Apple a réactivé la mesure de l’oxygène sanguin sur certaines montres américaines en août 2025. Le 14 novembre, l’USITC a relancé l’enquête Masimo sur le contournement technique, et le capteur pourrait encore se retrouver dans la ligne de mire.
Le sang bleu de l’Apple Watch vire au rouge juridique
Le conflit oppose Apple à Masimo, une entreprise spécialisée dans les technologies médicales. En 2023, la U.S. International Trade Commission, ou USITC, a conclu que les Apple Watch Series 9 et Apple Watch Ultra 2 enfreignaient des brevets liés à la mesure de l’oxygène sanguin. La décision avait entraîné le blocage de certaines importations américaines.
Apple avait alors désactivé la fonction sur les montres fabriquées ou importées après l’interdiction. La coupure a duré plus d’un an. Pour une marque qui présente l’Apple Watch comme un appareil de suivi de santé et de bien-être, ça faisait tache : le capteur était bien dans la montre, mais le bouton logiciel avait pris des vacances prolongées.
Le 1er août 2025, Apple a obtenu l’autorisation des douanes américaines pour réactiver une version modifiée de la fonction. Masimo conteste cette validation et affirme ne pas avoir été informée avant la procédure. Apple soutient de son côté que les brevets concernés ne sont plus valables depuis 2022 et conteste l’interdiction devant une cour d’appel fédérale.
Le retour du capteur n’a donc pas mis fin au conflit : il a déplacé le problème.
Oxygène, mon beau souci : le calcul déménage sur l’iPhone
Le poignet fait le geste, l’iPhone prend la parole
Le contournement d’Apple sépare la mesure du traitement des données. L’utilisateur lance toujours la mesure depuis l’Apple Watchmais la montre n’affiche plus directement le résultat. Le traitement est déporté vers l’iPhone associé, puis la valeur apparaît dans l’app Healthdans la section consacrée à la respiration.
Apple estime que cette architecture diffère suffisamment de celle visée par les brevets de Masimo. La montre collecte le signal et l’iPhone prend en charge l’analyse ainsi que l’affichage. Juridiquement, Apple tente de sortir le poignet de la zone de tir. Techniquement, la fonction dépend désormais davantage du téléphone (oui, même pour regarder ce que la montre vient de mesurer).
Masimo considère au contraire que cette modification ne suffit pas à écarter ses droits. L’entreprise a engagé une action distincte contre les douanes américaines et affirme que le retour de la fonction contourne les garanties habituelles de la procédure. Le changement logiciel n’a donc pas transformé le désaccord en accord, loin de là.
La pomme et le brevet, deuxième service
L’USITC remet une pièce dans la machine
Le 14 novembre 2025, l’USITC a ordonné la reprise d’une enquête pour déterminer si la nouvelle méthode d’Apple enfreint toujours les brevets de Masimo. La procédure devait en principe s’achever avant avril 2026. L’institution ne déclarait donc pas les montres déjà interdites : elle devait vérifier si les modèles redessinés entraient dans le périmètre de la décision précédente.
Si la commission concluait à une nouvelle violation, les importations américaines pouvaient à nouveau être bloquées. La conséquence ne se limitait pas à une ligne de code : Apple devait aussi gérer les stocks, les ventes et la disponibilité de la fonction sur les modèles concernés. Le jardin clos risquait de recevoir une clôture supplémentaire, cette fois posée par le droit des brevets.
La situation était délicate parce que la fonction avait été réactivée après validation des douanes américaines. Masimo affirmait que cette validation n’avait pas respecté les garanties de procédure. Apple soutenait l’inverse et poursuivait sa contestation judiciaire. Deux lectures du même bricolage logiciel, avec des conséquences commerciales potentiellement très coûteuses.
Le capteur ne lit pas dans les pensées
Le débat juridique rappelle aussi une limite technique : une valeur de saturation dépend de la façon dont le signal est capté, traité et interprété. Une étude comparative publiée le 27 mai 2026 dans Respiratory Physiology & Neurobiology a suivi 40 adultes en bonne santé pendant trois apnées statiques maximales, séparées par deux minutes de repos.
Au point d’arrêt, la saturation mesurée au doigt était supérieure de 9 à 15 % à celle mesurée au lobe de l’oreille. Au niveau minimal, l’écart atteignait 7 à 11 %. L’étude compare deux sites de mesure dans des conditions d’apnée; elle ne teste ni l’Apple Watchni l’algorithme transféré vers l’iPhone.
Son résultat reste utile pour comprendre le dossier : le site de mesure et les conditions physiologiques peuvent modifier la lecture. La différence entre un chiffre affiché et une information exploitable ne se règle pas avec une jolie animation dans Health. Dommage pour la keynote.
La revue de portée d’Elliott et Allardice, publiée le 22 janvier 2026 dans Australian Critical Carea retenu 11 études sur les connaissances des professionnels concernant l’oxymétrie. Elle rapporte que, malgré l’usage courant des oxymètres, les cliniciens disposent souvent d’une formation limitée et comprennent mal les principes ainsi que les limites de l’outil. Le capteur est répandu, son interprétation ne s’improvise pas.
La fonction joue sa montre
Pour les propriétaires américains d’une Apple Watch compatible, la réactivation de l’oxygène sanguin ne garantissait donc pas la stabilité du service. La mesure pouvait revenir sur le poignet, tout en restant exposée à une décision de l’USITC ou des tribunaux. Apple avait déplacé le traitement vers l’iPhone pour éviter de tirer une balle dans le pied de sa montre, mais Masimo voulait démontrer que le brevet suivait toujours les données.
Ce dossier montre la tension entre l’électronique grand public et les dispositifs médicaux. Apple intègre une fonction de bien-être à son écosystème fermé. Masimo défend des brevets issus d’un secteur où la mesure de l’oxygène occupe une place centrale. Entre les deux, l’utilisateur voit surtout un résultat dans une application et une fonction susceptible de disparaître au prochain épisode.
En 2025, Apple avait donc gagné un peu de répit, pas la paix juridique. La montre mesurait, l’iPhone analysait, et le brevet attendait son prochain passage. Le capteur était au poignet, mais le vrai feuilleton se jouait entre les douanes, les tribunaux et un téléphone de poche.
Sources et références scientifiques
- Mike Wuerthele. Apple under USITC investigation again over Apple Watch blood oxygen sensing. 2025.
- McGrath SP, Perreard IM, Blike GT, McGovern KM, Xia X, MacKenzie T.. Assessing the Impact of Supplemental Oxygen Use on Deterioration Detection in the General Care Setting With Pulse Oximetry-Based Continuous Monitoring.. Journal of clinical nursing. 2026. DOI: 10.1111/jocn.70236 · PMID: 41645560. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Elia A, Keramidas ME.. A comparative evaluation of accuracy and response time in ear and finger pulse oximetry during repeated maximal breath-holding: Implications for safety.. Respiratory physiology & neurobiology. 2026. DOI: 10.1016/j.resp.2026.104603 · PMID: 42208841. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Elliott M, Allardice J.. Do clinicians know how to use pulse oximetry? A scoping review.. Australian critical care : official journal of the Confederation of Australian Critical Care Nurses. 2026. DOI: 10.1016/j.aucc.2025.101521 · PMID: 41576830. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- Moon K, Daino N, Gomez P, Arias J, Toubasi A, Pulijal SV.. Pulse Oximetry-A Perioperative Perspective.. Diagnostics (Basel, Switzerland). 2026. DOI: 10.3390/diagnostics16121812 · PMID: 42351472. (résumé scientifique structuré; texte intégral non fourni)
- TOI Tech Desk. Apple faces fresh ITC investigation over Apple Watch blood oxygen feature. 2025.
- BigGo Editorial Team. Apple Watch Blood Oxygen Feature Faces Renewed US Import Ban Threat. 2025.






