Monter sur une balance pour connaître son poids ? L’époque semble déjà préhistorique. Au CES 2026 de Las Vegas, le français Withings vient de franchir une frontière : celle qui sépare le simple pèse-personne connecté du véritable dispositif médical domestique. Avec la Body Scan 2, l’entreprise propose désormais de détecter le risque d’hypertension artérielle sans brassard, d’évaluer l’âge de vos cellules et de mesurer l’efficacité de votre cœur pendant que vous attendez tranquillement que les 90 secondes d’analyse s’écoulent. Ce n’est plus une balance. C’est un laboratoire miniature qui s’invite dans votre salle de bain.
⚡ L’essentiel à retenir
- Plus de 60 biomarqueurs analysés en 90 secondes chrono
- Détection IA du risque d’hypertension sans équipement médical traditionnel
- Cardiographie d’impédance (ICG) : une première mondiale sur une balance domestique
- Prix : 499,95 € — Disponibilité en France au 2e trimestre 2026
- ECG 6 dérivations, âge cellulaire, prédiabète, graisse viscérale : tout y passe
Une balance qui ne pèse plus seulement vos kilos
Withings ne joue plus dans la même catégorie que les balances connectées classiques. La Body Scan 2 se positionne comme une « station de longévité », un terme qui fleure bon le marketing californien mais qui, pour une fois, ne ment pas complètement. L’appareil intègre 8 électrodes sur sa plateforme en verre trempé, complétées par 4 capteurs supplémentaires logés dans une poignée rétractable qui sort du socle comme un accessoire de vaisseau spatial. Cette architecture permet de créer un circuit électrique à travers tout le corps : bras, torse, jambes. Là où la plupart des balances se contentent des pieds pour estimer votre composition corporelle, Withings cartographie l’ensemble de votre anatomie.
L’écran couleur a migré de la base vers la poignée, affichant en temps réel les mesures qui s’accumulent. Autonomie annoncée : 15 mois sur batterie. Les données se synchronisent via Wi-Fi ou Bluetooth vers l’application mobile, où elles s’agrègent dans un tableau de bord baptisé Health Trajectory, littéralement « trajectoire de santé ». Le message est clair : Withings ne vous vend pas un instantané, mais un suivi dans le temps.
L’intelligence artificielle détecte l’hypertension
C’est la nouveauté la plus troublante de cette Body Scan 2. Grâce à un modèle d’IA développé spécifiquement pour l’occasion, la balance peut désormais évaluer le risque d’hypertension artérielle sans utiliser de brassard gonflable. L’algorithme analyse les données électriques captées à travers le corps — impédance bioélectrique, activité cardiaque, rigidité artérielle — pour identifier les signaux précoces d’une pression sanguine anormalement élevée. L’hypertension, principale cause d’AVC dans le monde, reste souvent silencieuse pendant des années avant de frapper brutalement. Withings mise sur la détection préventive : alerter l’utilisateur avant que les symptômes apparaissent.
Mais attention : il ne s’agit pas d’un diagnostic médical. La Body Scan 2 émet une notification de risque, une invitation à consulter un professionnel de santé. Aux États-Unis, l’appareil attend encore l’autorisation de la FDA pour commercialiser cette fonctionnalité. En Europe, les certifications médicales CE sont en cours. Le lancement français est prévu pour le deuxième trimestre 2026, mais certaines métriques pourraient être bridées selon les autorisations obtenues.
Cardiographie d’impédance : votre cœur sous surveillance
Withings introduit pour la première fois sur une balance domestique la cardiographie d’impédance (ICG), une technologie jusqu’ici réservée aux hôpitaux et cliniques spécialisées. L’ICG mesure l’efficacité avec laquelle votre cœur pompe le sang à chaque battement. Concrètement, elle évalue le volume d’éjection systolique, c’est-à-dire la quantité de sang expulsée du ventricule gauche lors de chaque contraction. Un paramètre fondamental pour détecter une insuffisance cardiaque naissante ou une baisse de performance cardiovasculaire.
Couplée à un ECG 6 dérivations — lui aussi intégré dans la balance —, l’ICG offre une vision complète de l’activité électrique et mécanique du cœur. La Body Scan 2 peut ainsi repérer une fibrillation auriculaire, analyser le rythme cardiaque au repos et calculer l’âge cardiovasculaire, cet indicateur qui compare votre cœur à celui d’une personne de votre tranche d’âge en bonne santé. Apprendre que votre cœur a 52 ans alors que vous en avez 40 : voilà le genre de révélation qui pousse à revoir ses habitudes.
Métabolisme cellulaire et prédiabète : la balance analyse l’invisible
Au-delà du cardiovasculaire, la Body Scan 2 plonge dans l’univers métabolique et cellulaire. Grâce à la spectroscopie de bioimpédance (BIS) à ultra-haute fréquence, l’appareil estime l’âge cellulaire, la masse cellulaire active et l’efficacité métabolique globale. L’idée : capter les signes d’un ralentissement métabolique ou d’une inflammation chronique de bas grade, ces processus qui s’installent silencieusement et accélèrent le vieillissement.
Withings ajoute également la détection du risque de dérèglement glycémique, autrement dit une alerte précoce face au prédiabète. En analysant la manière dont vos cellules transforment, stockent et utilisent l’énergie, la balance peut identifier des dysfonctionnements avant qu’un test sanguin classique ne tire la sonnette d’alarme. Syndrome métabolique, résistance à l’insuline, diabète de type 2 : autant de pathologies dont les racines se forment bien avant l’apparition des symptômes cliniques.
60 biomarqueurs en 90 secondes : que mesure réellement la Body Scan 2 ?
Withings promet une analyse exhaustive en moins d’une minute et demie. Concrètement, que scrute l’appareil pendant ces 90 secondes où vous tenez la poignée en fixant l’écran ? Voici un aperçu des principales catégories de données collectées :
| Catégorie | Mesures incluses | Utilité clinique |
|---|---|---|
| Cardiovasculaire | ECG 6 dérivations, ICG, rigidité artérielle, âge cardiaque, risque d’hypertension | Détection précoce d’AVC, insuffisance cardiaque, fibrillation auriculaire |
| Métabolique | Dérèglement glycémique, efficacité métabolique, inflammation | Prévention du prédiabète, syndrome métabolique, résistance à l’insuline |
| Cellulaire | Âge cellulaire, masse cellulaire active, hydratation intracellulaire | Évaluation du vieillissement biologique, détection d’inflammation chronique |
| Composition corporelle | Poids, IMC, masse grasse, masse musculaire, graisse viscérale, eau corporelle | Suivi de l’obésité abdominale, répartition segmentaire (bras, jambes, torse) |
| Nerveux | Activité nerveuse, vitesse de conduction | Détection de neuropathies périphériques (diabète, alcool, carences) |
Chaque mesure s’inscrit dans un historique à long terme. L’application Withings transforme ces données brutes en courbes, tendances et scores synthétiques. L’objectif affiché : permettre à l’utilisateur de visualiser l’impact de ses choix de vie — alimentation, exercice, sommeil — sur sa santé profonde, celle qui ne se voit pas dans le miroir.
Prix et disponibilité : un investissement santé à 500 euros
La Withings Body Scan 2 sera commercialisée en France au deuxième trimestre 2026 au tarif de 499,95 €. Un positionnement premium assumé, qui la place hors de portée du grand public mais à la portée des early adopters de la santé connectée et des personnes nécessitant un suivi médical étroit. Aux États-Unis, le prix grimpe à 599,95 dollars, tandis que le Royaume-Uni l’affichera à 449,95 livres sterling.
Withings précise que la disponibilité des fonctionnalités dépendra des certifications médicales obtenues dans chaque région. Certaines métriques cardiovasculaires avancées pourraient être désactivées temporairement en attendant les validations réglementaires. L’entreprise n’a pas encore communiqué sur l’existence d’un éventuel abonnement pour accéder à l’ensemble des analyses ou à des fonctionnalités premium. La première génération de Body Scan, lancée à 499,95 dollars en 2023, ne nécessitait aucun abonnement obligatoire.
Entre promesse technologique et réalité médicale
La Body Scan 2 cristallise une tension fascinante entre gadget quantifié et dispositif médical. D’un côté, elle offre une profondeur d’analyse inédite dans un format domestique, démocratisant des technologies jusqu’ici réservées aux cardiologues et aux laboratoires spécialisés. De l’autre, elle soulève des questions légitimes sur l’interprétation de ces données par des utilisateurs non-formés. Que faire d’un âge cellulaire de 55 ans quand on en a 42 ? Comment réagir à une notification de risque d’hypertension sans paniquer ni, à l’inverse, minimiser l’alerte ?
Withings mise sur l’accompagnement pédagogique via son application, qui contextualise chaque métrique et propose des recommandations personnalisées. Mais l’entreprise martèle aussi que la Body Scan 2 n’est pas un substitut à une consultation médicale. Elle se veut un outil de dépistage précoce, un radar qui capte les signaux faibles pour orienter l’utilisateur vers un professionnel de santé avant que la situation ne dégénère.
Reste à savoir si le marché est prêt à franchir le cap des 500 euros pour une balance, aussi intelligente soit-elle. La première Body Scan, lancée il y a trois ans, a trouvé son public parmi les passionnés de quantified self et les personnes à risque cardiovasculaire. Cette version 2 ambitionne d’élargir la cible en ajoutant les dimensions métaboliques et cellulaires, deux terrains de jeu prisés par les adeptes de la longévité optimisée. Silicon Valley a déjà adopté le concept. L’Europe suivra-t-elle ?
