : les régulateurs ne plaisantent plus.
L’accord signé avec le CADE sera valide pendant trois ans, à compter de l’entrée en vigueur effective des nouvelles règles pour les développeurs. Durant cette période, Apple devra se soumettre à une surveillance étroite de l’autorité brésilienne, qui pourra intervenir en cas de manquement ou de tentative de contournement.
Les utilisateurs face à de nouveaux choix
Pour les possesseurs d’iPhone au Brésil, ce changement marque une rupture radicale. Habitués à un écosystème verrouillé où Apple garantissait (officiellement) sécurité et qualité via un contrôle total, ils devront désormais naviguer dans un environnement plus ouvert, mais potentiellement plus complexe. Installer une app via une boutique tierce impliquera probablement quelques étapes supplémentaires, des validations, des avertissements.
Certains y verront une liberté retrouvée, d’autres un risque accru. Apple joue d’ailleurs sur cette corde sensible en invoquant systématiquement la sécurité et la protection des mineurs pour justifier son modèle fermé. Mais les régulateurs ne sont plus dupes : le contrôle absolu d’Apple servait surtout à maximiser les revenus de services, devenus une manne financière colossale pour l’entreprise ces dernières années.
Vers une réplication mondiale du modèle ?
Le Brésil rejoint donc le club restreint des pays ayant forcé Apple à plier. Mais combien de temps avant que d’autres marchés majeurs ne suivent ? L’Inde, la Corée du Sud, l’Australie observent de très près. Aux États-Unis, malgré une résistance acharnée d’Apple, les débats sur l’App Store et les pratiques anticoncurrentielles occupent régulièrement le Congrès et les tribunaux.
Ce qui se joue au Brésil dépasse largement les frontières sud-américaines. C’est une remise en question globale du pouvoir des gatekeepers numériques. Apple, Google, Amazon, Meta : tous subissent une pression réglementaire croissante, et l’ère du tout-puissant contrôle sur les écosystèmes mobiles touche peut-être à sa fin.
Reste à savoir si cette ouverture forcée profitera réellement aux utilisateurs et développeurs, ou si Apple trouvera d’autres moyens, plus subtils, de maintenir son emprise. Une chose est sûre : le Brésil vient d’écrire une nouvelle page de l’histoire mobile mondiale.
- https://gam3s.gg/fr/news/lapple-app-store-au-bresil-acceptera-les-paiements-alternatifs/
- https://www.zonebourse.com/actualite-bourse/apple-autorisera-des-boutiques-d-applications-tierces-au-bresil-pour-clore-une-affai...
- https://www.boursorama.com/bourse/actualites/apple-autorise-les-boutiques-d-applications-tierces-au-bresil-pour-regler-l-affaire...
- https://www.24matins.fr/apple-force-douvrir-son-app-store-au-bresil-1400627
- https://www.techloy.com/apple-will-allow-third-party-app-stores-on-ios-in-brazil-after-antitrust-ruling/
- https://macdailynews.com/2025/12/24/apple-agrees-to-allow-third-party-app-stores-on-ios-in-brazil-following-antitrust-settlement
- https://www.generation-nt.com/actualites/apple-app-store-bresil-concurrence-cade-ios-2068301
- https://www.thurrott.com/apple/331050/apple-to-allow-alternative-app-stores-for-ios-users-in-brazil
- https://www.lumenclave.com/2025/12/apple-to-allow-third-party-app-stores.html
- https://www.gameshub.com/fr/actualites/business/aptoide-la-boutique-dapplications-alternative-lance-une-enquete-pour-defier-appl...






