Cupertino a longtemps tenu à distance le marché des pliables. Trop fragiles, trop voyants, trop marqués par cette cicatrice centrale qui trahit la mécanique. Au CES 2026, Samsung Display vient pourtant de dévoiler la dalle qui pourrait tout changer : un écran OLED strictement sans pli visible. L’ironie ? Cette technologie est pressentie pour équiper l’iPhone Fold attendu en septembre prochain, autant que le Galaxy Z Fold 8 de son propre fabricant.
⚡ Ce qu’il faut retenir
- Samsung Display a présenté au CES 2026 un écran OLED pliable totalement lisse, sans pli perceptible
- Cette technologie MONT FLEX utilise des plaques métalliques micro-perforées au laser pour répartir uniformément les contraintes
- Apple pourrait intégrer cette dalle dans son iPhone Fold prévu pour septembre 2026
- Le pli visible reste le frein psychologique majeur à l’adoption massive des smartphones pliables
- Cette avancée représente un saut technologique, pas une simple amélioration cosmétique
Une démonstration discrète aux conséquences colossales
Samsung Display n’a pas organisé de keynote fracassante. Pas de scène lumineuse ni de présentateur en col roulé noir. Juste un stand au CES 2026, une dalle OLED exposée à côté d’un Galaxy Z Fold 7, et une différence qui saute aux yeux sous l’éclairage des projecteurs. L’écran du nouveau prototype ? Parfaitement plat. Celui du Fold 7 actuel ? Toujours marqué par ce rail central qui barre l’affichage comme une vieille fêlure mal réparée. Le leaker Ice Universe a été formel sur X : la dalle offre une qualité d’image globale exceptionnelle, sans aucun pli visible même sous lumière rasante.
Cette technologie porte un nom : MONT FLEX. Elle s’appuie sur une architecture inédite combinant une plaque métallique micro-perforée au laser, fabriquée par Fine M-Tec, et la technologie LEAD (polarizer-free) qui augmente la luminosité tout en réduisant la consommation énergétique de 37 % par rapport aux dalles OLED traditionnelles. La plaque métallique répartit uniformément les contraintes de pliage à travers des milliers de micro-perforations, éliminant la fatigue localisée du matériau responsable de la formation progressive du pli.
Apple avait mis une condition : zéro compromis visible
Tim Cook l’a répété en interne depuis des années : un iPhone pliable ne verra le jour que lorsque l’expérience utilisateur sera irréprochable. Traduction ? Pas de pli visible, pas de fragilité perceptible, pas de sensation de “prototype commercial” vendu au prix d’un MacBook. Selon les analystes de la chaîne d’approvisionnement, Apple a dessiné sa propre structure de panneau et son procédé de lamination, même si le verre flexible provient d’un fournisseur coréen. La marque à la pomme ne se contente jamais de composer avec les limites techniques du marché : elle attend qu’elles disparaissent ou les fait disparaître elle-même.
L’approche d’Apple illustre une philosophie systémique : Samsung Display développe les dalles OLED depuis plus d’un an en collaboration étroite avec Amphenol, le fabricant de charnières. Chaque composant doit fonctionner en harmonie pour atteindre l’objectif “crease-free”. Cette intégration verticale contraste violemment avec l’optimisation composant par composant qui a caractérisé les premiers pliables Android. Résultat attendu ? Un écran interne de 7,8 pouces au format 4:3, aussi lisse qu’un iPad mini premier du nom une fois déplié.
Les spécifications techniques de l’iPhone Fold se précisent
Les fuites se sont multipliées ces derniers mois, dessinant les contours d’un appareil qui devrait bousculer les codes établis. L’iPhone Fold afficherait une épaisseur de 9,6 mm une fois fermé et seulement 4,5 mm une fois ouvert. L’écran externe mesurerait 5,4 pouces, reprenant le format de l’iPhone mini disparu, tandis que l’écran interne atteindrait 7,8 pouces. Apple abandonnerait Face ID au profit de Touch ID intégré dans le bouton d’alimentation, une décision pragmatique face aux multiples positions d’utilisation d’un appareil pliable.
Côté photo, le dispositif embarquerait un double capteur arrière de 48 mégapixels, une caméra sous l’écran interne de 24 mégapixels et un poinçon sur l’écran externe. La batterie oscillerait entre 5 400 et 5 800 mAh pour compenser la consommation des deux écrans. Le modem Apple C2, développé en interne, ferait ses débuts sur cet appareil. Foxconn a lancé la phase New Product Introduction en mars dernier, et la production de masse démarrerait au second semestre 2026 pour une commercialisation en septembre aux côtés des iPhone 18 Pro et Pro Max.
| Caractéristique | Spécification |
|---|---|
| Écran externe | 5,4 pouces (format iPhone mini) |
| Écran interne | 7,8 pouces format 4:3 (iPad mini) |
| Épaisseur fermé | 9,6 mm |
| Épaisseur ouvert | 4,5 mm |
| Capteurs photo | Double 48 Mpx arrière + 24 Mpx sous écran |
| Batterie | 5 400 – 5 800 mAh |
| Authentification | Touch ID bouton latéral |
| Prix estimé | 2 000 – 2 500 dollars |
Le pli : dernier obstacle psychologique avant l’adoption de masse
Les fabricants peuvent bien vanter la puissance, l’autonomie ou la finesse de leurs pliables : le regard des consommateurs revient toujours sur cette ligne qui barre l’écran. Ce rail central fonctionne comme un signal visuel permanent que l’appareil reste fragile, expérimental, inachevé. Les sondages le confirment : 68 % des non-acheteurs citent la pliure comme raison principale de leur refus, devant le prix ou l’épaisseur. Samsung l’a compris : résoudre ce problème ne relève pas de l’ajustement cosmétique, mais d’une bataille stratégique pour faire basculer les pliables du statut de niche technophile à celui de standard industriel mature.
Samsung a vendu plus de 12 millions de Galaxy Z Fold et Z Flip en 2025, un chiffre en croissance de 23 % sur un an. Mais ces volumes restent dérisoires face aux 230 millions d’iPhone écoulés sur la même période. L’arrivée d’Apple sur ce marché avec une technologie sans pli changerait radicalement la donne. Quand Cupertino valide une technologie, tout l’écosystème bascule : les développeurs optimisent leurs apps, les accessoiristes multiplient les références, et surtout, la perception collective évolue du gadget à l’évidence.
Samsung fournit Apple : concurrence ou partenariat forcé ?
L’ironie de la situation mérite qu’on s’y attarde. Samsung Display, filiale du groupe qui commercialise les Galaxy Z Fold, développe et produira les écrans du principal concurrent de ses propres appareils pliables. Cette configuration n’est pas nouvelle : Samsung fabrique déjà les dalles OLED de nombreux iPhone depuis l’iPhone X. Mais cette fois, c’est différent : la technologie MONT FLEX représente l’avancée la plus significative du secteur depuis le lancement du premier Galaxy Fold en 2019. Samsung livre littéralement à Apple la clé qui lui manquait pour entrer sur le marché.
Les analystes y voient une logique industrielle implacable. Samsung Display génère des revenus colossaux en fournissant Apple, et ces volumes permettent d’amortir les investissements R&D massifs nécessaires au développement de dalles aussi sophistiquées. La division smartphones de Samsung profite ensuite de ces avancées pour ses propres appareils. Le Galaxy Z Fold 8, attendu mi-2026, devrait ainsi intégrer la même technologie quelques mois avant l’iPhone Fold. Une course où chacun utilise les armes de l’autre tout en prétendant innover seul.
L’optimisation logicielle : l’autre bataille décisive
Une dalle sans pli ne suffit pas à faire un grand produit. Apple l’a toujours su : l’expérience utilisateur se joue dans la fluidité avec laquelle le logiciel exploite le matériel. iOS devra gérer intelligemment les transitions entre écran externe et interne, anticiper les gestes de pliage, adapter instantanément l’interface selon l’angle d’ouverture. Samsung a mis trois générations de Galaxy Z Fold à affiner ces comportements. Apple dispose d’un avantage considérable : le contrôle total de la chaîne, du silicium au système d’exploitation.
Les premières informations suggèrent qu’Apple développe une interface spécifique pour l’écran interne, exploitant le format 4:3 pour afficher simultanément deux apps en plein écran côte à côte. Le multitâche ne serait pas une adaptation forcée de l’iPad, mais une expérience pensée pour ce nouveau format. La continuité entre iPhone fermé et iPad miniature ouvert devrait être absolue : une app commencée sur l’écran externe continuerait instantanément sur l’interne sans reload ni latence perceptible. C’est précisément ce type de raffinement qui transforme une innovation technique en révolution d’usage.
Un prix stratosphérique qui ne freinera personne
Les estimations convergent : l’iPhone Fold démarrerait entre 2 000 et 2 500 dollars. Un tarif qui dépasse largement l’iPhone 17 Pro Max tout juste lancé à 1 449 dollars. Apple assume : ce produit vise une clientèle premium prête à payer pour fusionner iPhone et iPad en un seul appareil. Les professionnels qui transportent actuellement les deux appareils y verront une consolidation financièrement cohérente. Les early adopters fortunés y trouveront le statut social attaché à tout produit Apple de première génération.
L’histoire récente prouve qu’Apple maîtrise parfaitement les lancements de produits ultra-premium. L’Apple Vision Pro, commercialisé 3 499 dollars en 2024, s’est écoulé à plus de 500 000 unités la première année malgré son prix prohibitif. L’iPhone Fold bénéficiera d’un positionnement plus accessible : c’est un smartphone fonctionnel et quotidien, pas un casque de réalité mixte aux usages encore flous. Les analystes de Wedbush prévoient 8 à 12 millions d’unités vendues sur les douze premiers mois, soit un lancement comparable à celui de l’Apple Watch en 2015.
Quand Apple valide, toute l’industrie suit
Samsung, Huawei, Motorola, Oppo, Xiaomi : tous commercialisent des pliables depuis 2019. Mais ces appareils restent marginaux, cantonnés aux early adopters et aux marchés asiatiques. L’arrivée d’Apple changerait radicalement l’équation. Quand Cupertino entre sur un segment, trois phénomènes se produisent simultanément : les développeurs optimisent massivement leurs applications, les médias grand public relaient intensément, et surtout, la légitimité du format bascule du gadget expérimental au standard établi. L’iPhone n’a pas inventé le smartphone tactile en 2007, mais il a tué tous les autres modèles en deux ans.
Les fabricants Android le savent. Ils ont passé six ans à essuyer les plâtres, à tester des formats, à éduquer le marché, à absorber les critiques sur les charnières fragiles et les écrans marqués. Apple arrive maintenant avec une technologie mature, un écosystème déjà massif, et la légitimité de celui qui ne se trompe jamais de timing. Si l’iPhone Fold rencontre le succès attendu, les ventes de pliables Android exploseront mécaniquement : le marché tout entier sera validé, et les alternatives moins chères bénéficieront de cet effet d’entraînement. Cruel, mais historiquement vérifié à chaque disruption Apple.






