Le réveil du 2 janvier 2026 n’a pas été doux pour les investisseurs Apple. Raymond James, la banque d’investissement américaine qui avait suspendu son suivi de la Pomme pendant plusieurs mois, a choisi de réapparaître… avec un seau d’eau glacée. Une note neutre, aucun prix cible, et un message sans équivoque : le titre est trop cher pour ce qu’il promet. Quand l’enthousiasme rencontre la valorisation, c’est parfois le réalisme qui l’emporte. Et cette fois, c’est Apple qui en fait les frais.
⚡ Ce qu’il faut retenir
- Raymond James reprend la couverture d’Apple avec une note “Market Perform” (neutre), soit une dégradation par rapport à leur ancien “Outperform”
- Le prix de l’action (271 $) reflète déjà toutes les bonnes nouvelles, avec un ratio P/E de 31x les bénéfices attendus en 2027
- L’iPhone devrait croître de 3 % seulement en 2026 et 2027, freiné par une base installée colossale de 2,4 milliards d’appareils
- Les services représentent 26 % du chiffre d’affaires, mais ne suffisent pas à compenser la cyclicité du hardware
- Capitalisation boursière : 4 000 milliards de dollars, un sommet qui rend chaque pourcentage de croissance plus difficile à conquérir
Quand Wall Street refroidit l’enthousiasme
Avant de suspendre sa couverture, Raymond James classait Apple comme “Outperform”, un signal positif pour les acheteurs. Mais le retour aux affaires s’accompagne d’un changement de ton radical. La firme attribue désormais une note “Market Perform”, autrement dit : ne vous attendez à rien de spectaculaire. Pas de prix cible fixé, car selon les analystes, l’action se négocie déjà au niveau de sa juste valeur fondamentale. L’argument est direct : Apple est une machine de guerre, mais son prix reflète déjà toute la perfection attendue.
Le ratio cours/bénéfice (P/E) d’Apple atteint 31 fois les bénéfices anticipés pour l’année fiscale 2027, un niveau supérieur à sa moyenne quinquennale qui oscille dans les hauts 20. Pour Raymond James, cette prime de valorisation intègre déjà le succès du cycle iPhone 17, l’expansion des services, et même une partie des espoirs liés à l’écosystème Apple Intelligence. Quand tout est déjà dans les cours, il ne reste plus beaucoup de marge pour surprendre positivement.
L’iPhone face au plafond de verre
Le cœur du problème ? La loi des grands nombres. Avec une base installée qui frôle les 2,4 milliards d’appareils actifs dans le monde, chaque nouveau client devient plus rare, chaque gain de part de marché plus ardu. Raymond James projette une croissance des ventes d’iPhone de seulement 3 % par an pour 2026 et 2027, après une hausse de 4 % en 2025. L’iPhone 17, malgré un accueil favorable et des ventes record en Chine, ne suffira pas à inverser cette dynamique structurelle.
Les projections financières parlent d’elles-mêmes : Raymond James anticipe un chiffre d’affaires de 450,3 milliards de dollars pour l’exercice 2026, puis 480,4 milliards en 2027, contre 416,3 milliards en 2025. La croissance est là, certes, mais elle ralentit. Le bénéfice par action devrait atteindre 8,19 $ en 2026, puis 9,08 $ en 2027, contre 7,46 $ en 2025. Des chiffres solides, mais sans effet “waouh”.
| Indicateur | 2025 (réel) | 2026 (proj.) | 2027 (proj.) |
|---|---|---|---|
| Chiffre d’affaires | 416,3 Mds $ | 450,3 Mds $ | 480,4 Mds $ |
| Bénéfice par action (EPS) | 7,46 $ | 8,19 $ | 9,08 $ |
| Croissance iPhone (unités) | +4 % | +3 % | +3 % |
| Ratio P/E (projeté) | – | 33x | 31x |
| Part des Services | ~26 % | ~27 % | ~29 % |
Les services, ce héros discret mais insuffisant
Apple mise gros sur les services pour compenser la maturité du hardware. Apple Music, iCloud, Apple TV+, l’App Store… tous ces revenus récurrents représentent désormais environ 26 % du chiffre d’affaires total, avec une croissance annuelle projetée de 13 % jusqu’en 2027. D’ici là, les services pourraient générer 143 milliards de dollars et peser 29 % du total.
C’est une transformation profonde : des marges plus élevées, une prévisibilité accrue, moins de dépendance aux cycles saisonniers. Mais Raymond James reste pragmatique. Apple reste avant tout une entreprise de hardware, où l’iPhone dicte encore le tempo. Les services adoucissent les fluctuations, mais ne remplacent pas la dynamique d’un nouveau cycle produit majeur. Et justement, ce cycle tarde à se matérialiser avec l’ampleur espérée.
Les nuages à l’horizon
Au-delà de la valorisation, Raymond James pointe plusieurs risques concrets. Les tarifs douaniers imposés sous l’administration Trump pourraient amputer le chiffre d’affaires du trimestre de décembre de 1,4 milliard de dollars. Apple a d’ailleurs publiquement reconnu cette menace. Quand la géopolitique s’invite dans les comptes, même Cupertino doit composer.
Autre fragilité : la dépendance à la Chine pour l’assemblage des iPhone. Malgré une montée en puissance de la production en Inde, la Chine reste indispensable pour les lancements initiaux et les modèles premium. Cette concentration géographique expose Apple à des risques de chaîne d’approvisionnement, de tensions politiques, et de fluctuations de coûts. Le prix de la mémoire DRAM, en particulier, grimpe et menace les marges.
Que faire de cette analyse ?
Raymond James ne dit pas qu’Apple est une mauvaise entreprise. Au contraire. L’écosystème est ultra-solide, la fidélité client inégalée, la position de leader indiscutable. Mais l’analyse rappelle une vérité souvent oubliée dans l’euphorie boursière : une excellente entreprise n’est pas forcément un bon investissement si le prix reflète déjà toute la perfection.
Pour les détenteurs actuels d’actions Apple, pas de panique. La firme reste un poids lourd du Nasdaq, avec une trésorerie nette de plus de 157 milliards de dollars, un programme de rachat d’actions agressif, et un dividende modeste mais croissant (0,4 % de rendement annuel). Pour ceux qui espéraient un rallye spectaculaire en 2026, l’avertissement de Raymond James invite à tempérer les attentes.
L’action Apple a progressé de 11 % sur un an, contre 17 % pour le S&P 500. Un retard relatif qui illustre bien le dilemme : Apple continue de croître, mais le marché semble désormais attendre une révolution, pas une simple évolution. Et à 4 000 milliards de capitalisation, les révolutions se font rares.
Le verdict en forme de réalité check
Cette reprise de couverture par Raymond James n’est ni un enterrement ni un hymne à la gloire. C’est un reality check. Apple reste Apple : puissante, rentable, innovante à son rythme. Mais l’envolée boursière des dernières années a intégré tellement d’optimisme que la marge d’erreur devient infime. Un trimestre décevant, un retard sur Apple Intelligence, une déception sur l’iPhone Fold… et le château de cartes pourrait vaciller.
Pour Raymond James, mieux vaut observer depuis la ligne de touche. Le terrain de jeu reste excitant, mais le prix d’entrée, lui, a explosé. Quand tout le monde sait qu’Apple est géniale, encore faut-il que le prix d’achat laisse une marge de sécurité. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. La neutralité devient alors la posture la plus raisonnable, même si elle n’enflamme personne.






